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    Le voyage a cela de magique que les hommes en voyage transportent avec eux la beauté éternelle. Le nomade, aux sources de l'humanité, dans sa marche périlleuse, dresse son corps et son regard farouches, et ne se laisse jamais surprendre par l'inconnu. L’homme apprivoisé et sédentaire loin des villes urbanisées retrouve, un temps, son arrogance pareille à l'animal solitaire.

     


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  •  Automne

    Plus rien ne t'appartient
    tu n'entends plus le vent
    tu ne verras plus
    Œdipe aveugle.
    les feux te mangent la cervelle
    sans merci.
    La mer basilic frisé.
    Un sourire jadis effleuré
    nous glisse entre les doigts.
    Reste la pluie qui fait l'amour avec les pierres
    et les vieilles maisons en secret qui dansent.

    George Oikonomou
    Traduction Michel Volkovitch (remerciements)

     

     


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    Ce matin le vent était violent. J'allais dans les rues pleines du soleil et du bruit des autres. J’allais avec des poignards en sommeil au-dessus de moi. Une branche abattue par le vent gisait sur les pavés. Si elle m'avait atteinte à la nuque avant sa chute finale, je serais là gisant à ses côtés. Le monde à mes oreilles serait silence et les ombres à mes yeux ne seraient plus. Les poignards d'argent n'oscilleraient plus, fatidiques, par dessus mes pas. La paix enfin serait installée. La solitude et le silence enfin auraient eu déraison du monde.

    Quelquefois j'agite le bras au passage d'inconnus qui ne me reconnaissent pas. Ce signe d'humanité, incongru à cet instant, fait se détourner la tête des passants. La folie des autres gène.

    Des îlots flous de réalité se dissolvent à l'assaut violent ou simplement incessant des vagues du conformisme qui sont confondus avec apaisement.

    Les choix ne sont que des détournements et le terrorisme à soi -le suicide ou son idée- devient l'ultime issue quand l'émiettement de la vie ne permet plus de modeler la forme initiale.

    Le temps se découpe selon la course du soleil et la scission à chaque retour de la nuit n'est autre que le déchirement de Prométhée.

    La lucidité appelle la lucidité et l'exigence interdit le repos tant que l'homme n'a pas trouvé son paradis, fuyant les mirages diaboliques où il risque de s'égarer.

    La nouvelle mystique est sans illusion qui admet que son ultime destinée n'est pas Dieu. L'effarement vient de là quand le sens n'est autre que la reconnaissance du non-sens.

    Alors vient l'apothéose.

     

     

     


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  • Avant de lire cette lettre, respire son parfum, entends ses bruits : ils sont de l'Afrique. Ils sont l'Afrique. Dans un point noir au cœur de ce triangle bombé. Bien loin des rives de la Méditerranée et de ses mythes familiers. Loin de Dionysos et de son cortège, loin de la Naples souterraine et des Madrilènes écarlates. Loin de l'étoile de la Palestine.
    Cette lettre roule de tous les fleuves lents et furieux de l'Afrique, de ses steppes rougies, de ses forêts étonnantes.
    Cette lettre glisse jusqu'à toi resté au cœur de l'Europe, au cœur de mes pensées. Par-dessus le ciel voilé de l'Afrique, sa main s'étend à l'infini de mes désirs. Cette lettre s'inonde de mes paupières et bien plus loin.
    Cette lettre un jeune facteur la déposera dans ton allée.
    Cette lettre t'apportera mon oubli impossible de toi, depuis le creux de l'Afrique éternelle.


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