• Sept chats se promènent sur les boulevards
    Follement intrigués par les pigeons
    qui s'éparpillent sous le soleil de midi

    Sept chats se faufilent sur le pavé
    Reniflent à terre la queue dressée
    Ah comme j'aimerais me joindre à eux

    Dresser ma résolution jusqu'à
    Jusqu'à jusqu'à jusqu'à
    Glisser à travers tes pas

    Je saurais te plumer le cou
    Gagner tes sept vies
    Celles que tu ne cesses de souffler

    Entre tes longues jambes
    Au bord de ta frontière
    Mourir de la petite mort

    Sept chats étirent leur minois
    Jusqu'à la tache de soleil
    Pour humer le temps qui joue.


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  •  

    La parole de la mère
    Parvenait en écho jusqu'à l'enfant
    Dans le temps d'après
    La parole de l'enfant redessine,
    À l'envers, l'écho maternel.

     

    L'enfant écoutait en silence
    La parole de sa mère
    posée dans ses mains
    Tel l'écho de la mer
    posé dans le coquillage

     

     

    La parole de la mère s'est déposée
    Au creux de ses mains
    Et l'enfant l'a écoutée si fort
    Qu'aujourd'hui encore il en redessine
    Le sens retrouvé
    A grands mots libérés

     


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  • Pourquoi me hissai-je dans ce trou,
    Impressionnant cachot qui m’oppresse,
    Infini tunnel rempli de fous
    Qui me frôlent, me touchent, me pressent ?

    Sans cesse, des marches se déroulent
    Etranges serpents morts qui étranglent
    L’unique issue loin de cette foule
    Qui surgit, ricanante, à tout angle.

    Soudain une froide nuit embrasse
    Mon corps. Et ma prison sans barreaux
    Se resserre sur mon âme lasse,
    Blessée par un injuste bourreau.

    Sa lâche mission est de masquer
    A mes yeux voilés la lumière
    De l’ailleurs, faible lueur traquée
    Par cet être aux gestes de pierre.

    Mon cœur éprouvé je sens fléchir,
    L’espoir le délaisse et naît la peur
    Je cherche à fuir ce songe, à franchir
    La frontière qui mène au bonheur.


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  •  

    Ne m'attrape pas
    Je ne suis pas une note
    Tu ne peux pas me pincer
    Avec les touches de ton clavier
    N'essaie pas d'aller dans les aigus

    A trop vouloir m'éloigner de toi
    Je me suis échappé de ton piano désaccordé
    Je me suis rendu à la mélancolie des jours
    Tu as beaucoup pleuré me dis-tu
    Qu'as- tu fait de nous ?
    Pourquoi es-tu revenue après tous tes détours
    Quel tour me joueras-tu cette fois-ci

    Tu me demandes pardon de m'avoir meurtri
    Que sais-tu des meurtrissures
    Venise la mort tu m’égrènes
    Je connais ta superbe

    Portière de nuit tu accordéonnes mes joues
    Quand tes airs déraillent je tressaille
    Puis je vais boire
    Mes mains vont trembler
    Mes paumes deviendront moites
    Quand tu vas me harper

    Las ta lumière m'attire comme une force quantique
    Trop de notes compulsent à mon front
    Je n'aime pas quand tu prends ton air slave
    De la Russie des steppes
    J'entends tes loups à ma nuque meurtrie.

     

     

     


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  •  Ondine (une voix au lointain)

    Je peux le pressentir, quelque chose d’important va arriver ça approche.

    Ondine sort de l'eau ; sur la plage un homme est assis (même pose que le penseur de Rodin)

    Ondine

    Bonjour, que faites-vous sur la plage ?

    Le pêcheur

    J'ai dénoué les mailles de mon filet de pêche mais il est trop fragile. Je songe à en tisser un plus solide.

    Ondine rencontre un deuxième homme qui dessine avec un bâton dans le sable

    Ondine

    Bonjour, que faites-vous sur la plage ?

    L'inventeur

    Je regarde les oiseaux là-bas, les mouettes et les cormorans au-dessus des rochers sombres. Je voudrais assembler des ailes et les lier sur mes épaules pour quitter cette île où je croupis.

     Ondine

     Où irez-vous ?

     L'inventeur

    Comment voulez-vous que je le sache ? Je ne connais que mon île. J'irai dans les pays de l’eau illimitée.

     Ondine rencontre une femme qui regarde le ciel à l'horizon en soupirant.

     Ondine

      Bonjour, pourquoi soupirez-vous sur la plage ?

     La mère

    J'attends l'étoile du soir qui me rendra mon enfant. Depuis neuf jours, j'erre dans les terres à sa recherche. J'ai mangé la terre, j’ai hurlé à la lune, j'ai arraché mes cheveux, j'ai griffé mes joues. Mais ma fille n'est pas revenue. Les grains de blé ont noirci, le lait de la brebis s'est tari. Durant mon voyage nocturne, en direction des ténèbres du Nord, des étrangers m’ont chuchoté doucement à l'oreille le don de la compassion, de l'espoir lorsque tout est sombre et de la patience lorsque tout est en attente.

    Ondine s’approche d'une quatrième personne qui arpente à grands pas la plage.

    Ondine

    Bonjour, pourquoi marchez-vous à grands pas sur la plage ?

    Le philosophe

    Je compte, je décompte, j'entreprends. Hier, j'ai énoncé le premier théorème. Aujourd'hui, je dis que l'eau donne naissance à tous les éléments. Demain, je crierai : les dieux sont morts ! Unissons-nous pour tuer le dernier de leurs fils ! J'ai pensé que le monde pourrait aller loin si vous écoutez ce que je dis.

    La mère

    Qui nous lavera de ce sacrifice sanglant ? Avec quelle eau pourrions-nous nous purifier ? Qui peut savoir si c'est un dieu ou le fils de l'homme ? Qui guérira la douleur d'une mère ? Ne les laissez pas enlever nos enfants.

    Le pêcheur

    Sur cette terre, qu’y a-t-il de meilleur ? C'est notre progéniture que nous devons sauver.

    Le philosophe

    C'est la terre que nous devons sauver. Nous sommes seuls.

    L'inventeur

    Nous ne la sauverons pas toujours, il faudra la quitter un jour, comme l'enfant quitte les bras de sa mère.

    Ondine

    Je ne connais que les eaux du commencement. Que se passe-t-il sur Terre ?

    L'inventeur

    Sur terre, passe le temps.

    La mère

    Sur terre, les hommes font la guerre.

    Le pêcheur

    Sur terre, les hommes cherchent leur nourriture.

    L'inventeur

    Sur terre, les hommes comptent les étoiles. Un jour, l'homme retournera sur la lune.

    Le philosophe

    Sur terre, les hommes ont découvert la mort.

    Ondine

    Moi aussi je connais la mort ; on disparaît dans l’écume.

    La mère

    Je sais que lorsque l'épi est mûr il faut le moissonner pour que le pain soit coupé. Je sais que la vie a besoin de la mort.

    L'inventeur

    Et la musique. Il y a la musique.

    Le philosophe

    Et les mots. Il y a les mots.

    Le pêcheur

    Et la mer. Il y a la mer.

    La mère

    Et l'amour. Il y a l’amour.

     


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