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"Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu'ils font."
Évangile selon Luc
"En vérité, je te le dis, aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis."
Évangile selon Luc
A sa mère : "Femme, voici ton fils". A son disciple : "Voici ta mère."
Evangile selon Jean
"Eli, Eli, lama sabactani ?"
"Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?"
Évangiles selon Marc et Matthieu
"J'ai soif"
Évangile selon Jean
"Tout est accompli."
Évangile selon Jean
"Père, entre tes mains je remets mon esprit''.
Ayant dit cela il expira.
Évangile selon Luc
Publié par felixmartin à 22:09:34 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) | Permaliens
- Mon Renard, tu m'as manqué. C'était comment New York ?
- Noir et blanc.
- Et ici ?
- Rien. Nothing. Degré zéro sur Paul Agostini. Qu'as-tu trouvé là bas pour notre enquête ?
- Il est bien arrivé par bateau. J'ai remué toutes les archives du port pour flairer sa trace. Une semaine de boulot avec les flics new-yorkais. L'adjudant Garett a été mon guide. Intéressant leurs méthodes. Whisky sur la 42e rue, bière à Broadway, vin rouge à Manhattan. Le best, cognac d'Angoulême à Big Apple. Que du bon. De la glace aussi et du salpêtre.
- Et le ground zero ?
- La place des tours perdues, pas eu le temps d'aller visiter un trou.
- Vraiment ?
- Putain, on a dit, on parle pas de vie privée au bureau.
- On est entre nous.
- Bon, d'accord, j'ai fait quelques virées. Les Américaines, enfin, surtout celles qui viennent du Mexique, sont abordables. Bon, je te parle de ma queue ou de mon enquête ?
- Commençons par ton enquête. Ca dit quoi sa trace ?
- Facile, le 1er mars 1999, arrivée au port de New York, paquebot Independance. Tu sais que Paul déteste l'avion. Donc inutile de relire les archives de JFK. Là où ça se complique, c'est la suite de son séjour.
- Salut les blaireaux, alors Guy t'as retrouvé ton renard ?
- Hello,
- Rosa, je t'ai déjà dit de m'appeler Rosa.
- Rose, Rosa, quelle différence ? Pour une lettre !
- Rosa, mes parents étaient communistes, n'oublie pas cette différence, pas comme tes bof à deux balles du quartier Est.
- Pas d'insultes pendant le service, ma Rose, heu Rosa.
- Tiens, c'est pour vous.
- C'est quoi ?
- Des madeleines.
- Rosa, tu es géniale, tu as passé ton week-end à faire des madeleines.
- Regarde-moi bien Guy, est-ce que j'ai une tête à préparer des madeleines. Non, c'est ma mère, Yolande, qui les a préparées. Moi je suis sympa, je pense aux collègues, je vous ai amené des madeleines.
- Ca m'rappelle une chanson.
- Non, dans la chanson c'est des bonbons.
- Non pas celle-là : Madeleine elle aimera ça.
- Moi ça me rappelle les odeurs. L'odeur des madeleines de mon enfance. Mon souvenir d'enfance c'est la bouse de vache, celle des pâturages de l'Hirmentaz, avec les grosses vaches et leurs cloches au cou.
- Ca y est le voilà à faire son couplet sur
- Moi, ça me rappelle Magdalena, Marie-Madeleine, la pécheresse aimée de Jésus. Renard, ça a donné quoi les States ?
- J'ai bien démarré, il est arrivé au port de New York, comme on l'avait deviné. Après, visite-éclair chez le mac de Riverdale, à Brooklyn.
- Tout finit à Brooklyn.
- Tout commence. Là, on sait qu'il a séjourné trois mois, après partance.
- Où ça ?
- Nouveau paquebot destination Brésil.
- Qui va au Brésil ? Moi je suis partante ! C'est bientôt Carnaval.
- J'ai mailé à ceux d'Interpol, j'attends une réponse pour connaître escale et jour d'arrivée. Après on avisera.
- Il va se mettre au vert au Brésil, c'est quoi son ticket cette fois-ci ?
- Salut Rosa, bien ton week-end ?
- Salut Carlotta.
- Vous n'en avez pas marre de tous vos noms en A.
- Quoi ? Carlotta, c'est plus court que Marie-Charlotte. J'ai passé un week-end à garder mes neveux, 5 et 7 ans. La petite a passé en boucle la belle au bois dormant, version Disney.
- Bon, les filles c'est pas que vous gênez mais nous on bosse, donc allez pintader ailleurs.
- Sale macho, moi aussi je bosse, sur l'enquête de la tarentaise, c'est pas du gâteau. Salut, Rosa.
- Ouais, je me souviens bien de ce Disney. Drôle. L'histoire de la fée carabosse qui envoie ses sbires chercher la princesse. Quels cons, pendant quinze ans ils cherchent un bébé, ils ont oublié que la princesse a grandi, qu'elle est devenue une belle jeune fille à marier... Putain, les mecs, j'ai trouvé.
- Quoi, t'as trouvé quoi ?
- Je résume. Ca fait trois ans qu'on cherche partout notre Paul Agostini. C'est pas Paul qui faut chercher. Ajoutez un A et vous aurez la clé de votre énigme.
- Quoi, Rosa, tu vas nous faire croire que tu es sur une piste ?
- Evidemment, votre enquête, je vous l'ai résolue avec un simple « A » de trop.
- Tu peux être plus claire.
- Que va faire au Brésil un trafiquant dans le genre de Paul Agostini qui a Interpol à ses trousses ? Se refaire une identité. Et Paul Agostini, c'est connu, a des tendances, disons homo. Déjà repéré déambulant avec de la coke plein les poches de sa robe à froufrou les nuits de pleine lune dans l'île verte. Quoi de plus tentant que prendre une identité féminine pour rentrer au pays incognito ? Tout est dans la finale : rose, rosa, Marie-Charlotte, Carlotta, Madeleine, Magdalena. Je rajoute un «A » à mon passeport et illusion d'artistes, je suis en France. Cherchez une femme, vous trouverez l'homme.
- Redis-moi, coéquipière, c'est qui tes mentors ?
- Ca va mes blaireaux, ça fait deux ans que je fais équipe avec vous. Je vous dois tout, même mon cul de poulet.
- Renard, tu m'appelles le Fredo, je le veux dans le poulailler demain à la première heure. Notre indic est aux premières loges pour avoir entendu parler de Paula Gostini. Fixe-lui rendez-vous sans tarder.(à suivre, si j'ai le temps, l'envie, ...)
Publié par felixmartin à 16:09:34 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (1) | Permaliens
Publié par felixmartin à 20:17:21 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) | Permaliens
Alors que les cloches sonnaient les vêpres, Joseph, le marchand de bois, s'était lavé, parfumé, avait revêtu son costume neuf, lissé un chapeau de feutre, pris une canne en noyer brun et avait remonté la rue jusqu'à la mairie. Sur son chemin, les hommes le saluaient et les femmes souriaient à demi. Les enfants suspendaient un instant leurs jeux bruyants, ne sachant trop si la canne serait utilisée contre eux. Quand Joseph surgissait dans une ruelle, les vieux du village juraient sur son passage et les vieilles croisaient les doigts. On se souvenait de son premier mariage qui n'avait duré qu'un jour. La pauvre épouse, une jeunette, avait fui la nuit même des noces et le pape dut accorder le divorce. Les paysans surnommaient Joseph, le taureau du village parce qu'une fois il avait soulevé d'un coup, sans plier les reins, un jeune taureau pour le hisser dans le camion du boucher à qui il avait vendu la bête. Ce surnom les femmes le lui donnaient pour d'autres raisons. Trapu, les membres courts, le visage basané, creusé de rides paysannes, Joseph se tenait ramassé, prêt à bondir. Ses doigts cassés, souvenirs de la guerre des tranchées, tricotaient inlassablement une pipe noircie qu'il allumait rarement. Le seul soin qu'il accordait à sa toilette était de parfumer sa chevelure noire -qu'il avait belle- avec de la brillantine de qualité. Cette odeur de lavande contrastait avec son allure générale, il le savait et en jouait.Publié par felixmartin à 22:11:32 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) | Permaliens
Dans le bar, le pianiste s'est levé, il délaisse le piano, tout noir. Au comptoir, les lumières sont éteintes, le pianiste commande le dernier whisky. « Un yiddish, Gab ! Double sec. » Il a la voix des mauvais jours, le pianiste, la voix érayée des soirs de solitude quand le café, noir de fumée, étale ses tables désertes et ses allées poussiéreuses et grasses. Le pianiste tourne le dos à l'instrument, à quoi bon la musique sous les doigts quand la tête tourne en carafe fêlée. Rien que du vide égratigné d'impuissance. Tiens, il y a encore une table occupée. Le dernier consommateur penche sa tête sur ses bras assoiffés des autres, qui vont ailleurs, là où la fête résonne encore. Dans les rues, les passants sautent de flaques en flaques. Les voitures valsent entre les mêmes flaques, petites étendues d'eaux avant les grandes eaux.
Eaux promises dans les villes. Trottoirs de la ville où un homme seul traîne son manteau vert et trempé. Il baisse la tête. Son col relevé cache une chevelure, blonde peut-être. Il est pressé mais hésite au carrefour. Il s'arrête devant le café. Viendra-t-il encore une fois rejoindre son ami le pianiste ? N'a-t-il pas déjà assez entendu sa voix fêlée raconter de vieilles amours ordinaires comme toutes les amours des autres ? La lumière filtre, il faut entrer à nouveau, pour écouter le vieux crooner obligé de réciter des fables que Casanova aimerait inscrire dans le livre IV de ses aventures. Temps de la vie d'un homme qui ingurgite l'histoire des autres, parce qu'il est de passage et qu'il n'aura pas le temps de créer sa propre histoire dans cette ville où coulent deux fleuves inlassablement traînés vers la mer.
Mer Méditerranée. Lourdeur avant la pluie. Des chants grecs. Pourquoi la Grèce maintenant ? Le téké s'égrène, parodie de quelques pas. Les marins grecs ont posé leurs mains aux poils noirs sur leurs genoux en toile marine. Les chaises sont repoussées contre le mur et chacun regarde le centre de la salle. Le premier qui se lève est vieux, son visage est tanné. Il trace deux, trois gestes avec le bout de son pied botté, léger sous le cuir épais. Deux ronds, comme ça et les reins se redressent, les mains se joignent. Il livre là sur le carreau du café sa leventia, tout son honneur, toute sa liberté. La liberté et la mort, c'est la première phrase que cet amour-là a prononcée quand je me tenais à cette terrasse, là sur la place d'Heraklion. Je lisais Kazantsaki. Ca je ne te l'ai jamais dit. Les autres applaudissent, attentifs à ces mouvements improvisés mais tellement saccadés qu'on voudrait qu'ils reproduisent des pas initiatiques. Et les têtes approuvent le vieux danseur. Il tourne, comme un derviche, il a fumé du noir c'est certain. Il tourne, le bras droit levé au ciel et le gauche pointant la terre. Il tourne d'un mur à l'autre. De quel visible à quel invisible ? Le jeune palikare le rejoint. Son pas est plus précis, plus rythmique. Il tourne sur lui-même en un mouvement qui s'amplifie. Toute la Méditerranée boudeuse dans sa tête. Il entend aussi les pleurs de sa mère quand le typhus a rongé le petit dernier. Et quand le père est revenu, la main coupée par le filet alourdi de poissons. Lamentations et plaintes. Pire encore, quand Fotini lui a jeté un regard noir le jour de la fête du vin. Le jeune il veut oublier toutes ces tentations du désespoir et le vieux, lui, il attend que le souvenir de la Mangkissa lui gonfle encore les entrailles. Et là, le vieux Daïs entame le chant du kaïmos. Vous l'entendez comme il pleure sa vie, ses souvenirs, ses chagrins, tout son vague à l'âme jusqu'à l'extase mystique, pas celle des saints, mais celle quand il la tenait la Mangkissa entre ses reins. Croire que la vie est encore là, bien recroquevillée dans son ventre et le pope peut bien crier que c'est des danses païennes, le vieux il s'en fout. Il est près à baisser sa culotte de cheval devant le pope et lui crier foutaises ! La vie c'est là qu'elle est. Il rit, découvrant sa mâchoire édentée, il tâte ses parties, on pourrait croire que son sexe va se dresser. Pas vrai, mon gars ! Allons encore du vin de résine.
Gab repousse le bouton. Le pianiste a fait un geste las, plus de musique pour cette nuit. Quelle heure est-il ? Deux heures peut-être ? Oui, deux heures. Seulement deux heures. La nuit est longue, l'hiver. Je déteste la nuit. Elle n'en finit plus. Qu'est-ce que je te raconte, ce whisky aura ma peau mais avant il me rendra fou. Bien sûr que j'aime la nuit avec son monde d'hommes qui croisent le côté cour du décor. Côté jardin, les feuillages, les églises, les boutiques. Côté cour, du carton-pâte. Tu appuies ton doigt, là sur une façade et crac, de la poussière. Rien de plus. Allons, fais pas cette tête, que voulais-tu trouver ? Un peu de poussière, je te dis. Poussière qui colle à ta peau et, un jour de jadis, c'était l'ongle de Michel-Ange ou celui d'Attila.
Publié par felixmartin à 21:54:27 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) | Permaliens
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