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Souviens-toi. Il était une fois, il y a bien longtemps, comme dans les contes d'enfants. C'était au cœur de septembre. Dans nos jeunes années, nous nous sommes rencontrés. Pour toujours. Nous avions vingt ans, nos regards se sont croisés. La vie nous offrait notre première rencontre, de celles qui infléchissent tout le cours d'une vie. Tu étais assis à deux tables de la mienne, dans la fumée du café français. Lorsque je suis sortie, tu as couru derrière moi. Rappelle-toi toutes les histoires que nous nous sommes confiées dès notre premier soir ! Des histoires d'enfants terribles, à peine imaginées, des histoires de presque môme qu'on se raconte pour créer des arcs-en-ciel dans nos têtes. Tu as écouté mes récits de vie, toi le jeune homme à l'allure de faune affamé. Tu as ri et ton rire demeure en écho dans mes souvenirs.
Dans la ville aux deux fleuves, dans notre chère nuit de septembre, tu tenais, émerveillé, mon complet abandon, je respirais tes premiers envoûtements. Tu m'as emmenée dans tes saisons, par-dessus le monde maussade. Notre temps s'est écoulé dans cet absolu, satisfait de nous, dans les semaines, les mois, les années qui ont passé. Au cœur de nos printemps, nous tentions d'attraper les graines de nos peupliers, emportées par le vent, voiles blancs et cotonneux qui flottaient dans le ciel bleu et retombaient en chevelure de fées sur le lac. Chacun de nos peupliers s'attachait à nos souvenirs : celui sous lequel nous aimions nous embrasser, celui où tu avais peint tes premières aquarelles, celui où je t'avais lu Hölderlin. Dans nos jours à deux, tu avais toujours raison, même au cœur de tes déraisons. Nous découvrions ensemble le monde. Tu m'apprenais l'essentiel. Nous pensions : notre amour est éternel. Ce fut moi, la première, qui ai rompu le pacte. La vie nous fixait un second rendez-vous.
à suivre illustration : Jacques Truphémus
Publié par felixmartin à 20:59:47 dans Le train de la vie | Commentaires (0) | Permaliens

C'était un frileux matin de février. Le brouillard, qui remontait du fleuve, inondait les quais. Les voyageurs se pressaient pour prendre place dans le wagon. A travers la fenêtre de mon compartiment, je distinguai parmi eux une silhouette que je reconnus. Sous tes nouveaux masques, tu m'étais apparu, toujours aussi unique. Tu avais conservé ton envoûtement. Ce fut mon compartiment que tu choisis. Je continuais mon voyage assise en face de toi. J'examinais, derrière mon livre ouvert, la ligne de tes mains. Je scrutais le plissement qui se dessinait à tes joues. J'aurais pu voyager ainsi toute la vie dans l'intimité de ce compartiment et rester dans ce silence près de toi avec, pour toute complicité, nos regards qui se croisaient par distraction. Il y avait parfois de la gêne dans nos échanges furtifs, de l'interrogation ou une douloureuse confidence que tu taisais. Un mélange de sensations, à peine des sentiments balbutiés. Mais nous étions bien trop loin dans nos vies pour que nous tentions d'explorer par les mots nos intentions. Au lieu de nous abandonner à la rencontre improbable de deux êtres que tout sépare, hormis ce moment de voyage, nous avons préféré poursuivre notre chemin de déréliction. Nous regardions obstinément les paysages défiler derrière les vitres voilées du train : le travelling du fleuve, qui déployait son lit bouillonnant entre les rives grises et rousses de la campagne d'hiver et nous, en plan américain, assis l'un en face de l'autre, déroulant les anciennes images de nos vies qui, un jour, s'étaient croisées et décroisées, comme les couloirs des trains filent dans la campagne basse sous les nuages.
à suivre
Photo : Modimo http://modimo.canalblog.com/
Publié par felixmartin à 21:20:43 dans Le train de la vie | Commentaires (0) | Permaliens
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