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Coeur d'Afrique (version musicale) | 10 juillet 2007

Cœur de l'Afrique noire. Bière bouteille de pays. Chaleur et vent rafraîchissant. Solitude avec paysages nouveaux en décor. Je suis au cœur de l'Afrique. Dans une ville basse avec toute sa vie, ses musiques, ses bruits, ses vendeurs des rues, derrière leurs tables de bois aux pieds cassés mais tenant bons car la verticale n'est pas une loi de la nature. Les sorcières ont mangé mon âme. Dans la maison aux génies, je cherche mamy wata. Je sais que je ne la trouverai pas ou bien elle se nomme habitude. Je m'habitue.

Les Africaines rient fort dans les cafés. Un homme porte sur sa tête une machine à coudre. Marque : Éléphant (les lettres sont effacées). Pour rythmer ses pas, il joue avec une paire de ciseaux. Les ânes ont les pieds de devant attachés. Les cochons sont noirs, les jarres renversées et les maisons de terre enfumées. La meunière en sueur écrase le mil sur la large meule en pierre. On entend les crissements du broyage. La farine de mil blanc tombe sur le sol de terre battue, la terre rouge africaine. La cabaretière plonge les calebasses dans ses canaris de bière. Les Africains sont emplis d'amour jamais perdu qui leur donne une force tranquille. Cette force tient tout leur corps. Ils sont comme les arbres plantés dans la savane qui étendent leurs branches lourdes, au-dessus des troncs pleins, jamais écrasants.

L'orage et le bruit du tonnerre emplissent l'espace et le rendent moins menaçant. Sa présence -qu'elle soit divine ou naturelle- suffit à estomper tous mes désarrois. Si je pleure sous la pluie battante, c'est parce que je me libère enfin, comme le ciel, de la pesanteur des jours sans noms. L'amour passé reste l'amour, bien qu'on n'ose plus tout à fait le nommer ainsi à force d'usure. Quand le cœur doucement écoute les silences d'hier, tout autour les colons aux jambes rudes s'assoient et fument, jusques aux cieux africains, leur félicité commune. L'heure du thé, moment privilégié, s'accompagne de la silhouette respectueuse du boy, habitué ici aux manières de l'aristocratie servante. Dehors, les enfants jouent dans les détritus et les femmes aux seins flasques se baignent dans le marigot boueux.

Tout cela se déroule alors que toi, dans le même temps, du fond de l'Europe blanche, tu souris à la jeune danseuse en sueur. Sous le ciel africain, je songe à notre rencontre et à sa fin.

Interprète : Nicole Amann - Compositeur : Hervé Jeanson -
de Corinne Jeanson -
avec le concours du site Bonnes nouvelles
©  2007

Publié par felixmartin à 18:49:06 dans Musicales | Commentaires (0) |

Urbaine errance | 11 juin 2007



Ainsi la solitude t'accompagnerait.
Tu serais lointain et vorace, tu aurais le sourire crispé de celui qui doute, la main en poing dans la poche noire et la chevelure drue, signe de ta force. Tu serais, ce jour, assis sur un banc d'un square désert. Il ferait froid et gris, les passants passeraient rapides pour retrouver la chaleur de leur foyer. Tu resterais là. A l'envers de tout.
Cet après-midi, ce serait derrière la vitre embuée d'un café bruyant que tu te tiendrais, à boire de l'alcool, à rêver dans ce décor superbe de boiserie et de plâtre. Ou serait-ce le hall en écho d'une gare étrangère quand le bar est encore fermé, que les voyageurs de la nuit, épuisés, le visage gris, attendent leur correspondance avec les ouvriers du petit matin. Tu lirais les titres d'un journal de la veille, oublié. De quelle chambre viendrais-tu, toi sur ce banc ?
Quels seraient tes désirs sous tes silences ? Quelle maison aurais-tu quittée pour te plonger dans la fumée des autres ? Quel pays aurais-tu rejoint ce matin-là ?
Et ce soir tu quitteras ce monde pour marcher sans fin sur les routes.



Interprète : Nicole Amann - Compositeur : Hervé JeansonTexte : Corinne Jeanson 
avec le concours du site Bonnes nouvelles ©  2007
© Anthony Palliser, Man alone

Publié par felixmartin à 22:08:17 dans Musicales | Commentaires (1) |

La jeune calligraphe | 04 avril 2007


Campagne de Chine (à écouter)



Campagne de Chine : c'est la dernière des cartes postales que mon père m'a envoyée cette année. Je ne sais pas de quelle région il s'agit. Regardez, le gros rocher semble tombé du ciel depuis la veille, vous ne trouvez pas ? Voulez-vous boire un café ? Asseyez-vous, je vous le sers bien chaud. Mon métier ? Je suis calligraphe. Je recopie avec des plumes à bec d'anciens textes sacrés ou désuets. Je m'applique devant mon bureau tout le matin et tout l'après-midi, c'est un rituel indispensable. Je reste là des heures jusqu'à la tombée de la nuit. Lorsque la nuit tombe, je ne sais plus recopier. Je ne sais pas écrire non plus. Je me couche tôt sous les draps blancs de mon lit étroit. Mon père n'est pas venu ici depuis des mois. Il voyage. Pour ses affaires, dit-il. Je reçois ses cartes postales que je colle sur le mur de la cuisine au-dessus de la machine à café. Je bois beaucoup de cafés, je regarde souvent ses cartes. C'est un bout du monde qui arrive jusqu'ici.


Mon éditeur parfois me rend visite pour connaître l'avancée de mes travaux. Ce sont des visites courtes. Je crois que je l'ennuie. Souvent j'ennuie les gens. Je parle peu. Avec vous, je parle beaucoup, c'est inhabituel.
Mon père, lui, est capable d'amuser des inconnus tout au long d'une soirée. Ma mère était comme moi, dit-il, distraite et effacée, mais je n'ai pas connu ma mère. Longtemps mon père a gardé dans son portefeuille une photo de moi, prise à l'école maternelle, avec mes dessins d'enfant accrochés au mur, derrière mon bureau d'écolière. En ce temps-là j'avais les cheveux longs. Cela n'a pas duré. Mon père ne supportait pas mes cris chaque fois qu'il tentait de me coiffer. Je n'avais pas d'autres moyens pour communiquer avec lui que pousser des petits cris, enfin seulement quand il me coiffait.

Le matin, je bois mon café debout devant la machine à café, je regarde les cartes postales des pays que mon père traverse, voilà mes seuls lieux imaginaires. Mon père a rapporté de tous ses voyages des objets encombrants, poussiéreux qui me donnent tant de travail, des meubles en bois précieux, des peaux de tigre, des boîtes en corne d'éléphant. Ma tante, qui est une vieille dame, me traite de folle, jeter des objets aussi rares ! Pour moi, ce ne sont que des objets poussiéreux et ennuyeux, comme ma vie. Heureusement, mon père m'envoie des cartes postales.

Vos yeux sont tristes mais doux. J'aime bien vos yeux. Non, je vous assure dans mes copies calligraphiques, je me livre bien plus que je ne l'oserais avec un livre que j'écrirais. Surtout je n'ai rien à écrire d'important sur ma vie, elle manque de fantaisie, aucun fantasme non plus ne m'habite. Ah si, le jus de grenade. Parce que j'utilise la grenade, mon fruit préféré, pour mes encres. Vous savez dans la grenade ce qu'on mange ce sont les graines, pas la chair. Et avec la peau on fait de l'encre. Mais surtout, chut, écoutez, c'est lui le fruit défendu. Parce que, réfléchissez, si c'est la graine qu'on mange, ce fruit ne peut pas se reproduire, c'est pour ça qu'il est interdit, voyez-vous. Oui, je sais, c'est embrouillé dans ma tête. Il est préférable que je recopie les textes d'auteurs anciens, oubliés, ma tête reste en paix avec ses complications. Mais laissons ça. Je vous ai tout dit de ma vie.

Pourquoi prenez-vous ma main ? Oui, la nuit tombe, je veux bien que vous restiez ce soir chez moi. De toute façon je ne pourrais plus travailler, il fait nuit. Ne craignez-vous pas de vous ennuyer avec moi ?

Interprète :
Nicole Amann - Compositeur : Hervé Jeanson -
de Corinne Jeanson
-
avec le concours du site Bonnes nouvelles
©  2007

Publié par felixmartin à 21:39:32 dans Musicales | Commentaires (0) |

Nouvelle vague | 04 avril 2007

Nouvelle vague  

 

L a nouvelle vague s'est plantée quelque part dans mon corps
et je ne saurais dire si le cœur a été touché.
Par surprise, elle m'a happée, quand, passante,
j'avançais dans l'air du temps, à la recherche,
je ne sais plus, de Proust ou de quelque Marcel.

Elle a délégué un de ses fils, cheveux d'écume, regard océan,
pour mieux me noyer dans son univers
qui mêle le fils de l'homme à l'homme loup.
La traîtresse par petites touches m'a d'abord baignée
de sa fraîcheur couleur menthe à l'eau.
Mon ventre le premier a chaviré.

Elle en voulait davantage.
Elle m'a roulée dans ses flancs,
chaleur retrouvée des premiers instants.
Quand je dormais paisiblement,
elle a lancé la dernière vague m'engloutissant sans un soupir.
Pêcheur, si tu navigues par ici, n'oublie pas :
bien au dessous de ta barque, dans le fonds marin,
survit, toute blanche, une statue de marbre.
 

Interprète : Nicole Amann - Compositeur : Hervé Jeanson -
de Corinne Jeanson
-
avec le concours du site Bonnes nouvelles
©  2007

Publié par felixmartin à 21:13:18 dans Musicales | Commentaires (0) |

Dernier tango | 13 mars 2007

 

Dans les rues noires de la ville
Ivres nous marchons
la lune dans le caniveau
Ivre je pleure dans la pluie
Ivre de toi, de tes mains dans ma peau
Assoiffée à la veine de ton bras. 


Là-bas sous le porche noir
Ta langue a tourné
Sur mon visage
Ca ne suffisait pas
Tu as déchiré mes vêtements
Tu m’as retournée
Pour déchirer mon corps
Par ton corps planté.


Mais ta violence
N’a pas calmé l’effroi d’aimer
Dans le silence de tes pleurs
Tu me déchirais encore.
Ivres nous rampons dans les rues
Noires de la ville
Vaincus par le noir désir.

Corinne Jeanson - Compositeur : Hervé Jeanson -
Interprète : Nicole Amann
avec le concours du site Bonnes nouvelles
© 2007

Publié par felixmartin à 22:01:19 dans Musicales | Commentaires (0) |

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