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    En ces temps-là j'avais choisi Lyon. Lyon me rappelait les villes italiennes renaissantes et on y voit le Mont Blanc. Certes, j'avais déjà vécu à Lugdunum du temps de l'Empire. Mais c'était avant, quand je fuyais l'air grec. Trop de souvenirs m'envahissaient alors qui s'accrochaient à ses eaux bleues.

    C'est donc de nouveau à Lyon que j'ai choisi mon refuge. Une grande ville quoi de mieux pour s'y fondre en anonyme. Et pourtant Miwa a découvert ma caverne. Si Miwa a réussi à parvenir jusqu'à moi c'est qu'elle était guidée par le réseau. Non, je ne parle pas de vos réseaux en boucle ou en oiseau. Non je parle de mon réseau, la poignée d'humains qui connait mon existence.

    Miwa. C'est pour Miwa que je romps le silence, que je lance une alerte. Oh non pas une alerte pour sauver l'humanité l'humanité et incapable de saisir le sens d'une alerte. Elle la transfigure, je sais de quoi je parle, dans des temps lointains j'ai eu cette outrecuidance que je pouvais changer la face du monde. Mal m'en a pris...

    Aujourd'hui, je le répète, je lance une alerte pour sauver Miwa des griffes de la bête. Voilà pourquoi aujourd'hui je viens à vous, j'ai besoin d'un enquêteur, non pas un policier, trop proche des milieux étatiques, non un reporter ...

    Miwa. Elle vient de loin Miwa, de l'île ...

     


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  • Dimanche après-midi, ma fille a pris le bus pour aller de Valence à Romans. Elle a quitté notre maison en courant, elle était en retard m’a-t-elle dit. Je l’ai à peine embrassée et je l’ai vu s’éloigner habillée à la mode japonaise, pas la traditionnelle, la moderne.
    Dimanche soir, mon message sur FB :

      - T’es bien arrivée ?

    Sa réponse :

    - Non, c'est terrible! Alors que j’allais monter dans le bus, je me suis aperçue que la valise à mes côtés n'était pas la mienne... J'ai donc décidé de l'ouvrir pour voir à qui elle appartenait. C'est à ce moment que j'ai découvert qu'elle était remplie de billets japonais ainsi que de trois armes dont une kalachnikov russe.
    J'étais surprise mais je suis restée discrète car la présence d'un homme dans mon dos m’a fait comprendre qu'il valait mieux le suivre à l'intérieur du bus sans faire d'histoire, en gardant la valise à la main.
    L’homme m’a fait signe de le suivre jusqu’au fond du bus, réunissant tout mon courage, j’ai obtempéré car je sentais très bien que ma vie était en jeu. Quand il s'est assis côté couloir il m'a discrètement remis sur les genoux une enveloppe pleine de yens et il ma dit avec un accent russe très prononcé : « Je suis étonné de voir une si jeune intermédiaire, je pensais que j'aurais affaire à un vieux Japonais... Votre tenue chinoise est-elle une moquerie envers la triade ? »

    C’est là que j’ai compris que ma fille était habillée en chinoise et non pas en japonaise… Son message se poursuivait :

    - Je lui ai répondu sans faillir malgré la peur : « Peu importe, trêve de bavardage, prenez la valise ! » Il a acquiescé satisfait de voir mon professionnalisme. La suite du trajet jusqu'à la gare de Romans s'est poursuivie sans encombre et quand il est descendu, il a pris la valise. Moi j'ai retrouvé la mienne qui était dans la soute. Puis papa est venu me chercher. Bref je suis toujours en vie.

    Ma réponse :

    - Merci de m'avoir rassurée ma chérie. A demain.

    Je me demande si elle ne regarde pas trop de mangas ou si c’est son dernier jeu vidéo GTA qui est responsable. En tant que mère je me sens un peu coupable de ne pas assez me préoccuper d’elle. J’y réfléchirai demain quand elle sera de retour, demain est un autre jour.


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    Je suis Omer Romanzini. Oui, c’est moi, vous m’avez trouvé. Comment aurais-je pu vous échapper ? Le monde est sous votre contrôle, me semble-t-il, et vous vous  êtes attaqué à ma chair. Mon fils, là-bas, que vous avez plongé dans un lit de mort, pour m’atteindre. Bien sûr que mon sang va lui permettre de revivre, bien sûr que je lui donnerai toute ma vie mais il m'en restera et je vous livrerai mes secrets. Qu’en ferez-vous de mes secrets ? Depuis tant de siècles on a tenté de me les arracher. Regardez, ma peau en lambeaux en garde les traces. Ne me parlez pas d’évolution, de démocratie, de liberté, ne me dites pas que vous agissez au nom de ces principes respectables. Nous savons, vous savez, que vous ne cherchez pas le bonheur de tous, vous cherchez le bonheur de certains, du plus petit nombre possible. Car enfin, imaginez seulement un instant, si tous les êtres humains devenaient immortels comme moi, comment la terre pourrait-elle nous accueillir ? Vous savez très bien, lorsque vous aurez découvert mon secret, si vous y parvenez, la prochaine étape sera de définir qui aura droit de le partager avec vous.

     

     

     


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    Dionysos, dieu du désir pulsionnel assumé
    divisé par le Diable, dieu déchu du plaisir détourné
    reste La Croix
    Et cloué à cette croix l'Homme devenu dieu
    au nom de l'amour

     

    La bergère violée à la margelle du puits
    divisé par la courtisane poudrée de séductions
    reste l'Ecume
    Et baignée à cette écume Aphrodite libère
    au goût de l'amour

     

     

    Le Guerrier, survivant des combats
    divisé par l'entêtée, au cœur rayonnant
    reste Le Philtre
    Et buvant à ce philtre les Amants éternels
    au partage de l'amour

     

     

     

     

     

     

     


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    PROCES VERBAL 3 mars 1961

     

     

     

    ACCIDENT 15 JUILLET 1960 VERS 10 HEURES

     

     

     

    Le 15 juillet 1960 le nommé Rossi Oscar, chauffeur au service de l'entreprise CAT conduisait de LYON vers AVIGNON un camion attelé d'une remorque chargée de futs de bière lorsqu'à l'entrée de Vienne, dans la descente dite de « Bon Accueil » qui présente une déclivité de 11 % et qu'il avait abordée en 3e vitesse, il constatait brusquement que son frein à air comprimé ne fonctionnait plus.

     

    Son véhicule, dont il ne pouvait plus conserver la maîtrise avait alors pris une vitesse sans cesse croissante, heurtant les trottoirs et perdant tout son chargement, et occasionnant de graves dommages tout au long de sa course folle qui devait se terminer 80 mètres environ au sud de l'entrée principale des Ets PASCAL VALLUIT.

     

    C'est ainsi que la dame CONVERSET CARTHIEUX épouse VALLEGGIA qui se trouvait sur le trottoir devant la boulangerie GELAS, était happée par la remorque et décédait des suites de ses blessures et que le sieur BOSSY (mon oncle) et la dame ROUVEUR (ma future instit) projetés à terre soit par la remorque soit par des futs tombés du véhicule étaient atteints de blessures en trainant une incapacité de travail inférieure à trois mois pour le sieur BOSSY et supérieure à trois mois pour la dame ROUVEURE.

     

     

     

     

     

    Commissaire François ALBIN

     

    A notre arrivée, les blessés : Madame VALLEGGIA Raymonde, 32 ans, domiciliée à Vienne, chemin de la Réclusière

     

    Madame ROUVEURE, institutrice, domiciliée à Vienne, résidence Bellevue, quai Pasteur, viennent d'être placées sur l'ambulance des Sapeurs-pompiers aux fins de transport à l'hôpital de Vienne.

     

    Madame VALEGGIA est grièvement blessée à la jambe et cuisse droite, madame ROUVEURE est atteinte de plaies au bras droit, elle porte une petite blessure au dessus de l'arcade sourcilière gauche.

     

    Monsieur BOSSY Joanny, 49 ans, a été atteint à la jambe droite, cependant il n'a pas cru devoir se faire soigner à l'hôpital de Vienne et indiqué qu'il se rendra chez le Dr Christophe.

     

     

     

     

     

    Le premier aspect permet de déceler la présence de fûts métalliques pleins, cycle et cyclomoteur, montants bois, caisse, bouchons spéciaux pour bouteilles bière ou limonade, éparpillés sur la partie droite de la chaussé (sens Vienne-Lyon) ou sur le trottoir délimitant cette partie de chaussée, ou du portail des anciennes usines des Ets Pascal-Valluit, avenue Berthelot, jusqu'à hauteur du passage à piétons de l'Ecole Berthelot.

     

     

     

    ROSSI Oscar, 31 ans, a déclaré : - venant de Lyon, allant à Carpentras, ma femme et mon fils se trouvant dans la cabine, au bas de la descente, avant l'entrée dans l'agglomération, je me suis rendu compte que n'avais plus de freins sur mon ensemble. J'ai vainement essayé de passer en seconde vitesse, pour tenter de ralentir la marche de mon véhicule qui commençait à prendre de la vitesse. N'ayant pu y parvenir, j'ai crié et j'ai tenté de maintenir mon véhicule dont j'avais bloqué le frein à main, afin d'éviter une collision. A hauteur du jardin sis à ma droite, pour éviter un camion arrêté, je me suis déporté vers la gauche et c'est ainsi que ma remorque ayant butté contre le trottoir, les futs ont été projetés vers la gauche et que des personnes ont été blessées. Mon camion est allé s'arrêter à l'endroit où il se trouve actuellement.

     

     

     

    Commissaire François ALBIN

     

    Nous étant transporté à l'hôpital de Vienne, il nous est indiqué que l'état de la dame VALLEGGIA Raymonde était très grave, par contre Madame ROUVEURE n'était atteinte que de plaies au bras droit.

     

     

     

    A 15 heures, sommes informé par la direction de l'hôpital de Vienne que la dame : VALLEGGIA Raymonde était décédée des suites de ses blessures

     

    ETAT CIVIL : CONVERSET-CARTHIEUX Raymonde, épouse VALLEGGIA, née le 3 octobre 1927 à Saint Jeoire (Haute Savoie) mariée, deux enfants âgés de 10 et 2 ans, domiciliée à VIENNE (Isère) Chemin de la Réclusière.

     

     

     

    A hauteur du square Bernard, le conducteur de l'ensemble BERLIET-Remorque dut se déporter sur sa gauche, sous l'action de la vitesse acquise, l'avant côté gauche du camion venait érafler la bordure du trottoir côté gauche, mais les roues côtés gauche de la remorque venaient butter contre la bordure de trottoir Sud de la Rue Maugiron.

     

    Sous le choc, l'ensemble était déséquilibré, la remorque montait néanmoins sur le trottoir où elle se mettait en travers, avançant ainsi sur quelques mètres, trajet pendant lequel la dame VALLEGGIA était happée et projetée sur le trottoir.

     

     

     

    Témoins

     

     

     

    Monsieur DINE Marcel, né le 11 mai 1923 à Beyrouth (Liban)

     

    J'ai eu mon attention attirée par les cris d'une femme, ou du moins par ses gémissements, elle était allongée sur le trottoir gauche de l'avenue en direction de Valence ; elle était en partie cachée par une bâche, et à proximité se trouvait un fut ; sous la femme je notais la présence d'un cyclomoteur. Elle avait une cuisse complètement ouverte et elle saignait abondamment. Un moment plus tard est arrivée l'ambulance.

     

     

     

    Monsieur SANDRETTO Charles, 64 ans

     

    Une dame VALLEGGIA que je connaissais bien était en bordure du trottoir devant la boulangerie GELAS, elle avait mis son pain sur sa bicyclette qui était garée contre la bordure du trottoir devant la boulangerie, juste au moment où j'ai vu arriver le camion. On ne l'a retrouvée que plusieurs mètres plus loin sur le trottoir qui est à cet endroit en terre ; elle était gravement blessée et perdait son sang tandis que le camion et sa remorque d'où tombaient les tonneaux et du matériel continuaient la course vers Vienne avant de s'arrêter sur la droite après le terrain de sports des Ets Pascal Valluit.

     

    Cela s'est passé très rapidement, aussi dès que la remorque est venue monter sur le trottoir, un grand fracas a eu lieu et les tonneaux ont commencé à tomber à gauche et à droite de la route.

     

     

     

    Monsieur BOSSY Joanny, 49 ans

     

    A ma gauche, j'ai vu ma belle-soeur, Madame VALLEGGIA qui venait de sortir de la boulangerie Gelas et qui se dirigeait vers sa bicyclette garée contre la bordure du trottoir. Etant à la hauteur du pylône situé sur ma droite, j'ai vu arriver à une vitesse folle, venant de Lyon, un camion dont la remorque venait butter contre le trottoir faisant angle de la rue Maugiron et de l'avenue Berthelot. Ma belle-soeur a tenté de retourner précipitamment vers la boulangerie mais elle n'en pas eu le temps, elle a été happée par la remorque qui montée sur le trottoir fauchait tout ce qui se trouvait sur son passage. La bicyclette de ma belle-sœur était entraînée vers le Sud ainsi que la mienne, bien que les roues de la remorque soient venues buter contre le pylône. Je me suis retrouvé par terre au Sud de l'endroit où j'étais, lorsque je me suis relevé j'ai ma belle-soeur affreusement mutilée, perdant son sang, sur un morceau de bâche, entre un tonneau et des morceaux de bois de la remorque. Je me suis précipité à son secours. Elle se trouvait sur la partie de trottoir en terre battue, à quelques mètres au Sud du pylône trois ou quatre mètres en aval de moi-même. Je tiens à bien préciser que ma belle-soeur arrivait à hauteur de la roue arrière de sa bicyclette, qu'elle était arrêtée près de sa bicyclette, lorsque la remorque arrivait presqu' à sa hauteur ou plus exactement arrivait à hauteur du trottoir de la rue Maugiron et s'inclinait vers la gauche.

     

     

     

    Monsieur HENROTEL Charles, né le 7 février 1923

     

    J'ai vu le camion passer sur le trottoir côté gauche en descendant vers la ville, et reprendre ensuite la chaussée, tandis que la remorque a buté contre le trottoir et s'est retournée. J'ai entendu immédiatement des cris, je me suis précipité pour voir ce qu'il se passait et j'ai vu, sur le trottoir côté gauche en allant sur Vienne, une femme qui était allongée sur le trottoir et qui saignait de la jambe droite. Vu son état nous n'avons pu la transporter et un passant est allé téléphoner pour prévenir l'ambulance des pompiers de Vienne.

     

     

     

    Madame ROUVEURE Andrée née le 20 juillet 1929, institutrice

     

    Etant assise à terre, suffoquée par le coup, j'ai vu filer et zigzaguer sur le trottoir en direction du Sud une remorque, j'ai vu des planches et des futs sortir de cette remorque, les faits se sont passés très vite et je ne me souviens pas avoir suivi très loin du regard cette remorque ; cependant quelques secondes plus tard, j'ai remarqué sur le même trottoir où je me trouvais à une vingtaine de mètres en direction sud, un corps à demi-allongé semblant se tenir sur ses bras.

     


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