• - Dis pépé pourquoi tu fais la gueule ?
    - Rien... C'est mémé qui se prend pour Rosa parce qu'elle lit wiki.
    - Stalinien !
    - Tu vois c'est les insultes depuis ce matin parce que j'ai oublié son gilet dans la voiture. Je l'empêche pas de manifester je dis juste que son gilet noir c'est pas une bonne idée.

     spontanéisme

     


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  • Lune orange

    Lune orange

     

     

     

     

     

     

     


    Quand notre bateau s'est arrêté dans la crique, ils étaient encore quelques-uns sur la plage et dans les deux tavernes. Les lampes à gaz brillaient bleu et blanches. Christos a plongé les deux ancres dans les eaux profondes. Nous avons quitté Margherita dans la barque verte. La taverne était petite, Christos a choisi le menu, la femme soulevait les couvercles et lui expliquait le repas. Nous avons mangé des petites légumes verts, très doux, de la viande grillée et nous avons beaucoup bu. Les papillons, les insectes de nuit voletaient tout autour. Christos me regardait avec du rire plein le visage. Il me tenait parfois contre lui, me retenait avec son bras passé autour de mes hanches. Je me laissais emporter par son rire et ses grandes mains.

    Sur la plage, des jeunes gens avaient décidé de faire un feu pour plaire à la nuit. Ils étaient là moins d'une dizaine. Au début deux ou trois et les autres près des dunes ou des arbres. Le temps passait et ils se rassemblèrent autour du feu de bois. Nous les rejoignîmes. Chacun allait débusquer une branche, une brindille. Peu de chose mais suffisamment pour nous réjouir. Le feu brilla sans peine, sans fumée. Il y avait trois Grecs, dont une jeune fille, sans rien d'autre en tête que l'espace de la crique. Deux Autrichiens, effarouchés et ravis, écoutaient les propos. Un Allemand, plus âgé s'était assis. Il expliqua que ses amis étaient là-bas, sur le voilier et qu'il ne savait comment les rejoindre. Comme souvent la proximité de plusieurs hommes sur un bateau les avait rendus agressifs, mesquins et ce soir, il payait de cela à rester sur la plage, espérant que l'un de ses compagnons consentiraient à venir le chercher.

    Christos parlait à tous, en grec, en français, en anglais, en allemand, et me lançait des cailloux de sable pour me rappeler à lui. Je les écoutais tous, parlant à mon tour, en anglais, avec maladresse mais amusée. Christos se leva et proposa à l’Allemand de le raccompagner, il en profiterait pour récupérer une bouteille sur son caïque. Les Grecs aussi avaient récupéré une bouteille de vin blanc. Quand Christos se leva, il me parut encore plus grand et plus fort que lorsqu’il me tenait au-dessous de lui, dans le ventre de son bateau. J'entendis la barque s'éloigner et mon cœur ne tremblait que de bonheur, ce bonheur tout simple d'être là sur une plage encore chaude du jour, où flottait le présent à pleine gorge, d'être là, et de deviner le bateau dans la baie qui nous attendait, Christos et moi.

    Christos, lorsque je l'ai quitté, n'a pas voulu prendre mon adresse -ou plutôt il a hésité. « Tu comprends, petite, j'aimais bien prendre ton corps, je ne sais pas si j'aurai envie de t'écrire. » Cette nuit-là, sur la baie, quand la lune s'est levée, c'était un disque parfait, orange. « La lune est belle, elle est orange. » « Et toi, tu es belle ? » « Je ne sais pas, je ne suis pas orange. »

    A ce moment, il appuyait mon dos contre son torse et me serrait. Les autres passaient les bouteilles et c'était le partage du vin entre nous tous. Nous avions oublié le temps.

    Bien plus tard, lorsque Christos me rappela dans ma France, sa voix était émue, perdue, la vie des jours l'avait repris avec ses méandres chagrins. L'été grec nous avait quitté.

     

     


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  • La reine mère - Bonjour jardinier, ne t'éloigne pas, j'ai besoin de toi. J'ai encore senti mes rhumatismes dans l'épaule gauche cette nuit. Comme à chaque printemps, les courants froids frappent à ma fenêtre et me rappellent que le temps sans vieillesse est passé.

    Sudra - Les marées d'équinoxe et la lune ont remué nos fonds marins. Les algues sont couchées ce matin dans le parc. Je dresserai deux ou trois rangées d'algues hautes devant la fenêtre de votre chambre.

    La reine mère - Ne plante pas encore ces horribles chevelures vertes, leur odeur est détestable. Je préférerais quelque chose de plus léger et qui soit coloré et qu'enfin des bancs de poissons y nichent quelquefois mais non pas ces moules mornes et béantes.

    Sudra - Je pourrais sur un lit de sable de corail planter des Asparagopsis armées. Leur feuillage en filaments roses accueille facilement la danse des crevettes. Je pourrais ajouter une amazone rouge, pour la couleur, et des Nymphéa lotus. Les anémones et les poissons clowns s'y plairont.

    La reine mère - C'est parfait, tu vois quand tu veux tu trouves de bonnes idées. Que transportes-tu là dans tes bras ?

    Sudra - Un sac de sable, Reine.

    La reine mère - Ce n'est pas un bien si précieux pour que tu le transportes avec tant de précaution.

    Sudra - C'est un sable spécial.

    La reine mère - Spécial ? Et que comptes-tu en faire ?

    Sudra - L'offrir à Ondine, elle aura quinze ans demain.

    La reine mère - Serais-tu le seul dans ce royaume à t'en souvenir ?

    Sudra - Le roi refuse-t-il toujours d'organiser un bal ?

    La reine mère - Il ne refuse pas. Seulement, il n'en parle pas. Et quand mon fils garde le silence...

    Sudra - Vous pourriez le convaincre, Reine.

    La reine mère - Quand il s'agit d'Ondine, je suis impuissante. D'ailleurs depuis dix jours, il est au loin chez Borée. Ils domptent de nouveaux coursiers.

    Sudra -  Puisqu'il est absent, ne pourrions-nous pas... Il n'en saurait rien... Et Ondine serait si heureuse.

    La reine mère - Que dis-tu malheureux ? Tromper le roi ? Quelle audace ! Voilà bien la récompense que tu me donnes quand je me suis montrée avec toi trop confiante ! N'oublie pas, jardinier, que le roi sait tout. Si nous osions fêter les quinze ans d'Ondine, sa colère serait, serait... Non, c'est inimaginable. Je connais mon fils. Ondine serait la première à en souffrir. D'ailleurs, je ne crois pas que son anniversaire lui importe. Elle se moque de toutes nos traditions.

    Sudra - Pourtant cet anniversaire-là n'est pas banal, c'est au cours du bal de leurs quinze ans que les océanides choisissent leur futur époux, l'oubliez-vous ?

    La reine mère - Jardinier, écoute-moi bien... Quel âge as-tu au juste ? Trente ans ?

    Sudra -  Non, quarante, comme le roi.

    La reine - Tiens, je n'y avais jamais pensé. Moi j'aurai bientôt cent cinquante ans. Je sais parfaitement qu'un océanide se lasserait d'Ondine. Quand il aurait envie de rire, Ondine serait à rêver, quand il se rapprocherait d'elle, elle serait lointaine. Cela va bien à sa vieille grand-mère de supporter une telle enfant.

    Sudra -  Reine, je vous assure...

    La reine mère - Cette conversation a assez duré. N'oublie pas mes ordres, deux, non, plutôt trois rangées de... j'ai oublié leurs noms.

    Sudra -  Des Asparagopsis armées.

    La reine mère -  Comme tu dis.

    Sudra -  On les appelle aussi Harpon de Neptune.

    La reine mère -  Je me souviens d'un jardin, dans le pays de beauté, il y a bien longtemps. Il y avait un jardin, planté de merveilleuses palmeraies qui protégeaient des grandes chaleurs. Il s'étendait à perte de vue entre les rives fleuries des deux fleuves. Mille fleurs variées y poussaient et il suffisait détendre la main pour cueillir des fruits jamais défendus. Ne pourrais-tu dans notre palais recréer une telle harmonie plutôt que nous entourer de ce chaos ?

    Sudra -  Ma reine, je ne peux me résoudre à dompter la nature. J'ai le goût pour les bois ombreux et sacrés, propices à la contemplation. N'oubliez pas que je viens du pays des forêts anciennes. J'ai accompagné Cymbaline dans son grand voyage.

    La reine mère -  Quel est tout ce tapage ?

    Entre les trois sœurs
    Les trois sœurs -  Bonjour Mamie Wata, bonjour Sudra.

    La reine mère -  Bonjour, bonjour, pourquoi toute cette agitation ?

    La première sœur -  Mes sœurs veulent porter la robe blanche et rose de maman, avec la traîne en perles. Laquelle de nous aura le droit, Mamie Wata ?

    La reine mère -  Et pour quelle raison porteriez-vous cette robe ?

    Les trois sœurs  -  Pour le bal !

    La reine mère -  Aucun bal n'est permis, vous le savez bien.

    La deuxième sœur -  Père l'a autorisé.

    Sudra -  S'il y a bal, c'est Ondine qui portera la robe.

    Les trois sœurs - Sudra défend toujours Ondine, il est amoureux d'Ondine, Sudra veut épouser Ondine.

    La reine mère -  Cessez immédiatement ce piaillement. Qui a décidé que ce bal aurait lieu ? Votre père est absent.

    La deuxième sœur -  Ce matin est arrivé au palais son écuyer qui portait un message.

    La reine mère -  J'aurais dû être prévenue.

    La troisième sœur -  Nous avons surpris l'écuyer dans les bras de son océanide.

    La reine mère - C'est inadmissible. Ce jeune océanide aurait dû immédiatement accomplir sa mission. Ce palais est le lieu de tous les désordres. J'en parlerai à votre père. Tout est de sa faute, il n'est jamais là. Son devoir de roi l'exige.

    La troisième sœur -  C'est moi qui porterais la robe de maman.

    Les deux sœurs -  Non moi, non moi.

    La reine mère -  Assez, assez. Tenez-vous tranquilles !

    Les trois sœurs -  Moi, non moi !

    La reine mère - Taisez-vous ! Ce sera Ondine et aucune autre qui portera la robe de Cymbaline.

    Les trois sœurs -  Elle n'en voudra pas.

    La reine mère -  Où allez-vous maintenant ?

    Les trois sœurs -  Prévenir Ondine.

    La reine mère -  Restez-là, c'est à moi de lui parler la première. Il faut la ménager, c'est une enfant sensible.

    Les trois sœurs -  Ça recommence. Père et toi, vous nous feriez croire qu'Ondine ne serait rien sans vous. A-t-elle besoin de tes conseils et du silence de père pour se connaître ?

    La reine mère - Toutes les trois, sortez de ma vue, je vous ai trop entendues. Disparaissez ! Et les invités comment les prévenir ?

    Les trois sœurs -  C'est fait. Nous avons envoyé un message à tous les invités. Le Secrétaire d’État a tapé lui-même les adresses de tous les grands du royaume. Irons-nous prévenir Ondine ?

    La reine mère -  Allez la chercher et ramenez-là ici, c'est un ordre. Et toi, jardinier, que restes-tu là planté ?

    Sudra -  Dois-je planter votre haie tout de suite ?

    La reine mère -  Quelle haie ? Il est bien temps ! N'as-tu donc aucune jugeote ? Nous avons bien autre chose à faire aujourd'hui, il te faudra ramasser les coquillages et cueillir les anémones, décorer les trois salles de réception et aussi la grande salle de bal.

    Les trois sœurs -  Sans oublier nos jardins !

    La reine mère - Vous êtes encore là ? Dépêchez-vous et ramenez-moi Ondine.

    Elles sortent.

    Sudra -  Pourquoi le roi a-t-il pris cette décision si soudainement ?

    La reine mère -  Il aura trouvé un prétendant digne d'Ondine, sans aucun doute c'est cela.

    Sudra -  Je m'inquiète, ma Reine, le roi n'agit jamais sans raison.

    La reine mère -  Je te le dis, un prétendant.

    Sudra -  Il l'aurait trouvé chez le roi des vents ? La coutume n'est pas de marier une princesse à un étranger.

    La reine mère - Tu as raison. Et pourquoi pas, après tout ? Nos royaumes sont alliés, rien ne l'empêche. Le roi peut changer la coutume, il est le roi.

    Sudra -  Bon moyen pour se débarrasser de sa fille.

    La reine mère -  Encore une fois, Sudra, tu vas trop loin. Mes oreilles ne peuvent en supporter davantage. Mon fils est oublieux, certes, et il se montre parfois indifférent à Ondine, comme envers nous tous d'ailleurs, mais de là à renier sa fille, non ! Ça non ! Sinon il devra me renier aussi.

    Les trois sœurs -  Ondine a disparu, Ondine a disparu, Ondine a disparu.

    La reine mère et Sudra -  Disparue ?

    La première sœur -  Elle n'a pas dormi dans sa chambre, sa femme de chambre nous l'a dit.

    La deuxième sœur -  Nous pensions qu'elle serait à son jardin. Personne. Et la porte du parc, celle aux dauphins était ouverte.

    La troisième sœur -  Ondine a désobéi à notre père, elle a quitté le palais.

    Les trois sœurs -  Nous savons où elle est partie. Nous savons où elle est partie. Nous savons où elle est partie.

    La reine mère et Sudra -  Où est-elle partie ? Où ?

    La première sœur -  Ondine s'en est allée sur les flots bleus, pour découvrir le monde des hommes.

    Les trois sœurs -  Et c'est Mamie Wata qui l'a permis.

    La reine mère -  Encore des insolences, si je vous attrape. Mon dieu, mon dieu, quel chaos !

     


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  •  

    Manon

    Elle veut que je vous parle d'elle ?
    Je l'ai trahie il y a longtemps
    Je l'ai perdue
    Je le sais bien
    Vous qui la croisez
    Dites-lui bien que je l'aime encore
    Effacez la larme sur ma joue
    Je vous en prie
    Je n'ai plus la force
    De la prendre dans mes bras
    Ne lui dites pas que sur mon lit
    Je meurs déjà.

     

     


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