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Lettre en instance. Impressions d'Afrique | 18 novembre 2006

Cœur de l'Afrique noire. Bière bouteille de pays. Chaleur et vent rafraîchissant. Solitude avec paysages nouveaux en décor. Je suis au cœur de l'Afrique. Dans une ville basse avec toute sa vie, ses musiques, ses bruits, ses vendeurs des rues, derrière leurs tables de bois aux pieds cassés mais tenant bons car la verticale n'est pas une loi de la nature. Les sorcières ont mangé mon âme. Dans la maison aux génies, je cherche mamy wata. Je sais que je ne la trouverai pas ou bien elle se nomme habitude. Je m'habitue.

Ici les ciels sont immenses. Les lézards aussi. Les nuages sont cousins des nôtres, en plus grands. A l'aéroport, accueil par des slogans marxistes-léninistes convaincus. La Révolution est dans le changement qualitatif des statistiques. Sans doute une illusion. Mais nous avons besoin d'espoir pour survivre. Les charognards guettent au dessus de la fosse commune où est enterré Sankara. La France ne serait pour rien dans cette révolution de palais. Mais on dit beaucoup de choses. A Ouagadougou, il y a 2 500 coopérants, voilà le prix de l'indépendance. Devant les maisons des coopérants, le génie a été remplacé par le gardien, un jeune Africain allongé ou assis sur un banc de pierre. Et dans la cour, voici le boy, un autre jeune Africain qui balaie la poussière du temps. Ouagadougou : la ville où l'on vient. Burkina Faso : le pays des hommes dignes. No comments, comme dirait le vieux Serge. Lu dans Kundera : quand on grandit ensemble, les choses prennent le même sens. Je ne sais pas retraduire. En gros, quand tu jettes du pain aux poissons du parc de la Tête d'Or, j'ai la même impression que toi, nous avons les mêmes souvenirs. Demande à n'importe qui de jeter du pain aux poissons, il n'y aura que des ronds dans l'eau. On devrait vivre la vie à l'envers.

Les Africaines rient fort dans les cafés, on est loin des rives du Nord de l'Afrique. Un homme porte sur sa tête une machine à coudre. Marque : Eléphant (les lettres sont effacées). Pour rythmer ses pas, il joue avec une paire de ciseaux. Les ânes ont les pieds de devant attachés. Les cochons noirs et les jarres renversées, les maisons de terre enfumées. La meunière en sueur écrase le mil sur la large meule en pierre. On entend les crissements du broyage. La farine de mil blanc tombe sur le sol de terre battue. La terre rouge africaine. La cabaretière plonge les calebasses dans ses canaris emplis de bière. Les Africains sont emplis d'amour jamais perdu qui leur donne une force tranquille. Cette force tient tout leur corps. Ils sont comme les arbres plantés dans la savane qui étendent leurs branches lourdes, au-dessus des troncs pleins, jamais écrasants. L'orage et le bruit du tonnerre emplissent l'espace et le rendent moins menaçant. Sa présence
-qu'elle soit divine ou naturelle- suffit à estomper tous mes désarrois. Si je pleure sous la pluie battante, c'est parce que, comme le ciel, je me libère enfin de la pesanteur des jours sans noms. L'amour passé reste l'amour bien qu'on n'ose plus tout à fait le nommer ainsi à force d'usure. Le souvenir est une île dans le cœur solitaire. Il parcourt l'océan insatiable des jours gris pour l'émietter tout à fait. Il respire par la bouche de la sirène endormie. Quand le cœur doucement écoute les silences d'hier, tout autour les colons aux jambes rudes s'assoient et fument, jusques aux cieux africains, leur félicité commune. L'heure du thé, moment privilégié, s'accompagne de la silhouette respectueuse du boy, habitué ici aux manières de l'aristocratie servante. Dehors, les enfants jouent dans les détritus et les femmes aux seins flasques se baignent dans le marigot boueux. Tout cela se déroule dans le même temps tandis que toi au loin tu souris à la jeune danseuse en sueur ou bien dans le rêve enfiévré de la maladie, tu songes à notre rencontre et à sa fin. Cette rencontre qui n'aurait pas dû être, comme celle d'Iseut et de Tristan. Etre une femme libérée au fond du Burkina Faso en buvant un bière glacée, accoudée à un comptoir d'un café burkinabé.

« Est-il possible, pour un être humain, d'éprouver un plaisir qui ne soit en rien partagé ? » Yasunari Kawabata, Le lac.

Publié par felixmartin à 21:38:18 dans Burkina Faso | Commentaires (0) |

Masques africains | 14 juin 2006


Au Burkina Faso, pour créer les masques il faut trois couleurs : le rouge, le noir et le blanc.
Voici quatre masques pour touristes : Le soleil rond - Le hibou - La chauve souris - L'antilope.

Les vrais masques sont réservés aux cérémonies. Et lorsqu'ils ont vieilli, remplacés par des masques neufs, ils sont vendus aux antiquaires occidentaux.

C'est ainsi que l'âme de l'Afrique se "diasporise".

Publié par felixmartin à 22:39:56 dans Burkina Faso | Commentaires (0) |

Guérison au Burkina Faso | 17 janvier 2006

Publié par felixmartin à 23:20:29 dans Burkina Faso | Commentaires (0) |

Le rebouteur du village de Kalembouly et les génies. | 17 janvier 2006

Voici la légende du de l'ancêtre du guérisseur de Kalembouly.
Venu de Bitchako, nommé Zem il y a 700 ans.
 

Lorsque l'ancêtre Zem aux grandes mains quitta Kabélé, le village des cases rouges, il partit avec sa première épouse, Elikya, leurs fils, et sa deuxième épouse, Kimia. Le chef de Kabélé avait donné à Zem sa part de récolte pour traverser la longue forêt : le mil noir, les arachides fraîches. L'ancêtre Zem marcha avec ses deux femmes qui portaient les nattes tressées et leurs provisions. Les enfants de la première épouse tiraient les deux agneaux de lait et l'âne. Dans une clairière au cœur de la forêt, Zem s'arrêta. La rivière coulait tout près et le chant des oiseaux ici était plus suave. Zem déclara que le nouveau village serait bâti ici et il sacrifia le premier poulet pour louer l'âme de ses ancêtres ; le sang du sacrifice se mêla à la terre rouge.

Zem avec l'aîné de ses fils laboura le premier champ pendant que les deux épouses pilaient le mil. La plus jeune avait oublié son pilon car toujours elle oubliait ses devoirs d'épouse. Elikya soupirait à la voir toujours jouer comme une enfant et accueillir Zem avec le sourire à son retour du champ. Ce jour-là Kimia pour piler le mil utilisa le pilon de la première épouse qui le lui réclama à grands cris mais Kimia refusait de rendre le pilon. Les deux femmes se querellèrent tant que le pilon se cassa. La première épouse, furieuse, demanda que le pilon soit réparé avant le retour de Zem.

La deuxième épouse, effrayée, s'en alla dans le village des forgerons qui scellèrent une atèle en métal pour tenir les deux morceaux du pilon cassé. Elikya ne reconnut pas son pilon qui n'avait plus assez de puissance pour écraser le mil. Elle renvoya la deuxième épouse et lui demanda de ramener le pilon intact. Kimia, en pleurs, marcha jusqu'au village de ses parents qui l'accueillirent avec joie et lui offrirent de l'eau et du beurre de karité. Tandis qu'elle expliquait l'objet de sa visite, sa vieille mère levait les bras au ciel en signe de désapprobation et poussait des cris. Le père se taisait, assis sous le caroubier de la grande cour. Quand sa fille eut fini de raconter sa mésaventure, il parla doucement mais fermement. Il joignait ses longues mains et parfois se touchait le front et la joue pour mieux expliquer ce qu'il ressentait. Le père dit : « La calebasse met elle-même sa corde. Ma fille tu n'as pas agi comme tu devais. Maintenant que tu es mariée, ta famille ne peut pas débrouiller tes querelles avec la première épouse. Tu dois rejoindre Zem, ton époux, et résoudre avec lui ce que je ne peux plus résoudre à sa place. Maintenant tu dois aller. »

Kimia s'éloigna dans la brousse, elle pleurait toujours et hésitait à retourner dans sa demeure. En chemin, elle croisa les génies qui lui demandèrent pourquoi elle était seule dans la brousse et pourquoi elle pleurait abondamment. Elle expliqua sa mésaventure, comment elle avait quitté Kabélé, le village des cases rouges, avec Zem, la première épouse et les enfants de la première épouse, comment elle avait oublié son pilon et comment elle avait cassé celui de la première épouse. Elle raconta aussi pourquoi Elikya refusait le pilon réparé par le forgeron avec l'atèle en métal et pourquoi son père avait refusé de l'aider. Elle leur dit qu'elle n'osait pas retourner chez elle parce qu'elle était une mauvaise épouse et qu'elle craignait la colère de Zem. Les génies écoutèrent en silence toute son histoire. Puis ils prirent le pilon et ôtèrent l'atèle en métal. Ils invitèrent la deuxième épouse à s'asseoir sur une pierre plate devant leur demeure. Un des génies prit du beurre de karité et frotta les deux morceaux de pilon pour les assembler à nouveau. Trois fois il massa le pilon avec le beurre de karité et trois fois il cracha une goulée d'eau bouillante sur le pilon enfin réparé. Les génies retournèrent vers la jeune femme et trois fois ils frappèrent le sol avec le pilon pour montrer que toute la puissance du pilon était revenue. Puis les génies dirent : « Maintenant, tu peux retourner chez ton époux, Zem. Tu lui diras toute ton histoire. Ne crains plus sa colère maintenant que le pilon est intact. Tu lui montreras comment nous avons opéré pour réparer le pilon. Tu lui diras : ce que les génies ont fait avec le pilon, Zem doit le faire avec les os cassés des hommes pour leur redonner leur force. Tous les descendants hommes de la famille de Zem pourront refaire les mêmes gestes que nous pour guérir les blessures ; mais attention, les femmes de la famille de Zem ne doivent jamais connaître le secret des génies. Seuls les hommes pourront être guérisseurs. Maintenant, va ! » La deuxième épouse regagna sa demeure avec le pilon intact et expliqua toute son histoire à son époux, comment elle avait oublié son pilon, comment elle avait cassé celui de la première épouse, comment les forgerons l'avaient réparé puis les génies. Alors elle transmit le secret des génies à son époux qui lui pardonna et lui fabriqua un pilon neuf pour qu'elle puisse aider la première épouse. Depuis, Zem et tous ses descendants dans le village de Kalembouly connaissent le secret des génies et ont le don de guérir les articulations défaillante, les fractures et les luxations.

propos recueillis au village de Kalembouly, Burkina Faso.

Publié par felixmartin à 23:19:56 dans Burkina Faso | Commentaires (0) |

Enfance | 16 janvier 2006

Afrique, Afrique

Tes enfants de lumière ont chanté

avec leurs longues paumes dressées dans la nuit

Afrique, Afrique

leurs corps surgissaient de ta terre sombre

pour clamer ta calme puissance

Afrique, Afrique

tu les as bercés contre ton sein assêché

et leur amour aujourd'hui s'enfonce

par toutes les racines de tes arbres jusqu'à ton souffle profond,

Afrique, Afrique.

Publié par felixmartin à 22:23:59 dans Burkina Faso | Commentaires (0) |

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