• Les livres aux mots noirs
    sont tombés épars
    Ce matin une main vaudou
    a empoigné ma poitrine
    mon cœur s'arrache

    Les livres aux mots de plomb

    ont délivré leurs paroles brûlantes
    Un esprit sorti de l'enfer
    a soufflé à ma bouche
    mes poumons s'effondrent

    Les livres aux mots incohérents

    ont lancé leurs flèches vénéneuses
    Un éros fatigué des jours
    a pétri ma peau flétrie
    mes souvenirs tenaces s’effacent. 

     


    votre commentaire
  • Société esclavagiste et société capitaliste

    - Dis papa c'est quoi la différence entre une société esclavagiste et une société capitaliste ?
    - C'est simple dans une société capitaliste, travailler c'est valorisant.
    - Ah ?
    - Par exemple, aux Antilles françaises les planteurs esclavagistes étaient installés dans la consommation ostentatoire, s’adonnaient aux jeux et aux plaisirs, cultivaient l’oisiveté et ça c'est pas être capitaliste, c'est juste profiter du système
    - Ah !? ben tonton y profite du système, parce que lui y bosse pas il est chômeur. ça veut dire que tonton est capitaliste ?
    - C'est plus compliqué, voilà, j'explique, les sociétés de l'Antiquité utilisaient des esclaves, avec l'arrivée des Barbares (du Nord), l'esclavagisme a été remplacé par le servage, la Révolution française a balayé le servage, avec la révolution industrielle qui avait besoin de beaucoup de main-d’œuvre, on pouvait difficilement revenir à l'esclavagisme, sauf dans des terres lointaines, là personne disait rien, ça se voyait moins, c'étaient pas des blancs les esclaves... donc les travailleurs étaient payés, mais exploités et souvent mal traités.
    - Ah ? alors c'est quoi la différence ?
    - Mange ta glace, elle va fondre avec cette canicule. Et maman va dire qu'on gaspille.

    http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Travail__capitalisme_et_soci__t___esclavagiste-9782707145536.html-


    votre commentaire
  • Bien avant le commencement, j'ai croisé un étrange voyageur, Omer Romanzini. J'ai cherché et je cherche ses traces depuis ... On croit l'avoir vu sur les bords du lac Léman, puis aperçu en Argentine avant qu'il ne s'efface pour réapparaître en Afghanistan. Omer traverse ainsi sa propre histoire qui ne semble avoir aucune limite ni frontière, pas même celle du monde concret qu'il effleure et marque de sa quête mystérieuse...  je ne sais plus.
    A retrouver dans la rubrique : "Les fils d'Omer Romanzini".

     

    Ma patrie est là où je suis, où personne ne me dérange, où personne ne me demande qui je suis, d'où je viens et ce que je fais. » B.Traven

     

    La liberté ou/et la mort.


    votre commentaire
  • "Ava portait au bras, gravé, un numéro bleu."
    Ce n'est que le surlendemain qu'Assane reprit le train. Entre Lyon et Paris, il était assis aux côtés d'un jeune homme mal lavé qui lisait une liste de mots étrangers alignés sans ordre apparent. Son odeur empêchait Assane d'apprécier la pureté des vallons verts, à peine brumeux dans le lointain. Il fixait la pente labourée d'un champ. L'articulation des sillons tout au long organisait le cheminement de ses pensés. Il se souvenait avoir décidé de devenir boxeur à l'âge de onze ans. Il savait que la vie ne faisait pas de cadeau. Et puisqu'il fallait se battre autant le faire sur un ring, sous le regard vigilant de l'arbitre qui se tenait aux côtés des joueurs. La vie n'avait pas de logique, la réalité était sans morale, il avait donc choisi de créer ses propres règles et la boxe les lui avait apprises. Il avait trois mois d'entraînement avant le combat. Il était calme, détendu, la perspective du combat l'exaltait. Au pied des arbres, l'eau montante lui rappela l'angoisse du cœur solitaire, fermé dans son poing. Ava.


    Elle a touché les arbres, leurs feuilles se sont desséchées, elle a marché sur le lit de la rivière, il a coulé à flot, couleur de sang, elle a touché son genou, elle s'est mise à boiter. Elle regardait derrière les croix noires au-dessus des tombes, les fosses encore ouvertes où les hommes debout, nus, attendent la mort. Dans le silence de l'horreur, dans le silence, par respect pour ceux-là qui déjà ne souffraient plus, par respect pour ceux-là qui se souviendraient de leurs pères, ensevelis pour toujours. L'Histoire, majestueuse, aux seins massifs, avançait le regard oublieux. Comment pourrait-elle les voir ces tombes ? Sa démarche lente et assurée recouvrait d'ombre les tombes, les tombes et l'agonie lente et cruelle des hommes debout dans la terre noire. Le lendemain, les herbes folles recouvraient les charniers. L'homme marchait debout dans la ville reconstruite par-dessus. Assane s'éveilla en sursaut, la langue pâteuse. Il détestait s'endormir dans le train. Le jeune homme continuait à puer. Il se leva pour boire un café et oublier son rêve. Ava portait au bras, gravé, un numéro bleu. Entre Lyon et Paris, il lut dans le journal acheté à la gare qu'une jeune femme avait brûlé dans un incendie accidentel. Ava s'était endormie oubliant d'éteindre sa cigarette. Le temps de l'oubli était venu.


    votre commentaire
  • Trois jours après que les cendres du bûcher aient été dispersées par les villageois, j’ai scellé le dernier sarcophage. Son corps reposait à jamais au creux de la pierre de marbre. Les Chartreux avaient fermé la lourde dalle au-dessus de la crypte. Les souterrains étaient désormais fermés, pour garder leur secret, et la crypte accueillant le sarcophage de Lisa et ceux de nos trois filles. Je la voyais encore, debout devant la fenêtre de notre chambre, vêtue d’une longue chemise de soie rouge qui flottait à ses pieds. Elle souriait et moi je la regardais depuis notre lit, en silence, émerveillé comme à chaque fois depuis que je l’avais enfin retrouvée, depuis douze ans. Je savais que son retour ne durerait pas mais elle me laisserait nos filles, je poursuivrais ma route avec son souvenir impérissable. Je n’avais pas imaginé que la main d’hommes extrêmes me la prendrait si tôt, qu’il me l’enlèverait, elle et mes filles. Je m’étais étendu sur la dalle froide, toute la nuit je pleurais, ou bien je hurlais de douleur. J’étais là avec mon éternelle affliction et j’étais impuissant à la faire revenir. Sans réfléchir, malgré les suppliques des moines qui me demandaient de ne pas céder à la vengeance, je décidais très vite de partir à la poursuite de leurs agresseurs. J’étais déterminé à les faire périr de mes propres mains. Les mises en garde du prieur n’eurent aucune prise sur ma haine. Je ne savais pas que j’étais encore capable de ce sentiment. Qu’aurais-je pu faire d’autre dans l’instant ? J’ai poursuivi leurs assassins à travers les monts et les vallées des Alpes. Ils avaient traversé la France pour la Suisse puis le pays de Bohême. Je sentais leur présence, devant moi et mon cheval, sur les sentiers raboteux, le long des berges rocailleuses des rivières, dans les fonds obscures des noires ravines. J’évitais les monts à l’air libre qui me faisaient offense dans ces moments où je suffoquais. Je savais que c’était là que je le retrouverais : Heinrich Kramer et ses acolytes. Je n’eus même pas à leur tendre un piège. Ils se sentaient invincibles, Dieu était le témoin de la justesse de leur justice. Il m’avait ôté toute croyance, toute compassion. Je n’étais plus qu’un homme trahi, meurtri, anéanti, qui ne saurait jamais refermer ses blessures et qui aurait l’éternité pour les apaiser. Sept jours après avoir quitté ma belle vallée, à l’orée de la forêt près de Tabor, je les aperçus enfin. Ils faisaient boire leurs chevaux dans un ruisseau au flot tumultueux. Ils étaient trois autour de Kramer. Le printemps montrait ses prémices alors que mon cœur restait logé en hiver. J’ai sorti mon arc, et j’ai visé le premier homme. Il est tombé et j’ai tiré une deuxième fois avant que la petite équipe n’ait réagi. Le troisième me visait quand j’ai bandé une troisième fois mon arc. La flèche est partie, bien droite, en sifflant à travers les ombres des hêtres. Elle atteint le troisième homme au front, il est tombé la face contre les feuilles noircies de l’hiver. Des corbeaux se sont envolés bruyamment de la cime des arbres, il ne restait plus que Kramer, assis auprès d’un feu improvisé. Il me regardait, surpris, mais il conservait dans la lueur de son regard la froide détermination, la même, j’en étais certain, qui l’avait conduit à allumer le bûcher qui avait brûlé avec ma famille tous mes espoirs. Soudain, il se traîna à genou dans ma direction, les mains tendues, pour me supplier, ou pour mieux m’approcher et tenter une attaque à main nue. Je ne lui laissai pas le temps de me surprendre ou de m’apitoyer, je pris dans mon carcan, la quatrième flèche, tendai mon arc et visai : Kramer s’écroula, la flèche avait pénétré sa cage thoracique, profondément dans le cœur. Cela ne suffit pas, je pris l’épieu qui pointait de ses bagages et lui brisais le cœur en l’enfonçant à coup de marteau.

    - Voilà pour toi, chasseur de sorcières. Subit leur sort. Subit le sort de toutes ces innocentes.

    J’avais réussi à supprimer ce dominicain allemand, dangereux à force de soif de vérité, qui avait détruit toute ma famille en une seule journée parce qu’elle avait eu le malheur, dans ces temps de folie, de lui déplaire. Je laissai partir les chevaux, me remis en selle et fonçai à travers l’Europe. A ce moment-là, je ne savais pas quelle contrée je voulais rejoindre. Il me fallait seulement quitter le pays des Alpes, quitter la lumière de ses monts. Peut-être attendais-je que mon cheval me guidât près des monts où j’étais né, là-bas, loin, dans le Caucase. Mon périple s’arrêta bien avant.


    votre commentaire