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Le montreur de singes | 07 février 2007

Ma famille habite de l'autre côté de la rue. Quand je traverse la rue je croise des passantes. Pour les amuser, j'invente des mots, des histoires, des sentiments. Je les entraîne dans le petit bois du jardin public pour glisser mes mains dans leurs rêves mouillés.

L
orsque la nuit tombe sur le jardin inhabité, j'oublie les passantes et mes histoires de montreur de singes. Je traverse la rue dans l'autre sens pour rejoindre ma famille.

Publié par felixmartin à 22:42:42 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) |

Querelle | 18 janvier 2007


« Jusqu'à ce qu'un beau garçon venu de loin le pénètrerait par le corps et l'âme

Dans la rue, Hugo passe, tel un ange aux cheveux longs qui dissimulent sa figure aux traits fins. Le vent sur la digue enveloppe ses jambes, son cou, il entend la voix traînante des beaux garçons, comme leurs mains de couteau brillant. Et leur nonchalance quand ils sourient à rien, à eux ; quand leur dos roulé de muscles courts et lisses s'appuie contre le mur bas de l'hôtel, en lettres peintes, noires sur fond gris. La lune peut bien trancher la ligne du nez depuis l'arcade jusqu'à la bouche large : ils attendent. Quoi ? Plaire ? Ils sont la séduction. Aucun artifice, ils sont là et cela suffit. Le pied droit replié contre la façade et le genou pointe, dur et épais sous le flottement du pantalon.

Hugo voit l'un d'entre eux. Il tremble tout à coup : son  regard le  trahira. Sûrement que le gars le surprendra et se moquera. Et ses pas s'effacent dans la nuit. Non, il fait demi tour jusqu'à la façade grise. « T'as une cigarette ? » A peine une question, un rite. Oui c'est le gars, pas même un matelot, non plus un gigolo, un beau garçon, qui lui parle, à l'ange. « Je ne voulais pas ça, non, je passais », se dit l'ange à lui-même. Le beau garçon le regarde : ses yeux brillent, sans trace de mépris, à peine du l'étonnement. Ils sont là pour ça, à quoi bon tricher.

L'ange, c'est la première fois qu'il vient dans ces quartiers. Il avait lu quelque part dans les pages glacées d'un magazine que là-bas, les hommes attendent. Longtemps, la nuit, sur son lit défait, il imaginait les rues noires, le froid d'une heure. Et ceux qui se tenaient là, en quête. Le Graal brille dans la pierre noire de la vieille ville, ce n'est plus le sang du Christ qui s'écoule sur ses parois : des perles laiteuses. Les images déferlent dans la tête bouclée de l'ange. Des escaliers étroits, sales dans les coins. La lampe jaunie, le gardien qui tend la clé sans les regarder.

Le jour, l'ange  se promène seul sur les trottoirs de la ville ; il guette le ciel à travers les fils électriques tendus entre les rues. Sur le pont la sirène d'une péniche l'effraie. Contre le parapet il se tient : une large péniche béante remonte longuement le fleuve. Elle découvre ses cales rouillées et glisse au-dessous du pont qu'elle pénètre sans effort aucun, écrasant l'eau qui lisse ses flancs.

L'ange a frémi. Le gars a posé sa main sur son épaule : « C'est la première fois que tu montes ? » Sa voix est rauque ; on la dirait tendre. La bouche dans les coins est dure : deux plis imperceptibles la tire vers la mâchoire. Sous les pommettes, les muscles se tendent, creusent les joues et l'ange entend le même déferlement des muscles dans ses joues pleines. Sur la peau du gars la barbe est craquante. Initiation.

Publié par felixmartin à 23:22:14 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) |

comment j'ai endormi mon amant avec Bouddha | 29 novembre 2006

Il n'y avait qu'une chose à faire et ce matin-là Isabelle avait choisi de faire tout le contraire. Cela avait même commencé la veille ou plus exactement depuis qu'elle connaissait Alain, son nouvel amant. Elle avait l'impression de vivre dans un film de Woody Allen, non seulement parce que Alain ressemblait physiquement à Woody Allen mais aussi parce qu'il agissait et parlait comme Woody Allen, enfin comme l'acteur dans ses propres films.
Comment Isabelle avait-elle pu devenir la maîtresse de cet homme-là ? Il venait chez elle avec son oreiller serré sous son bras. Il lui était impossible de dormir sans son oreiller, toujours le même, comme le ferait un enfant. L'autre question qu'elle se posait : pourquoi, alors qu'il était marié, qu'il avait une autre maîtresse, disons officielle, Alain lui interdisait-il d'avoir d'autres amants ? A la première question Isabelle savait qu'elle avait craqué, comme on dit, parce qu'elle était seule. C'était la première fois qu'elle se retrouvait seule, dans un appartement à elle, donc elle avait fait tout le contraire de ces résolutions et elle avait choisi Alain totalement par hasard. A la deuxième question, Alain avait lui une réponse imparable : « Tu n'as pas le droit de me faire ça, je suis abandonnique, tu n'as pas le droit. » 
Malgré l'interdiction, elle avait choisi pour amant, un jeune Islandais, prénommé Arni, qui était étudiant comme elle à la fac. Arni était évidemment l'opposé d'Alain : Isabelle trouvait Arni très craquant. Quand il lui fit des avances, vous savez le genre de phrases murmurées qui font frémir les femmes, elle oublia Alain –avait-elle jamais pensé réellement à lui ?- et ouvrit tout grand la chambre de son appartement pour accueillir avec gourmandise celui qui devint son deuxième amant.
Le lendemain de cette petite escapade, lorsque Alain frappa à sa porte et commença à lui redire à quel point il était abandonnique, elle lui souriait, non pas parce qu'elle se moquait de lui, mais parce qu'elle était encore pleinement envahie de sa nuit passée. De toute façon, elle était pressée, elle devait à quatorze heures passer son UV d'histoire moderne pour sa licence. « Alain, nous reparlerons de ça plus tard, je dois partir. » Mais Alain avait fermé la porte, bien décidé à la séquestrer ! Isabelle avait beau le supplier il refusait d'ouvrir. Il ne lui laissait pas le choix, elle n'avait qu'une chose à faire : coucher avec lui pour tenter de l'amadouer et après s'enfuir loin de lui ?
Elle préféra l'assommer avec la statuette d'un Bouddha en bronze. Alain respirait doucement, étendu sur la moquette du salon, il dormait comme un enfant. Elle prit soin de glisser sous sa tête l'oreiller (le même qu'au début, vous suivez ?). Toujours avec le sourire, elle plongea la main dans son veston, récupéra la clé de son appartement, prit ses affaires et sortit rapidement. Sur le palier, elle respira un grand coup et la lumière se fit.

Publié par felixmartin à 18:51:48 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) |

Oser | 29 avril 2006

Cette main qui gravit des fraîcheurs parfumées tout au long de la jambe nue. Jambe brune de soleil, ambrée, aux chevilles fines. Ou peut-être cuisses alourdies, blanches et moelleuses. La main s'irrite à l'idée de toutes les jambes qui courent, pieds nus dans les prés, en sandales sur les pavés du midi et plus loin dans les villes, en équilibre sur les talons aiguilles.

Publié par felixmartin à 18:57:24 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) |

Nefertiti ou Virginia | 03 avril 2006

- Tu pleures ?
- Pas vraiment. Ce sont  des larmes. Parce que là une mouette a hésité avant de se glisser sur l’eau et le ciel gris conservait une pointe de rose entre les deux platanes. Mon regard s’est baissé et j’au vu ta main posée sur le parapet. Sa perfection m’a effrayée. Comme la première fois où j’ai regardé le portrait de Néfertiti. C’était dans le Larousse sûrement. Ta main me confirmait notre différence, notre extrême éloignement. J’ai lu quelque part que la mémoire jamais ne se perdait et qu’un jour on parviendrait à traduire la vie de Toutankhamon en grattant la poussière des bandelettes qui préservent son corps. Crois-tu qu’en tenant dans nos mains la poussière de Sappho ou celle de Virginia Woolf on pénétrera au fond de leur douleur ? Voilà ce que j’ai senti dans la clarté de ta main. Je la vois mais un voile épais m’en sépare.
- A l’instant tu étais pressée, tu parlais de ton rendez-vous avec ce jeune homme. Et voilà que tu pleures. Ton esprit est toujours en mouvement Pauline. Il s’essouffle.
- Le monde aussi alors s’essouffle ?
- Il se meurt en suivant un ordre logique, même ses explosions sont inscrites dans cet ordre alors que ta tête appartient à l’univers du chaos. Comme si dieu avait hésité à la projeter au milieu des étoiles.
- J’ai pris la poussière des jours et je m’en suis dorée.

Publié par felixmartin à 21:39:07 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) |

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