• devoir pour les enfants qui restent à la maison


    conjuguer le verbe confiner


    je confine c'est pas chiant y a pire
    tu aurais été confiné plus tôt ç'aurait sauvé des vies
    il ou elle a confiné pendant deux mois
    nous avions confiné mille et une nuits
    vous êtes confinés, fermez vos gueules !
    qu'ils ou elles soient confiné.es, Covid court toujours
    Confinez-vous qu'ils disent
    Seigneur me confinerais-je à vous ?


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  • J'ai plus de croissants pour le petit déj, je sors, j'achèterai le journal pour les nouvelles du jour

    J'ai plus de bières pour l'apéro, je sors, j'achèterai aussi les clopes pour accompagner

    J'ai plus de patates pour déjeuner, je sors, j'achèterai aussi le beurre pour enrober

    J'ai plus de pain pour le quatre-heures, j'achèterai aussi la confiture pour dégouliner

    J'ai plus de fièvre ce soir, allô docteur


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  • Continuez votre  ronde les mots, là-haut au plafond : è pericoloso sporgersi. Je ne me penche pas. Pourquoi partez-vous en file indienne sur le mur de la salle d'attente ? Quelle belle ronde vous me donnez à voir, vous vous dandinez, vous flottez ! Quelle belle couleur irisée les voyelles ! et vous les consonnes, le drapé à vos cous ajoute à votre élégance ! Comme c'est bon de vous voir défiler. Ce n'est pas le 14 juillet, même pas la procession des Rameaux ! Que faites-vous là-haut à agiter vos branches d'olivier ? Attendez-moi, je vous rejoins.

    Je ferme les yeux, je me sens bien. Pourquoi sont-ils tous après moi avec leur regard inquiet. Pourquoi me parlent-ils si forts ? Arrêtez votre chahut les lettres, oui je vois bien que vous flottez... silence je n'entends rien. « Qu'avez-vous pris, vous vous en souvenez ? » Qu'est-ce que j'ai pris ? J'ai rien volé. Rien, j'écrivais à l'encre sur mon cahier à lignes. J'ai pris un buvard pour sécher l'encre. Oui, c'est ça un buvard. La ligne s'est évadée, les lettres ont suivi. J'ai essayé de les rattraper sur la terrasse. Je me suis penchée. Après c'est le vide. Enfin, j'ai entendu les tambours. Ca tapait dans ma tête, un rythme chaud, le bruit des sabots qui frappent le sol, et un et un, et deux et deux, allez frappe, frappe avec tes sabots, belle bête mon taureau, oui je te vois avancer sur le sol poussiéreux. Qu'est-ce qu'ils ont, tous ces hommes et ces femmes, à vouloir te couvrir d'un drap ? Mon beau taureau fumant. Non, je vous l'ai dit, pas de drap, pas de drap, laissez-moi goûter au pelage chaud de mon taureau. Arrête de m'appeler ta demoiselle d'Avignon. T'es bête mon taureau. Les mouches, vous m'agacez, partez dans vos déserts de sel. Je suis dans une pièce, un seul lit, une sorte de brancard avec des barreaux, ils sont fous, ils ont attaché mes mains. C'est à cause de toi taureau, tu leur fais peur. Ils ne peuvent pas comprendre que tu sois minotaure et mon amant. Je ris si fort que la petite dame au bonnet blanc me soulève les paupières. Qu'est-ce que c'est que ce tube et cette longue aiguille ? Les hommes sont curieux avec leurs appareils. « Laissez-vous faire ! » Pourquoi ? Je me sens si bien. Plus tard, dans la nuit un jeune homme en blouse verte se penche sur mon lit : « Comment vous sentez-vous ? » Il détache mes mains. Merci, j'ai soif, j'ai la bouche sèche. « Pourquoi avez-vous fait ça ? » Fait quoi, mon taureau ? « Pourquoi vouliez-vous mourir ? » Mourir, non, j'ai trop de vie, tant de vies à vivre auprès de toi mon taureau. Dis, tu reviendras mon taureau ? tu le sais que je ne peux pas vivre loin de toi. Tu es mon frère, mon amant, mon ami, ne m'abandonne pas aux ombres de la vie.


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  • ONU

    ONU

    A l'Organisation des Nations Unicellulaires, la réunion grondait. Les bactéries vertes soulevaient la question de la protection de la planète.
    « Qui est responsable du risque planétaire ? Qui nous pompe nos énergies ? Car enfin, nous avons besoin des forêts, des algues et autres verdures pour nous nourrir ! D'ailleurs nous avons tissé une toile vibrante, en toute complicité avec la verdure planétaire. Donc je répète qui est en train de pourrir la Terre ? »
    Au fond de la salle un son s'éleva bientôt repris en écho : « Om »
    « Voilà, nous sommes d'accord ! L'humanité nous pourrit la vie. Lançons une attaque ! Débarrassons-nous de cette vermine ! »
    « Mais comment ? »
    « Unissons-nous avec les virus ! Leurs bombes virales nous défendrons contre ce péril implacable. Vive les parasites !»
    Au fond de la salle, le pays du Microbiote regrettait de ne pas avoir de droit de veto.

     

     


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  • Cœur de l'Afrique noire. Bière bouteille de pays. Chaleur et vent rafraîchissant. Solitude avec paysages nouveaux en décor. Je suis au cœur de l'Afrique. Dans une ville basse avec toute sa vie, ses musiques, ses bruits, ses vendeurs des rues, derrière leurs tables de bois aux pieds cassés mais tenant bons car la verticale n'est pas une loi de la nature. Les sorcières ont mangé mon âme. Dans la maison aux génies, je cherche mamy wata. Je sais que je ne la trouverai pas ou bien elle se nomme habitude. Je m'habitue.

    Les Africaines rient fort dans les cafés. Un homme porte sur sa tête une machine à coudre. Marque : Éléphant (les lettres sont effacées). Pour rythmer ses pas, il joue avec une paire de ciseaux. Les ânes ont les pieds de devant attachés. Les cochons sont noirs, les jarres renversées et les maisons de terre enfumées. La meunière en sueur écrase le mil sur la large meule en pierre. On entend les crissements du broyage. La farine de mil blanc tombe sur le sol de terre battue, la terre rouge africaine. La cabaretière plonge les calebasses dans ses canaris de bière. Les Africains sont emplis d'amour jamais perdu qui leur donne une force tranquille. Cette force tient tout leur corps. Ils sont comme les arbres plantés dans la savane qui étendent leurs branches lourdes, au-dessus des troncs pleins, jamais écrasants.

    L'orage et le bruit du tonnerre emplissent l'espace et le rendent moins menaçant. Sa présence -qu'elle soit divine ou naturelle- suffit à estomper tous mes désarrois. Si je pleure sous la pluie battante, c'est parce que je me libère enfin, comme le ciel, de la pesanteur des jours sans noms. L'amour passé reste l'amour, bien qu'on n'ose plus tout à fait le nommer ainsi à force d'usure. Quand le cœur doucement écoute les silences d'hier, tout autour les colons aux jambes rudes s'assoient et fument, jusques aux cieux africains, leur félicité commune. L'heure du thé, moment privilégié, s'accompagne de la silhouette respectueuse du boy, habitué ici aux manières de l'aristocratie servante. Dehors, les enfants jouent dans les détritus et les femmes aux seins flasques se baignent dans le marigot boueux.

    Tout cela se déroule alors que toi, dans le même temps, du fond de l'Europe blanche, tu souris à la jeune danseuse en sueur. Sous le ciel africain, je songe à notre rencontre et à sa fin.

    Interprète : Nicole Amann - Compositeur : Hervé Jeanson -
    de Corinne Jeanson - avec le concours du site Bonnes nouvelles
    ©  2007


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