• J'étais jeune, j'avais envie de vivre
    Qu'as-tu fait de moi, Pablo ?

    Chaque jour, tes mules m'apportent
    leur lot de consolation
    Les dames blanches aspirent
    L'un après l'autre
    Mes souffles de vie.
    Dans la discothèque allumée
    Je veine de dynamite
    Mes dernières gouttes de sang.

    Tu m'as tout pris
    Et j'en redemande.
    Mes voyages ne sont pas
    Inscrits dans les guides
    Je les sniffe avec délice.

    Qu'as-tu fait Pablo
    Des enfants de Medellin ?
    Des sicarios aux abonnés absents
    Des Zombies défoncés
    Qui errent dans les forêts
    Amazones abattues.
    La colombe enfarquée
    Tient dans son bec
    Le rameau sacré.

    J'étais jeune, j'avais envie de vivre
    Qu'as-tu fait de moi, Pablo ?

     

    Interprète : Nicole Amann - Compositeur : Hervé Jeanson -
    de
    Corinne Jeanson - avec le concours du site Bonnes nouvelles
    ©  2007


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  • J'ai passé les dunes d'herbes folles qui frottaient mes chevilles.
    Devant la mer flottait.
    J'ai traversé le sable chaud qui piquait mes plantes de pied.
    L'astre du jour effaçait les ombres sombres.
    J'allais dans l'été, pour effacer les mémoires vives.
    J'ai jeté mes habits sur la plage, la nudité était à sa place dans ce temps étiré.
    Le sable mouillé marquait mes empreintes.
    La mer les absorbait dans sa bouche vorace.
    J'avançais encore dans son étendue méditerranéenne.
    Mes chevilles allaient à son va-et-vient, dans sa ballade impérieuse.
    L'eau salée écornait les traces à la craie de mon cœur.
    Le ciel se détachait dans l'horizon étalé.
    Je m'enfonçais.
    Les genoux, les cuisses, une vague m'enroula.
    Je crois bien que la mer, cet après-midi d'été, m’engloutit dans son ventre liquide.
    Il faut bien renaître dans les longues journées de l'été limpide.


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  •  

    Je déteste l'année 1764. C'est cette année-là que la bête m'a dévorée. Son petit a mâché ma main gauche juste avant que la bête ne tranchât ma tête. Mes métamorphoses pouvaient commencer.

    Au village, on m'appelait "la Jeanne". Je fus enterrée sans sacrements, puisque je n'étais pas allée à confesse avant mon supplice. Je suis morte deux fois, une fois par la bête, une fois par les hommes.

    La bête recommença. Pendant trois années, elle s'abattit sur le pays de Gévaudan, au nom désormais macabre. Aucun chasseur ne parvenait à traquer la bête solitaire. La nouvelle parvint jusqu'au roi, de ce siècle des lumières. Sa cour s'épuisait dans les liaisons dangereuses du libertinage. Il ne tolérait pas qu'une bête noire ramenât le peuple à des siècles obscurs. Rien ne devait briser son autorité sur tout son territoire. Ne venait-il pas de chasser les Jésuites de France ? Le roi fit envoyer ses meilleurs Dragons dans les landes du Gévaudan. Aucune balle ne semblait atteindre la bête. Après chaque battue, alors que les chasseurs à plusieurs reprises l'atteignaient, on la voyait s'enfuir plus loin dans les bois. Haro ! Haro ! La bête surgissait si rapide qu'on la voyait aux mêmes heures dans des villages éloignés de plusieurs lieux. En plein jour, elle pistait l'odeur des femmes et des jeunes gens.

    Un matin de printemps, on ne sait comment, le Beauterne parvint à capturer un loup monstrueux qu'on envoya à Paris. Chacun croyait que la bête avait succombé et chacun reprit ses activités. Quelques mois passèrent. Les carnages reprirent, plongeant de nouveau les paysans dans la terreur. Les battues recommencèrent d'hiver en hiver. Les tempêtes de neige empêchaient les chasseurs de la poursuivre. Dans les tourbières, elle réussissait à se cacher près de son petit endormi. Jusqu'au jour où le Jean Chastel, le sorcier à la balle bénite, parvint à tuer la bête dans les monts de Margeride, un joli nom pour un endroit de malheur. La légende pouvait commencer.

    On n'a pas retrouvé son petit.

    Promeneur, si parfois tu viens sur ces plateaux, tu apercevras, dans les nuits de lune, ma silhouette de jeune fille. Je me promène encore dans les landes à bruyères. Je me nourris de myrtilles qui poussent sous les pins. Pour dormir, je me protège sous les blocs de granit. J'écoute le chant des hêtres et le bellement des moutons. J'ai nourri le petit de la bête avec mon lait et mon corps s'est réchauffé à sa fourrure. Le petit a grandi. Il m'a apprivoisée. Il est devenu mon compagnon. Je suis devenue sa bête.



    Photo : Yves-Marie JACOB

     


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  • - Qu'est-ce que vous faites ?

    - On trie les dossiers. C'est le boss qui l'a demandé.

    - C'est quoi ce tas ?

    - Intermittents, intérimaires et Cdd à temps partiel. Direct poubelle, intraitables.

    - Et ce dossier vide ?

    - Musicien. Auteur. Artiste. Journaliste. On a déjà jeté.

    - On en fait quoi de celui-là ?

    - Raoni. Chasseur-cueillir. Nationalité : Brésilien. Il vient d'Amazonie.

    - Il est arrivé en pirogue ? Et il fait quoi en France ? Il a des papiers en règle ?

    - Refuge politique. Inattaquable.

    - Avec sa peinture rouge sur la figure ? Et puis chasseur-cueilleur, c'est quoi ce travail ? Et là c'est quoi ?

    - Des profs et des infirmières. Dans le dernier projet de loi, ils vont réduire le nombre de fonctionnaires. Ils partent déjà pour le privé.

    - Les ex-fonctionnaires vous oubliez. Et là ?

    - Secteur associatif subventionné. Poubelle.

    - Il reste quoi ?

    - On a éliminé les plus de cinquante ans, les moins de vingt-cinq sans expérience significative.

    - Significative ?

    - Tous ceux qui prétendent avoir fait des stages.

    - Il reste quoi ?

    - Ces trois dossiers : fin de CDD à temps plein, CDI licenciés pour raison économique ou pour faute.

    - Faute ?

    - Uniquement les fautes graves. Les autres, on a peur que ce soit un arrangement pour toucher le chômage. En résumé, sur nos 1 800 dossiers, on en a gardé 200.

    - Ben, ça va nous donner moins de travail.

    - Chef, on a terminé le tri. 200 dossiers à traiter.

    - C'est-à-dire ?

    - On a éliminé tous les faux travailleurs, on a gardé ceux qui avaient déjà eu un vrai travail.

    - Comment ça ? Vous n'avez pas compris les instructions. C'est pourtant clair, on doit trouver un vrai travail aux chômeurs. Vous pouvez recommencer à zéro.


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  • Ce sont peut-être ceux-là les plus terribles.
    Dans la nuit de deux heures
    Quand la foule accusatrice des rêves a frappé.
    Le cri s'écrase dans la gorge

    Et le hurlement interdit se répercute à l'infini
    En toute impossibilité.
    Ce sont peut-être ceux-là les plus vrais,
    Les mots qu'on écrit après pour apaiser.

    J'étais un cri, j'écris
    Dans le tremblement du matin
    Avant le lever du jour
    Qui tressaille là au fond
    D'une cicatrice me liant au monde du néant.

    J'écris, je crie pour m'évader
    De moi qui existe à peine
    Ou déformé par des fantasmes impuissants.
    Ecrire toute la nuit
    Le matin ne viendra pas plus vite
    Le malentendu s'est tissé solide
    ouvrir le livre du futur et oublier.

    Toute la nuit j'ai dansé dans les lumières,
    J'ai jeté par les fenêtres les mots.
    Les mots par les fenêtres.
    Au petit matin, je suis ivre,
    étourdi au bras d'une inconnue sans joie.
    Sur le trottoir les mots se sont dressés,
    ils se sont dépliés et m'ont appelé.
    Ils ont repris possession de moi
    et ne cessent de défiler leurs histoires de mots.


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