COVALEJE
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Corinne Jeanson
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Si par une nuit d'hiver un voyageur approche du palais, Omer, le vieux prince des lieux, s'inquiète. Quand il entend les pas du voyageur, il regagne la bibliothèque où il retrouve l'enveloppe jaune, restée ouverte tout le jour sur la table. Les traces d'hier blanchissent pour disparaître, se décomposer avec le temps et ailleurs construire des palais. Le palais d'Omer est ouvert aux quatre vents. Le voyageur ouvre la porte d'honneur d'un geste effronté, des glacis glissent le long des murs, les lustres mats s'auréolent de toiles d'araignées absentes. Le voyageur marche en écho dans les salles désertes. Sa voix résonne dans la buée froide de l'hiver. Bien au fond, l'hôte des lieux, crispé dans son fauteuil sans confort, se révulse à l'imminence de l'intrusion fatale. Omer voudrait arrêter la venue de cet autre, inconvenable. Dans son monologue inquiet, il tente de chasser l'intrus dont les pas retentissent de salle en salle. Quand la dernière porte qui les sépare s'ouvre sous la poussée magnifique et insolente de l'étranger, le vieux prince, affaibli, le visage blanc aux traits durcis, esquisse un geste pour repousser celui qui va apparaître. Il s'affaisse soudain, le bras tendu, tremblant pour écarter sans y parvenir le téméraire.
Les yeux clos, Omer sent la mort qui approche. Il entend ses pas pressants sur les planchers, son souffle glacé parvient jusqu'à ses joues blanches. Quand la main douce et pleine se pose sur son avant-bras, il tressaille. L'étranger parle, il demande s'il peut aider le souffrant. Le vieil homme lève la tête et ose regarder celui qui est venu. Devant lui se tient un jeune homme, beau comme un ange. Omer pâlit davantage à la pression de la main et du regard. Toute sa vie, il a attendu la venue du jeune homme et de l'énigme. Maintenant, l'étranger se tient là devant lui, chuchotant des paroles apaisantes. Le vieux prince regarde pleinement maintenant cette figure et cette silhouette rassemblant les sens de la vie et de la mort. Omer tente de se lever, soudain réchauffé. La main du jeune homme l'aide puis il ne sent plus la pression amicale, ni le regard interrogateur et chaleureux. Dans la pièce il se retrouve, debout, seul. Le vent a poussé la porte. Omer relit le message glissé dans l'enveloppe jaune : the yelow bird... et la suite du message est effacée par ses propres larmes.
Publié par felixmartin à 23:58:14 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) | Permaliens
J'avais toujours vu le visage de ma mère se refléter dans les miroirs qu'elle collectionnait et qui ornaient sa chambre. Sur son bureau en noyer, elle avait disposé trois miroirs ovales : un miroir de style art moderne sur pied en fer forgé que j'aimais faire basculer, un miroir à main en vermeil et un miroir très ancien qui avait appartenu à une reine, c'est ce qu'elle me disait.
Le visage de ma mère était lumineux comme son sourire et sa voix douce comme celle d'un ange. C'est ainsi qu'elle m'apparaissait et chaque soir elle me rejoignait dans ma chambre pour me raconter une de ses petites histoires merveilleuses que j'écoutais en silence. Toutes ses histoires commençaient par : « Ma petite fille d'amour chérie, c'est l'histoire de ». Il y avait des histoires de fées, de sorcières, de petits poucets, de loups. L'histoire que je préférais c'était celle d'Alice quand elle quittait le monde vrai pour le monde derrière le miroir ; il y avait aussi celle d'Orphée qui traversait les miroirs avec ses gants en peau d'antilope. Mais ce conte me faisait pleurer parce qu'Orphée perdait toujours Eurydice. Dans une autre histoire maman me parlait de Narcisse qui se penchait trop au-dessus du miroir de l'eau et qui se noyait. « Comme Ophélie », me disait-elle mais je ne savais pas qui était Ophélie. Elle m'expliquait qu'Ophélie se noyait parce qu'elle aimait trop le prince du Danemark. Le plus terrible c'était le miroir de l'affreuse sorcière dans Blanche Neige. Tout cela n'était que prétexte à rester le plus longtemps possible avec ma mère mais j'avais quatre ans et papa arrivait toujours à la fin de l'histoire ou presque pour nous rappeler que je devais dormir.
Et puis il y a eu cette journée terrible où papa, tout seul, me coucha dans mon lit parce que ma maman était partie très loin dans le ciel. Papa n'avait même pas essayé de me raconter une histoire, sa gorge était toute sèche et ses yeux pleuraient très forts. Les jours qui suivirent étaient sans goût. Je ne savais plus manger et ma mamie me forçait un peu à avaler des yaourts nature avec du sucre.
Le soir, j'allais tout doucement dans la chambre de ma maman, même si elle n'était plus là. Je me promenais et j'essayais de voir son visage dans tous ses miroirs. Mais les miroirs ne savaient plus réfléchir, ils avaient perdu la mémoire. Je regardais mon visage et je ne le reconnaissais pas, je touchais mes joues, mon front, mon nez avec mes doigts pour être sûre que j'étais bien là devant le miroir. Peut-être que moi aussi j'étais partie avec maman. Je faisais des grimaces, j'écarquillais les yeux. Mais le miroir n'arrivait toujours pas à réfléchir.
Un soir, fatiguée de l'attente, j'avais dû m'endormir parce que bientôt, je sentis la main de maman dans mes cheveux et sa voix douce à mon oreille. Elle me disait de regarder le petit miroir à main ovale qu'elle gardait dans le tiroir de son bureau. Je me levais doucement. J'ouvrais le tiroir et là, dans le miroir, je revis son visage souriant et à côté du sien il y avait aussi le mien qui ne pleurait plus. « Tu sais je ne resterai pas toujours dans ce miroir mon bébé, mais chaque fois que tu auras besoin de moi tu fermeras les yeux et tu me verras dans le miroir de ton cœur. » Je l'avais retrouvée ! Depuis ce jour j'ai gardé sous mon oreiller le petit miroir ovale. Quand parfois je suis très triste, je ferme les yeux et dans mon cœur il y a toujours le visage de ma maman qui me sourit.
Publié par felixmartin à 21:48:52 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) | Permaliens
Publié par felixmartin à 00:10:01 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) | Permaliens
Ce matin, tu marchais dans les rues de Paris au bras de la collectionneuse. Vous avez croisé la femme de l'aviateur qui allait avec Pauline à la plage. Elles parlaient du beau mariage de
Publié par felixmartin à 15:04:51 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (1) | Permaliens
La vie est emplie de bars, noirs, bruyants, recouvrant le silence de l'âme devant le café noir, écorné de sucre, mangé par les cafards ricanants avec leurs pattes aiguës sur le dos souffrant. Un juke-box pleure des morceaux dérisoires pour éviter l'oubli de la mer montante au-dessus du marbre.
Publié par felixmartin à 22:19:38 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) | Permaliens