•  

    Pessoa

    La complainte de Pessoa, sa supplique quand il rêve la vie
    et qu'il nous en convainc avec ses mots au bord des larmes,
    avec ses mots d'émotion étranglée.

    Les jours disjoints.

    Je caresse le désespoir de ces pages du plat de la main.
    Les doigts à demi écartés, soulevés et tremblants.
    Goûtant à cette incestueuse découverte.

    Les jours fruitiers.

    Sans écart entre la fluidité de l'air des choses
    et les sensations bourdonnantes du dedans.

    Les jours électriques.


    votre commentaire


  • L’été sur une île bleue
    La voix du vent file dans les ruelles,
    Chasse la poussière,
    Nous colle l’un à l’autre.
    A l’unisson nous oublions le monde
    Sous son rempart tourbillonnant.
    La colonne de marbre épouse
    Le tumulte de la baie gémissante.
    Les barques tentent d’échapper
    Au souffle qui murmure à l’amour.

    Dans ce pays glorieux qui sent les pins
    Essoufflés de chaleur, hantés par les cigales,
    Nos empreintes s’accordent
    Sur les plages jaunes
    Qui entrecroisent
    Passé, présent, avenir
    Quand passent le vieil homme et son âne
    Près de nos corps jeunes et nus.

    Dans le battement des jours païens
    Le vent courbe nos rires
    Et pour l’impressionner tu fronces ton sourcil
    Nous rions plus fort
    Sous les oliviers bruissants
    Quand les cigales chanteuses le soir venu
    Se sont tues.
    Vêtu de blanc en sandales rouges
    Aux ailes invisibles et démarche de félin,
    Tu oscilles, jeune chat dans le jour chaud,
    Fauve endormi au soupir de la lune.

    Dans la chambre flotte
    L’odeur suave de l’amour
    Tes mains tremblantes ont le pouvoir infini
    De couvrir mon corps de perles
    Sur ma joue se balance ta tresse brune
    Tu suces mes doigts effarouchés
    et ta main gravit mon corps.
    Le vent suspend sa course
    et invente l’arc-en-ciel.


    votre commentaire
  • Je parle de toi sans te connaître
    Je t'écris sans voir
    Ton regard posé sur moi
    Je parle d'amour sans savoir
    Si nous nous sommes jamais aimées.
    Ma main tendue ne t'atteindra jamais
    Et mes jambes ne me porteront jamais
    Jusqu'à tes bras.

    Tu ne reviendras jamais
    Ce jamais qui grandit
    M'ensorcelle.
    Je n'ai plus ma raison
    Parce que ta mort n'est pas raisonnable.

    Les mots sont brouillés
    Ils s'effacent tout doucement
    Ils s'effacent au mépris de ma mémoire.
    La vie grandit dans les jours qui passent
    Et m'éloigne à jamais de ton souvenir.
    Une photo et la mémoire des autres
    Voilà ce que je garde de toi.

    Partout, dans la bouche, les yeux, les gestes,
    Mon corps qui se tord,
    Partout le souvenir de toi
    Crie en moi
    Et le deuil ne vient pas.
    A ma mère morte.



    3 commentaires
  • Ailes du désir
    Sous les frissons de l'hiver
    Cendres du désir


    votre commentaire
  • Le vague de sa robe noire (version à rimes)

     

     

     

     

    La vague de sa robe noire en va-et-vient
    Danse à ses mollets de soie au creux de la nuit
    Je l'invite à me suivre dans un bar, audace
    Elle acquiesce, avec cet air d'indifférence
    Regard hardi que je prends pour de l'insolence
    Et qui est sa parure, son unique force.

    Derrière le masque, pas de masque

    Elle n'exprime rien, choisit d'être à moi
    Si choisir représente encore quelque chose
    Elle n'a pas à dire comment ni pourquoi
    Elle se prête à moi cette nuit si j'ose
    Elle choisit d'entrer dans ce bar avec moi
    Dans le tumulte froid des jours comme une pause.

    Derrière le masque, pas de masque

    Les habitués sont dignes sans arrogance
    Comme tous les gens qui fréquentent cette rive
    Elle les connaît, elle leur ressemble, absence
    Et pourtant elle est d'ailleurs, d'une autre dérive
    Nous ne parlons pas. Nous regardons à l'entour
    Curieux des autres, crainte de nous, détours.

    Derrière le masque, pas de masque

    Soudain, elle me raconte notre histoire
    Avec les mots que j'attendais, damnée mémoire
    Sans complaisance, elle en décrit tous les temps morts.
    Bien avant moi, elle a déroulé notre sort
    Le sens caché sous les rencontres égarées.
    Un homme est entré, je sens qu'elle le connaît.

    Derrière le masque, pas de masque

    Il avance à notre table et s'assoit près d'elle
    Elle me sourit étrangement, si près d'elle
    Un sourire qui signifie que tout est dit,
    S'il n'y a pas d'espoir, à quoi bon en souffrir
    Elle fait signe à l'homme ils se lèvent ensemble.
    Elle m'a jeté son regard d'avant, je tremble

    Derrière le masque, pas de masque

    Je ne sais pas où l'homme à son charme l'entraîne
    Je ne sais s'ils avaient rendez-vous, souveraine
    Je la vois s'éloigner, par cet homme enlacée
    Le vague de sa robe danse à ses mollets.

    Sous leur masque, pas de masque, désirs ardents


    votre commentaire