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Lave-vaisselle | 16 mai 2012

Marcello - Les femmes sont devenues folles.

Robert - C'est elles qui font les mômes.

Marcello - Elles les veulent pour elles.

Robert - Disons qu'on n'a rien fait pour les en empêcher. Nos pères ramenaient l'argent à la maison, ils avaient la paix. Les enfants grandissaient dans les jupons de leurs mères, les hommes allaient au bordel pour le fun, et le monde roulait.

Marcello - C'est la faute au lave-vaisselle...

Robert - Quel lave-vaisselle ?

Marcello - Eh bien, la vaisselle, la lessive, tout est facile, les femmes ont gagné du temps. Elles sont allées à l'usine.

Robert - Elles sont allées à l'usine quand nos grands-pères sont morts dans les tranchées de 14.

Marcello - Oui, mais quand il n'y avait pas le lave-vaisselle, elles travaillaient, elles s'occupaient des mômes, elles faisaient les vaisselles, les lessives, et tout allait bien. Aujourd'hui elles ont le temps de penser à elles.

Robert - Et de nous voir tels que nous sommes.

Marcello - On a rien vu venir. Enfin si, on a eu le chômage, les petits boulots. On n'était plus les maîtres. Et on a continué à rien foutre à la maison puisqu'elles avaient le lave-vaisselle et le lave-linge en prime.

Robert - Non, là t'exagère, moi je range la vaisselle propre, j'étends le linge. Je fais même les courses au supermarché.

Marcello - Tout irait bien s'il n'y avait pas les enfants. Parce qu'elles veulent plus nous les rendre quand elles nous quittent.

Robert - Plus j'y songe, plus je pense que c'est Martin qui a eu raison.

Marcello - Ouais, cette vieille folle nous a eu avec ses seins silliconnés. N'empêche, elle a eu la garde des enfants, je me demande si elle a fait une pipe au juge pour en arriver là.

Robert - Le lave-vaisselle ! Marcello tu es un génie ! Rappelle-moi : le concept d'entropie, c'est bien la mesure du désordre et de l'incertitude qui augmentent toujours spontanément ?

Publié par felixmartin à 23:04:17 dans Diablogg | Commentaires (0) |

Du faux travail au vrai chômage | 26 avril 2012

- Qu'est-ce que vous faites ?

- On trie les dossiers. C'est le boss qui l'a demandé.

- C'est quoi ce tas ?

- Intermittents, intérimaires et Cdd à temps partiel. Direct poubelle, intraitables.

- Et ce dossier vide ?

- Musicien. Auteur. Artiste. Journaliste. On a déjà jeté.

- On en fait quoi de celui-là ?

- Raoni. Chasseur-cueillir. Nationalité : Brésilien. Il vient d'Amazonie.

- Il est arrivé en pirogue ? Et il fait quoi en France ? Il a des papiers en règle ?

- Refuge politique. Inattaquable.

- Avec sa peinture rouge sur la figure ? Et puis chasseur-cueilleur, c'est quoi ce travail ? Et là c'est quoi ?

- Des profs et des infirmières. Dans le dernier projet de loi, ils vont réduire le nombre de fonctionnaires. Ils partent déjà pour le privé.

- Les ex-fonctionnaires vous oubliez. Et là ?

- Secteur associatif subventionné. Poubelle.

- Il reste quoi ?

- On a éliminé les plus de cinquante ans, les moins de vingt-cinq sans expérience significative.

- Significative ?

- Tous ceux qui prétendent avoir fait des stages.

- Il reste quoi ?

- Ces trois dossiers : fin de CDD à temps plein, CDI licenciés pour raison économique ou pour faute, .

- Faute ?

- Uniquement les fautes graves. Les autres, on a peur que ce soit un arrangement pour toucher le chômage. En résumé, sur nos 1 800 dossiers, on en a gardé 200.

- Ben, ça va nous donner moins de travail.

- Chef, on a terminé le tri. 200 dossiers à traiter.

C'est-à-dire ?

- On a éliminé tous les faux travailleurs, on a gardé ceux qui avaient déjà eu un vrai travail.

- Comment ça ? Vous n'avez pas compris les instructions. C'est pourtant clair, on doit trouver un vrai travail aux chômeurs. Vous pouvez recommencer à zéro.

Publié par felixmartin à 18:29:20 dans Diablogg | Commentaires (1) |

Les Anciens Arrogants Anonymes | 26 février 2012

- Bonjour, je m'appelle Liliane.

- Bonjour Lilliane. Je te rappelle les règles de notre contrat : tu as cent jours pour prendre des résolutions qui vont changer ton comportement dans la vie. Qu'as-tu décidé cette semaine ?

- J'ai acheté une île en Grèce pour y installer un camp de Roms.

- Oui, très bien Liliane, c'est un beau début.

- Et toi, François ? Quelle a été ta nouvelle résolution ?

- J'ai renoncé à passer ma retraite à Marrakech. J'ai décidé de louer une maison dans le Limousin. La vie n'y est pas chère, et je reste dans mon pays.

- Bravo, je vois que nos conseils portent leurs fruits.

- Et toi Martine ? Tu nous avais dit ne plus vouloir être considérée comme une cougar.

- Je suis tombée amoureuse d'un petit garçon de trois ans... j'ai enfin découvert l'amour désintéressé. Désormais, je le garde après l'école, pour aider sa maman qui l'élève seule.

- Angela ?

- J'ai accepté que le papa de mon fils le voit un week end sur deux. J'ai arrêté de penser qu'il était un mauvais père.

- Et toi Dom ?

- J'ai opté pour le bois. J’ai été rattrapé par trois inconnus qui m’ont...

- Hum... je rappelle à tous que Dom était un mâle dominant, plutôt harceleur. C'est un peu radical ta résolution, mais bon. Et toi Nikos ?

- Je veux d'abord remercier Angela, elle m'a redonné ma dignité de père.

- C'est bien Nikos.

- Attends, je n'ai pas fini. Cette semaine, j'ai vendu mon île en Grèce. Y a pas d'eau, difficile d'y vivre à l'année. J'ai aussi réussi à trouver un locataire pour mon neveu qui habite dans le Limousin. Sa bicoque ne trouvait pas preneur. Enfin, j'ai embauché ma voisine pour tenir mon hôtel du 18e, ça complique ses horaires de travail, mais je lui ai trouvé une retraitée pour garder son fils. Ah oui Dom, je voulais te dire, le troisième inconnu, c'était moi.
- Oui, hum, Nikos, là, tu as fait du zèle.

- Ben, cent jours, c'est court pour être accepté par le club des AAA.

- Nikos, je ne suis pas certain que tu ais bien compris les règles de notre contrat.

Publié par felixmartin à 15:21:35 dans Diablogg | Commentaires (0) |

Le complexe de Jésus | 16 décembre 2011

- Bénissez-moi mon père, parce que j'ai péché.
- Eh bien, parlez-moi de vos parents.
- Ma mère est vierge.
- Oui. Votre mère est vierge. Et votre père ?
- Mon père est aux cieux. Il m'a abandonné.
- Au cieux. Abandonné. Oui. Je vois, oui. Poursuivez.
- J'ai fait un rêve cette nuit.
- Très bien. Vous pouvez le raconter ?
- J'étais avec Marie-Madeleine. Elle était à mes genoux. Elle me suppliait de lui donner le corps du Christ. Moi je ne savais pas, je voulais juste finir mon verre de vin. Mais elle a continué à me supplier.
- Et ensuite.
- Ensuite, je lui ai donné un bout de pain. Après, je ne sais pas ce qui est arrivé. Je crois qu'elle m'avait attachée, j'avais les bras en croix.
- En croix ? Oui. Qu'avez-vous fait ?
- Eh bien, je ne pouvais plus bouger. Et pourtant...
- Pourtant ?
- Je me sentais bien. Comme si mon corps ne m'appartenait plus. J'étais en apesanteur. Je ne souffrais plus.
- Ah ? C'est bien ça. Avant vous aviez le sentiment de souffrir ?
- Souffrir ? Non.
- Mais vous avez dit  : je ne souffrais plus.
- Oui. C'est vrai. Ce n'était pas mon corps qui souffrait. C'était dans mon ventre, enfin dans ma tête. Quelque chose de lourd à porter.
- Très bien. Et là vous ne portiez plus rien.
- J'étais très dénudé. Devant Marie-Madeleine. C'était troublant. Mais je ne pouvais rien faire. Et là elle a pris, elle a pris...
- Oui ? Elle a pris.
- Eh bien, vous comprenez. Mes pieds, elle a pleuré à mes pieds, avant, et ensuite, elle a, elle a...
- Poursuivez.
- Elle m'a donné du plaisir. Vous savez, ce que font les femmes. J'ai cessé d'être le fils d'un dieu. Je suis devenu le fils de l'homme. Pourtant c'était divin.

 

Illust :
Rubens, Le Christ en croix

Publié par felixmartin à 20:09:16 dans Diablogg | Commentaires (0) |

Je lui ai dit | 19 novembre 2011

- Je lui ai dit tant de belles choses, que j'ai fini par y croire.
- Quelles belles choses ?
- Celles que les femmes veulent entendre.
- Et que veulent entendre les femmes ?
- Je ne sais pas, je te désire, je suis amoureux, je t'attendais depuis toujours.
- Et alors ?
- Elle ne m'a pas cru.
- Tu nous crois si sottes pour croire à vos boniments.
- J'étais sincère.
- Tu en as tout l'air. Et là tu fais quoi avec moi ? Il est à peine minuit, tu m'as dit qu'elle t'avait quitté aujourd'hui et tu es déjà au bordel ?
- J'avais besoin d'être consolé. Et pour ça tu es la femme parfaite.
- Oui, j'ai des seins généreux.
- Donc elle t'a quitté parce qu'elle ne t'a pas cru ?
- C'est un peu ça.
- Et que comptes-tu faire pour la convaincre de revenir ? A part, bien sûr, trouver du réconfort auprès de moi.
- Je ne suis pas sûr de le vouloir. Tu comprends, elle va me faire souffrir. Et je ne veux pas souffrir.
- Hum, pas mal ce champagne. Reprends une coupe, cela te fera du bien, mais pas trop, tu deviendrais mou. Quoique, j'ai été bien assez montée aujourd'hui. Donc tu ne veux pas souffrir ?
- Non.
- Et tu dis l'aimer ?
- Oui, oui, je crois. C'était si, c'était si. Plein. Entier.
- Et tu ne veux pas souffrir ?
- Non.
- Tu as bien fait de venir au bordel, c'est rare de souffrir au bordel. Enfin, sauf ceux qui cherchent des souffrances pour jouir. Mais je n'appelle pas ça souffrir. Donc tu ne veux pas souffrir ?
- Non. Pourquoi répètes-tu cette question ? Qu'essaies-tu de me dire ?
- Ah, on progresse sur la voie. Vois-tu, mon cher ami, nous savons tous que tu es un homme à femmes. Chut, ne nie pas. Tout le monde le sait. Tu es prêt à sauter sur tout ce qui bouge, et je t'ai croisé plus d'une fois aux bras d'une belle dans la ville. D'ailleurs elles ne sont pas toutes belles, ce qui me laisse supposer que tu es attiré par la femme plus que par l'amour.
- N'est-ce pas la même chose ?
- Je vis dans ce bordel depuis plusieurs années, et j'ai croisé, ainsi, beaucoup d'hommes. La plupart mariés, d'ailleurs. Ceux-là on sait pour quoi ils nous fréquentent. Ils sont bedonnants, grisonnants, souvent enrayés mais toujours joyeux, ce qui fait leur charme.
- Ne suis-je pas joyeux avec toi ?
- Si bien sûr. C'est un peu le principe ici. Mais pas au-dehors. A moins d'être marié et père de famille, de tenir sa maisonnée, son épouse et ses enfants. Mais un amant, un vrai, se doit de montrer et sa joie et sa détresse.
- Mais je n'ai cessé de lui dire que je ne voulais pas la perdre. Qu'elle était ma bien-aimée.
- Très bien et qu'as-tu fait pour la convaincre ?
- Je ne sais pas, je le lui ai dit.
- L'as-tu embrassée, l'as-tu serrée dans tes bras ? Lui as-tu parlé à l'oreille ? L'as-tu regardé droit dans les yeux en lui rappelant qu'elle est si belle, que tout te plait en elle ?
- Oui, je crois. Enfin, non. Elle était si silencieuse.
- N'es-tu pas venu au Méridien la semaine dernière ? Il m'a semblé te croiser, mais j'étais avec mon vieux juge. Il aime quand je lui lis à haute voix des procès et que je le frappe avec ma badine. Il se tient à genoux devant moi et ça le fait bander. Un peu.
- Oui, je suis venu. Mais c'était avec elle.
- Tu lui as demandé de passer au Méridien ?
- Elle n'était pas contre.
- Hum, tu étais prêt à la donner à un de ces messieurs ?
- Oui, je sais c'était ridicule. Déplacé. Elle voulait me faire plaisir, mais elle a vite renoncé.
- Bien, donc tu ne veux pas souffrir ?
- Encore ? Que veux-tu me faire comprendre ?
- L'amour a ses codes, mon cher ami. L'amour fait souffrir. C'est sa grande loi. Si tu ne veux pas souffrir, laisse-la partir et ne cherche pas à la revoir. Si tu l'aimes elle te fera souffrir et si tu ne l'aimes pas, c'est elle que tu feras souffrir. Si tu ne veux pas souffrir, cesse de vouloir aimer. C'est la loi de l'amour : souffrir. La loi du plaisir : jouir. Choisis ta loi, les douze coups de minuit vont bientôt tinter.
- C'est tout ce que tu me conseilles ?
- Quoi d'autre, voyons... Marie-toi, tu cesseras de souffrir et tu reviendras au bordel.
- Mais pourquoi l'amour devrait-il faire souffrir ?
- Ce n'est pas une nécessité, j'en conviens. Mais la souffrance garantit l'intensité. Plus tu souffres, plus tu aimes. Si tu ne souffres pas, tu ne sais pas aimer. Tu évites l'amour. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est Gustave : la manière la plus profonde de sentir quelque chose est d'en souffrir. Au fond, mon vieux juge a raison, il aime la loi et il en sent l'intensité quand je ballade ma badine sur ses fessiers nus.
- Tu m'agaces ! Je ne crois pas à ton raisonnement. Tu confonds l'amour et la passion. C'est la passion qui fait souffrir, pas l'amour.
- Bien sûr, mais tu as toi-même dit : je te désire, je suis amoureux, je t'attendais depuis toujours. C'est toi qui as parlé le premier de passion. Vois-tu, très cher, si la passion nous tombe dessus comme la foudre, l'amour a besoin de temps. Si tu veux savoir si tu aimes cette femme, tu dois lui laisser le temps de t'aimer, tu dois l'apprivoiser et cesser de lui servir de belles phrases. Vraiment ce champagne est très bon. Finissons-le.

Publié par felixmartin à 12:50:06 dans Diablogg | Commentaires (0) |

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