• Saint Barnard

     

    •  Mustapha, tu as décidé de me punir ? Pourquoi me faire venir à Romans ?
    • Allons Omer, tu vas pas commencer par te plaindre à peine sorti du train.
    • Et d'ailleurs, tu n'aurais pas pu passer ton permis comme tout le monde ?
    • Et toi, Omer, tu conduis ?
    • Les chars pas les voitures à moteur, ça te va comme réponse ? Bon vas-y, pourquoi tu m'emmènes ici ?
    • Ne sois pas si pressé Omer. On a rendez-vous à la collégiale. Mais à cette heure elle est fermée, on ira demain. Ce soir on dort chez un ami.
    • Bravo, beau programme. Eh quoi la collégiale de Saint Barnard ? Quoi ce prêtre qui m'a tant tourmenté, installé à Vienne puis venu ici installé son fief ?
    • Ah tu vois que tu connais l'histoire de Romans.
    • Oui, j'avoue, un peu, enfin Romanzisère, ça me parle. Et pourquoi aller à la collégiale, il est ressuscité, Barnard ? Ça m'étonnerait il doit pâlir en enfer.
    • Pourquoi tu lui en veux à Barnard ? A cause de Pilate ?
    • Qu'est-ce que tu vas chercher ? Quel rapport ?
    • Simple, Omer : Pilate est mort à Vienne, Barnard a été Évêque de Vienne avant d'établir l'abbaye bénédictine à Romans. 
    • Oui, bon, tu vas pas me faire un cours d'histoire. Et donc ?
    • Donc, tu dois effacer les traces du tombeau pour sauver ton fils, enfin ton troisième fils, facile. C'est ce que tu dois faire avant que les salauds qui sont sur sa trace te précèdent.
    • Et c'est à Romans qu'on va trouver le tombeau ?
    • Pas tout à fait, mais le parchemin qui a été confié à Barnard et qu'il a gardé avec lui est peut-être à Romans. Un parchemin signé par Pilate, en l'an...
    • Bon d'accord, c'est sûr, ce parchemin je voulais le retrouver depuis des lustres, si c'est le bon. Celui qui donne l'emplacement et que je voulais brûler. Que je sois le seul à savoir. Et comment as-tu fait pour arriver à tes fins ?
    • Rien de bien difficile : Vienne, Pilate, Barnard, Romans. Et un ami qui officie dans les archives de Romans. Comme il me dit, personne ne s'intéresse aux archives de cette ville, il n'y a bien que lui qui soit assez fou pour gratter et trouver des merveilles. Surtout quand c'est écrit en latin, personne n'a envie de traduire des poussières latines ici. Donc, demain, à l'aurore, il nous ouvre les portes de la collégiale et il nous transmet le parchemin.
    • Ah oui, comme tu dis, facile. Et il va le monnayer combien ?
    • Je te l'ai dit Omer, c'est un ami.
    • Tu lui as parlé de moi ?
    • Un peu, il fallait bien. On n'avait pas le temps, rappelle-toi ton fils, le troisième, est dans le coma à Montreux. Il faut que tu vois le parchemin, il faut qu'on soit certain que c'est bien le vrai. Et ça tu es le seul à savoir. Mon ami me l'a traduit mais les noms sont un peu effacés, enfin tu vois ce que je veux dire, l'emplacement, et surtout on ne connaît pas le plan de Jérusalem de cette époque avec autant de précision. Tu es le seul à savoir. Omer, quoi, tu hésites ? je ne te connaissais pas hésitant.
    • Tu oublies, mon fils, dans le coma. 
    • Ouais, enfin t'as un peu de sentiment. Tu as peur. Tu es plus détaché d’habitude.
    • Tu oublies, mon fils, dans le coma. 
    • On est là pour ça. Demain, on saura.

      Saint Barnard

     


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    Encore une page écrite sur le bord d'une table de café, avec, sur cette table, aujourd’hui carrée et blanche, une tasse de café noir. Mon cœur s'emplit de la mélancolie, non pas celle que le café avalé enfle dans ma bouche à gorgées chaudes et trop sucrées mais plutôt celle des jour où l'on craint l'impossible, où l'on craint les possibles. Une histoire de rien écrite parce que le néant s'approche à grands pas. Des mots trop forts pour des maux insignifiants mais éternels. Crainte des trahisons en chaîne. Crainte de l'oubli. Et puis quoi, foi en la vérité qui éclatera au grand jour et effacera les mauvaises histoires.


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    D'Ondine

     


    Il était une fois une petite sirène. Ce pourrait être celle du Danemark ; celle qui attend immobile et fragile le retour d’un prince venu de Thullé. Elle s'est assise un matin d'automne sur les roches humides d'une plage danoise et depuis elle penche son corps en avant vers les flots qui lui ont volé la vie. Elle attend le retour de l’impossible, ses jambes de femme à jamais repliées sous se reins.

    De Thullé arrivent encore des marques d'une noce, quelques cotillons, des bouchons de liège qui rappellent que l'on fait couler à flot les vins de France dans les calices d'argent. La reine avait les larmes aux yeux quand elle surveillait, encore attentive, les gestes de son fils, oublieux d'elle et déjà ses mots chuchotés pour celle qu'il a choisie : une blonde jeune princesse venue du royaume voisin. Le prince glisse l'anneau sacré aux doigts de l’aimée.

    Ondine ne craint plus les coups de sabre qui à chaque pas ployaient sa démarche légère. Les flots marins ballottent déjà son corps. A l'heure où les cloches du royaume carillonnent, une vieille sorcière lui murmure des paroles maléfiques et ses larmes auraient pu combler à jamais toutes les mers asséchées. A cette heure, l'océan la porte d'écume en écume et Aphrodite ne pouvait rien pour cette enfant perdue. Dans les nuages gris, Éros se cache, triste et regrettant l'absence de la justice de Zeus. Les Walkyries se taisent et si le vent souffle, c'est de rage, pour crier son impuissance. Dans leur royaume sous-marin, les sœurs d'Ondine se lamentent mais le roi, leur père, leur rappelle la conduite insensée de sa chère enfant. Lui-même ne peut rien pour alléger le terrible ordre des choses. Ondine a refusé de se plier aux ordres du monde. « Moi, encore moins que le plus futile de mes sujets, ne peut rien pour votre sœur, pour ma fille chérie. Comment un roi, gardien de l'ordre, peut-il changer le cours des temps ? Ondine savait à quoi elle s'exposait. Plus rien n'est possible désormais. Les flots engloutiront mon enfant à tout jamais. »

     

    Les pleurs des sirènes s'en vont de rocher en rocher, de plage en plage, d’îlots en îlots.

    Un poète les entend et se lamente avec elles. C’est sur son île que les flots décident de déposer le corps d'Ondine. Que ne peut-il être dieu et redonner vie à cette chair encore chaude ? Il allonge Ondine sur une litière de fleurs et étale ses longs cheveux. Le calme a de nouveau imposé son masque à cette petite fille oubliée des dieux. Le poète quelque nuit s'étend à ses côtés, la lune projette ses rayons adoucis sur leurs corps. Le poète croit entendre le souffle régulier de la jeune fille. Lorsque le soleil se lève, le poète a pris sa décision : pendant quarante jours et quarante nuits, il éclate un marbre noir pour conserver à jamais le corps de la jeune téméraire.

    Il faudra attendre bien longtemps pour que le marbre ait plié sous les flots, un artiste préféra le bronze pour recréer la silhouette. L'histoire ne dit pas si le poète a rejoint sa sirène au fil des temps.

     

     

     


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  • L'oiseau est parti

    loin de notre paradis

    pour trouver l'amour


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  • Bashung immortel

    en amont s'est endormi

    toujours là au monde


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