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Publié par felixmartin à 22:24:44 dans Nuits blanches | Commentaires (0) | Permaliens

En ce
dimanche de printemps, ne sachant que faire de Blandine, et constatant qu'elle
ne me lâcherait pas, je décidai de l'emmener au parc. Pour une jeune fille, c'était
presque une promenade romantique. Pour moi c'était une façon commode de passer le
temps. Nous en étions aux premières rencontres et pourtant il me semblait déjà
imprudent d'emmener Blandine n'importe où... Lorsque je fréquente une femme, je
m'arrange pour espacer les rendez-vous ou les circonscrire dans des lieux
neutres. Habituellement, cela ne pose pas de problème. Il en allait tout
autrement avec Blandine. Il me fallait ménager sa susceptibilité, qu'elle avait
grande. Je ne savais pourquoi, en outre, cette simple promenade me semblait
déjà une imprudence. Quant à Blandine, elle rayonnait. Cela ne dura pas. A
peine avions-nous croisé la statue aux colombes qui frissonnait dans l'allée de
la roseraie, qu'une scène, aussi violente qu'inattendue, secoua l'alentour.
Blandine était blanche, hurlait presque et prenait à témoin les pauvres passants.
Je restai muet. Je ne me doutais pas que cette enfant fragile put se comporter avec
autant de nervosité et de courroux. J'en étais à chercher quelque exemple dans
la littérature quand je la vis s'enfuir, perdant même une chaussure dans le
gravier de l'allée. Je restai là, gauche, avec sa chaussure à la main,
souriant aux passants qui me fixaient bizarrement.
Vous
dites qu'à ma place vous auriez abandonné la partie ? Si sa colère avait
été censée, fondée, sans aucun doute. Je ne peux pas supporter les femmes irascibles.
Mais là, c'était tout différent. Il y avait quelque chose de fascinant dans ce
délire et, bien que je prévoyais les mille tourments que cette âme allait faire
peser sur moi, je demeurai. Elle-même comprit-elle le goût que j'avais pour les
situations exaspérantes ? Sur ce banc, nous scellâmes un pacte muet et comme
celui de Faust, la mort seule pouvait le délier. Enfin, nous n'étions pas dans un
drame romantique et l'issue en fut toute autre.
Ceci est
une autre histoire. Il est tard, revoyons-nous demain, j'adore la terrasse de
ce café, les passantes en sont particulièrement agréables.
photo : Richard Vantielcke LudImaginary www.ludimaginary.net
Publié par felixmartin à 22:45:12 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) | Permaliens
Se laisser brûler par le soleil. Etre moite, lourd, la tête sans pensées, peuplée de rêves au goût de chair. Voir la mer se fendre contre les flancs du bateau, vouloir la caresser mais ne pas se pencher. La mer glisse et nous oublie. Etre chaud, avoir des gestes lents et fixer les passagères. Fermer à demi les paupières et les surprendre à vous regarder. Jouer à les troubler pour être troublé soi-même.
Publié par felixmartin à 21:49:30 dans Nuits blanches | Commentaires (0) | Permaliens

Nous n'avions pas rendez-vous. C'est certain. Tout a commencé ce matin d'avril, j'avais passé la nuit avec C*. Apaisée. Sereine ? Peut-être pas. Au matin, il était pressé, une consultation dans son nouveau job de...
Non, ce n'est pas comme ça. Je ne peux pas commencer comme ça.
C'était une période de ma vie très troublée. J'avais vécu pendant plusieurs années avec A*, nous venions de nous quitter, j'étais paumée. Le premier homme qui passait...
Non, ce n'est pas possible, je ne peux pas raconter l'histoire comme ça. Ce qui est vrai, je n'avais pas rendez-vous. Aujourd'hui, mon fils est derrière cette vitre, dans une chambre d'hôpital, il a dix-sept ans et j'ai risqué de le perdre. Tout ça parce que, dans les premiers jours d'avril, il y a presque dix-huit ans, je n'avais pas rendez-vous. Qu'est-ce qu'on peut dire à son fils ? Qu'est-ce qu'on peut lui raconter qui soit racontable ? La vie n'a pas de logique. La réalité est sans valeur morale. Elle nous bouscule comme les boules d'un billard électrique.
Un rendez-vous ? Voulez-vous prendre rendez-vous ?
« Tu me tues ». Sa phrase dans ma tête quand nous faisions l'amour. Nous avons pris un café. Prendre un café. Nous n'avions pas rendez-vous. Nous sommes retournés dans mon appartement, un appartement d'étudiant. Cet appartement était banal, la tapisserie était verte ; sur un des murs une seule peinture : la dame en jaune, qui ne m'a jamais quittée. Le canapé était étroit, mon lit était défait. Le reste suivit comme chaque fois que je rencontrais B*.
Il faudra beaucoup d'années plus tard pour que je me lasse de son corps, pour que mon désir s'échappe et que je m'en étonne. En cette fin de matinée, nous avons repris nos échanges, là où ils s'étaient interrompus six mois plus tôt. Six mois, c'est long, six mois c'est court. Nous n'avions pas rendez-vous mais nos corps s'en souvenaient. Midi, nous avons pris le temps de déjeuner, de reprendre un café. B* repart. Il n'était jamais parti. Il n'est jamais resté.
L'après-midi, j'avais rendez-vous. Cette fois-ci, j'avais rendez-vous. Ou plutôt, A* venait de me téléphoner, il voulait prendre un café avec moi. Bien. Je l'attendais dans mon appartement. Je lui ai parlé de B*. Je n'aurais pas dû. Mais A* m'interrogea, s'interrogea, goûta par procuration à mes amants. Je faisais la pute avec l'homme qui m'aimait et que je fuyais cruellement. Il me quitta pour son travail, de nuit, il était veilleur de nuit pour payer ses études. Ca se fait quand on est fils de prolo. A 19 heures, il me laissa seule dans mon appartement. La nuit tombait. Je sortis. Pub anglais pour commencer la soirée. Je n'avais pas rendez-vous mais dans cet endroit, c'était certain, je retrouverais des autres.
C'est là que je croisai D*, c'était un étudiant étranger avec un accent charmant. Nous avions des amis communs, je savais que je lui plaisais. Nous avons passé la soirée ensemble. La nuit était tombée quand nous avons rejoint le jardin sur la colline qui surplombe la ville. Nous avons admiré le ciel, son manteau d'étoiles, les scintillements de la ville et ses atours. Nous avons marché pieds nus dans les pelouses du jardin public. Nous avons glissé. C'était fatal. Je ne me débattis pas. J'avais rendez-vous avec mon quatrième amant de cette journée particulière.
Qu'est-ce que je peux dire à mon fils dans sa chambre d'hôpital ? Je ne sais pas qui est ton père. Cette année-là, ce jour-là, d'une nuit à l'autre, je ne leur ai pas dit non. Est-ce que cela suffit à vouloir mourir parce qu'on a trop de pères dans les veines ?
photo : Richard Vantielcke LudImaginary www.ludimaginary.net
Publié par felixmartin à 00:06:31 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) | Permaliens

Lundi soir
L'Empereur, sa femme et le p'tit
prince
Sont venus chez moi pour me serrer la pince
Au lavoir j'fais la lessive de mes petits, je suis sortie
Mardi soir
L'Empereur, sa femme et le p'tit
prince
Sont venus chez moi pour me serrer la pince
A la fontaine, j'puise l'eau
pour mes marmots, je suis sortie
Mercredi soir
L'Empereur, sa femme et le p'tit
prince
Sont venus chez moi pour me serrer la pince
J'cherche pour mes chérubins des
baies sauvages, je suis sortie
Jeudi soir
L'Empereur, sa femme et le p'tit
prince
Sont venus chez moi pour me serrer la pince
Dans les vergers, j'cueille des
fruits pour mes chéris, je suis sortie
Vendredi soir
L'Empereur, sa femme et le p'tit
prince
Sont venus chez moi pour me serrer la pince
Avant la pluie j'glane le
foin de mes bébés, je suis sortie
Samedi soir
L'Empereur, sa femme et le p'tit
prince
Sont venus chez moi pour me serrer la pince
J'fais les ménages pour
gagner leurs p'tites vies, je suis sortie
Dimanche matin
L'Empereur, sa femme et le p'tit prince
Sont venus chez moi pour me serrer la pince
Le temps est beau au jardin avec mes enfants, je suis partie
Le p'tit prince a dit
Puisque c'est comme ça
Nous ne reviendrons pas !
photo : Richard Vantielcke LudImaginary www.ludimaginary.net
Publié par felixmartin à 22:25:18 dans Si on chantait | Commentaires (0) | Permaliens
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