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Un soir, je lisais, je fumais, je débouchais une bouteille, je buvais du vin rouge, je cherchais mon paquet de cigarettes, je pissais, j'ouvrais une fenêtre, la refermais, j'écrivais une note en marge d'un livre ancien, puis je traînais autour du téléphone. J'appelai Isabelle de très loin. Elle était là-bas, chaude, oublieuse de mon ingratitude, coupable de son trop grand amour qui la dévorait parce que j'avais peur qu'il me dévorât. Nous hésitions à fixer un rendez-vous. N'avais-je pas décroché le téléphone pour rompre l'ennui ? Elle admit qu'elle s'enlisait dans cet amour absurde mais elle en riait et elle revenait. Succombant. Elle jouait au désordre -c'était ainsi qu'elle qualifiait nos rencontres. Nous avions pris l'habitude -l'habitude ?- de nous retrouver chez moi. Elle entrait gênée, ne sachant plus qu'elles étaient mes intentions. Le salon l'émerveillait. C'était elle qui avait parlé de Venise en le découvrant. Je n'y avais jamais pensé auparavant.
à suivre
photo : Modimo
http://modimo.canalblog.com/
Publié par felixmartin à 20:46:55 dans Décembre en Afrique | Commentaires (0) | Permaliens
Au cours de l'automne, cette scène se reproduisit plusieurs fois. Isabelle arrivait, émue, grave, tremblante. Je la désirais farouchement : mon corps la désirait, mais ni ma tête, ni mon coeur. J'étais le roi de la lune comme dans le conte : la tête détachée du corps. Elle parlait. Je l'écoutais à peine. Je savais qu'elle m'aimait et venait pour cette raison. Mais je m'en fichais et je roulais sur son corps sans l'aimer, en la désirant seulement, ne sachant pas que ce désir naissait, si puissant, de son amour à elle. Il puisait ses racines dans l'amour, non partagé, désespéré, qu'elle me vouait. « Est-il possible, pour un être humain, d'éprouver un plaisir qui ne soit en rien partagé ? » se demande le poète. A peine une demi-heure s'était écoulée, je la rejetais. Comment ne devenait-elle pas folle ? Comment ne me giflait-elle pas pour ma goujaterie ? Comment ne me haïssait-elle pas pour mon ingratitude ? J'agissais en salaud. Je ne l'aimais pas, me disais-je et pour me disculper je lui disais: « L'amour ne se commande pas. » Je la laissais partir. Silence pendant plusieurs jours.
Publié par felixmartin à 20:24:43 dans Décembre en Afrique | Commentaires (0) | Permaliens
Il me fallut plusieurs semaines pour remarquer la beauté d'Isabelle. Pourtant elle était belle : son visage, le grain de sa peau, ses mains. Je la vis si belle une nuit de septembre. Cette nuit-là nous parlions assis face à face. A aucun moment je n'avais consciemment reconnu mon désir.
Ma main avait soudain tenu la sienne, ma bouche avait glissé dans son cou, sans que je me souvienne avoir désiré cela. Il avait fallu ma surprise, sa retenue, pour que les interdits n'entrent pas en jeu. Nous avions roulé sur le tapis sale et j'avais honte de la tenir sur cette crasse. Je la pris dans mes bras, j'ouvrais ses jambes avec mes jambes, elle se laissa aller sans crainte, sa respiration qui s'amplifiait au rythme de mon sexe, m'envahit et réveilla mon désir, elle jouit en vagues lentes et soudain elle se mit à pleurer.
Après l'amour, elle se mit à évoquer ce qu'elle éprouvait pour moi. Avec une violence perverse, j'arrêtais son doux sentiment ; par des mots froids et incisifs, je la fis chuter très bas pour anéantir son amour. Y avait-il un lien entre son désir envahissant et mon retrait méprisant ? Son amour, elle, ne devait plus exister pour avoir permis à mon désir d'exister. Encore que certains jours, j'étais impuissant. Mais cela n'était que le signe supplémentaire de ma folie à ne pouvoir être dans le désir.
à suivre
Publié par felixmartin à 15:01:28 dans Décembre en Afrique | Commentaires (0) | Permaliens

La première fois qu'elle troubla ma solitude, c'était un soir de juin, tiède et bleuté. L'écho du jour passé s'affaiblissait et pour le retenir un instant, je suivais ses lignes encore claires flotter sur le parquet. J'apprivoisais le soir tombant d'un dimanche finissant. Dans la rue, les bruits étaient rares, absorbés.
J'avais refermé mes livres, posés à plat sur le bureau ciré -seul lieu où je ne supportais pas la poussière-. Je m'approchais de la fenêtre pour voir le ciel s'éteindre avant la venue des étoiles. J'étais inquiet, sans être tendu. Je voyais le paysage des toits de la ville et des morceaux d'hier se chevaucher en ballet tremblant à chaque souffle de mon esprit calme et sans joie. Je respirais à ces moments anciens où s'accrochait l'harmonie parce qu'ils étaient passés et parce que le présent était sans couleur.
Je m'éloignais de la fenêtre, hésitant à reprendre ma lecture, ouvrant un tiroir, me dirigeant dans une autre pièce, me ravisant et m'asseyant, les coudes appuyés sur le bord ciré du bureau, la tête entre les mains, pensif. Juste avant la nuit, je tentais d'ordonner tout cela pour en dégager des forces, des centres et un sens. Je tentais vainement de créer de ce chaos le jour nouveau. Mes pensées s'échappaient et glissaient avec la fin du jour, les souvenirs se précipitaient et je m'épuisais à me souvenir.
Quand, à la porte d'entrée, rompant l'équilibre instable, quelqu'un sonna. Je me souvins nettement que ma bouche se crispa, déjà je m'irritai de cette intrusion. Je restai immobile dans la pièce obscure, redoutant l'autre, insistant derrière la porte. Les rêveries retombèrent au bruit que fit ma chaise comme je la reculai sur le plancher. Isabelle était là, à sourire, timide mais décidée à poser à l'intérieur son pied chaussé de noir.
J'hésitais sans qu'aucun geste ne permît de déceler cette hésitation mais elle la sentit.
J'hésitais parce que son parfum déjà pénétrait la pièce et qu'après son départ, je ne pourrais plus la chasser tout à fait.
J'hésitais parce que je savais que demain, le souvenir de son sourire et de son parfum se mêleraient au chaos d'hier et écarteraient encore les lèvres blessées de la fêlure.
J'hésitais parce que je ne désirais pas la présence d'une femme et je savais que le désir viendrait avec son relent de meurtrissure, qu'il viendrait trop vite, qu'il m'affaiblirait encore, moi qui ne savais comment retenir, parler, sourire, tenir la main et simplement aimer une femme, sans l'inquiétude tenace, sans l'horreur de la perte.
Ce premier instant de faiblesse passé, je repris mon attitude détachée que provoque chez moi une femme éprise.
(à suivre)
Publié par felixmartin à 22:22:01 dans Décembre en Afrique | Commentaires (0) | Permaliens

La musique s'écoulait par les fenêtres jusque dans le jardin. Isabelle était allongée sur une chaise longue. Sa beauté lisse était toute sa séduction. Elle ne jouait jamais avec son corps, avec ses gestes pour construire la séduction. La pureté de son visage, la couleur de ses yeux et l'exquis détachement jusqu'à la maladresse de ses mouvements étaient sa parure bien plus que les bijoux, les robes et les parfums. La beauté lui était donnée, elle n'avait jamais eu à se regarder dans un miroir pour se plaire. Son souci était ailleurs. Séduire n'était pas un jeu. Jouer non plus n'était pas un mode qu'elle déclinait. Elle était elle-même à chaque instant jusqu'à l'indécence, jusqu'à la cruauté.
Cet après-midi, à l'ombre d'un acacia elle goûtait à la musique. Les yeux fermés, elle écoutait, et c'était une parfaite harmonie entre ses passions réfléchies dans son corps et celles éclatées de la musique. A la tension de ses sentiments répondait celle des notes et elles s'élevaient ensemble pour la même tragédie, pour la même passion de l'intangible. Je me tenais sur le porche et la regardais : ses lèvres muettes, son regard aveugle. Par folie, j'aurais pu tenter de l'aimer, glisser dans ses passions, m'engloutir pour rejoindre par quel chemin ?- ses désirs, ses fantasmes enracinés dans sa mémoire. Mais par folie encore, je résistais.
(à suivre)
Publié par felixmartin à 21:33:58 dans Décembre en Afrique | Commentaires (0) | Permaliens
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