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La chaussure perdue | 18 mars 2008

En ce dimanche de printemps, ne sachant que faire de Blandine, et constatant qu'elle ne me lâcherait pas, je décidai de l'emmener au parc. Pour une jeune fille, c'était presque une promenade romantique. Pour moi c'était une façon commode de passer le temps. Nous en étions aux premières rencontres et pourtant il me semblait déjà imprudent d'emmener Blandine n'importe où... Lorsque je fréquente une femme, je m'arrange pour espacer les rendez-vous ou les circonscrire dans des lieux neutres. Habituellement, cela ne pose pas de problème. Il en allait tout autrement avec Blandine. Il me fallait ménager sa susceptibilité, qu'elle avait grande. Je ne savais pourquoi, en outre, cette simple promenade me semblait déjà une imprudence. Quant à Blandine, elle rayonnait. Cela ne dura pas. A peine avions-nous croisé la statue aux colombes qui frissonnait dans l'allée de la roseraie, qu'une scène, aussi violente qu'inattendue, secoua l'alentour. Blandine était blanche, hurlait presque et prenait à témoin les pauvres passants. Je restai muet. Je ne me doutais pas que cette enfant fragile put se comporter avec autant de nervosité et de courroux. J'en étais à chercher quelque exemple dans la littérature quand je la vis s'enfuir, perdant même une chaussure dans le gravier de l'allée. Je restai là, gauche, avec sa chaussure à la main, souriant aux passants qui me fixaient bizarrement.

La rapidité de la scène, son absurdité m'interdisaient toute réaction. Blandine avait disparu si rapidement qu'il m'était impossible de la retrouver. Je pris le parti de m'asseoir sur un banc et d'attendre la suite des événements. Après tout, je tenais sa chaussure, elle serait obligée de revenir. Quoiqu'au fond je doutais qu'elle pût avoir ce souci. Comment pouvait-on espérer une conduite raisonnable après un tel éclat ? J'essayais de comprendre ce qui avait causé un tel émoi. Il me fallut quelque effort car, à chaque tentative de me remémorer notre dernière conversation, j'étais sans cesse attiré par d'autres détails, qui, une fleur nouvellement aperçue dont le rouge ou le blanc me laissaient rêveur, qui, une jeune femme fleurant bon qui longeait l'allée au bras d'un homme, et tenant par la main un enfant. Finalement cette introspection me permit de conclure que tout avait commencé après que j'eus croisé Annie, une ancienne amie. Nous n'avions échangé qu'un bonjour amical et quelques banalités, l'homme qui était avec elle s'était éloigné par politesse, et Blandine avait jugé bon de calquer sa conduite sur la sienne. Elle me demanda quand nous eûmes repris notre promenade d'amoureux qui était cette femme que j'avais saluée. « C'est Annie », avais-je répondu laconiquement, n'attachant après tout aucune importance à cette rencontre de pur hasard. Pour Blandine il en allait tout autrement ce dont évidemment je ne pouvais me douter. Enfin, je me souvins qu'une de ses dernières phrases, avant de s'enfuir, avait été : « Alors moi aussi, si tu me rencontrais par hasard, tu n'aurais pas plus d'égard !» Sur le coup, je ne compris pas le sens de cette vindicte. Fallait-il d'ailleurs en chercher du domaine de la raison ?

J'en étais là de mes réflexions quand, tout aussi soudainement qu'elle avait disparu, Blandine se dressait devant mon banc. « Ne crois pas que je sois revenue pour te pardonner. Je viens récupérer ma chaussure. » Je lui tendis l'objet et lui demandai de s'asseoir pour se chausser plus aisément. Il me semblait qu'une fois assise, elle saurait m'écouter. Dans son état, je n'osai pas lui prendre la main et me souvint d'une scène où pour calmer une jeune fille, le héros d'un livre lui pressait le genou. Je faillis murmurer son nom mais me contins. Il est parfois préférable de rester silencieux. Quelques minutes passèrent, et je l'entendis pleurer doucement comme une enfant prise en faute. Je ne résistai pas.

Vous dites qu'à ma place vous auriez abandonné la partie ? Si sa colère avait été censée, fondée, sans aucun doute. Je ne peux pas supporter les femmes irascibles. Mais là, c'était tout différent. Il y avait quelque chose de fascinant dans ce délire et, bien que je prévoyais les mille tourments que cette âme allait faire peser sur moi, je demeurai. Elle-même comprit-elle le goût que j'avais pour les situations exaspérantes ? Sur ce banc, nous scellâmes un pacte muet et comme celui de Faust, la mort seule pouvait le délier. Enfin, nous n'étions pas dans un drame romantique et l'issue en fut toute autre.

Ceci est une autre histoire. Il est tard, revoyons-nous demain, j'adore la terrasse de ce café, les passantes en sont particulièrement agréables.

 

photo : Richard Vantielcke LudImaginary
www.ludimaginary.net

 

Publié par felixmartin à 22:45:12 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) |

Une journée particulière | 05 mars 2008

Nous n'avions pas rendez-vous. C'est certain. Tout a commencé ce matin d'avril, j'avais passé la nuit avec C*. Apaisée. Sereine ?  Peut-être pas. Au matin, il était pressé, une consultation dans son nouveau job de...

Non, ce n'est pas comme ça. Je ne peux pas commencer comme ça.

C'était une période de ma vie très troublée. J'avais vécu pendant plusieurs années avec A*, nous venions de nous quitter, j'étais paumée. Le premier homme qui passait...

Non, ce n'est pas possible, je ne peux pas raconter l'histoire comme ça. Ce qui est vrai, je n'avais pas rendez-vous. Aujourd'hui, mon fils est derrière cette vitre, dans une chambre d'hôpital, il a dix-sept ans et j'ai risqué de le perdre. Tout ça parce que, dans les premiers jours d'avril, il y a presque dix-huit ans, je n'avais pas rendez-vous. Qu'est-ce qu'on peut dire à son fils ? Qu'est-ce qu'on peut lui raconter qui soit racontable ? La vie n'a pas de logique. La réalité est sans valeur morale. Elle nous bouscule comme les boules d'un billard électrique.

Un rendez-vous ? Voulez-vous prendre rendez-vous ?

Ce matin d'avril, à 10h45, je montais les escaliers de la bibliothèque de l'université. C'était là que je croisai B*. Il y avait six mois que nous ne nous étions pas revu. Je ne savais même pas qu'il était de retour en France. Je ne passais jamais à la bibliothèque à cette heure et en général je préférais celle du campus. Il n'y avait aucune raison pour que je sois là quand B* descendait les escaliers de la bibliothèque. Il n'y avait aucune raison pour que je l'évite.

« Tu me tues ». Sa phrase dans ma tête quand nous faisions l'amour. Nous avons pris un café. Prendre un café. Nous n'avions pas rendez-vous. Nous sommes retournés dans mon appartement, un appartement d'étudiant. Cet appartement était banal, la tapisserie était verte ; sur un des murs une seule peinture : la dame en jaune, qui ne m'a jamais quittée. Le canapé était étroit, mon lit était défait. Le reste suivit comme chaque fois que je rencontrais B*.

Il faudra beaucoup d'années plus tard pour que je me lasse de son corps, pour que mon désir s'échappe et que je m'en étonne. En cette fin de matinée, nous avons repris nos échanges, là où ils s'étaient interrompus six mois plus tôt. Six mois, c'est long, six mois c'est court. Nous n'avions pas rendez-vous mais nos corps s'en souvenaient. Midi, nous avons pris le temps de déjeuner, de reprendre un café. B* repart. Il n'était jamais parti. Il n'est jamais resté.

L'après-midi, j'avais rendez-vous. Cette fois-ci, j'avais rendez-vous. Ou plutôt, A* venait de me téléphoner, il voulait prendre un café avec moi. Bien. Je l'attendais dans mon appartement. Je lui ai parlé de B*. Je n'aurais pas dû. Mais A* m'interrogea, s'interrogea, goûta par procuration à mes amants. Je faisais la pute avec l'homme qui m'aimait et que je fuyais cruellement. Il me quitta pour son travail, de nuit, il était veilleur de nuit pour payer ses études. Ca se fait quand on est fils de prolo. A 19 heures, il me laissa seule dans mon appartement. La nuit tombait. Je sortis. Pub anglais pour commencer la soirée. Je n'avais pas rendez-vous mais dans cet endroit, c'était certain, je retrouverais des autres.

C'est là que je croisai D*, c'était un étudiant étranger avec un accent charmant. Nous avions des amis communs, je savais que je lui plaisais. Nous avons passé la soirée ensemble. La nuit était tombée quand nous avons rejoint le jardin sur la colline qui surplombe la ville. Nous avons admiré le ciel, son manteau d'étoiles, les scintillements de la ville et ses atours. Nous avons marché pieds nus dans les pelouses du jardin public. Nous avons glissé. C'était fatal. Je ne me débattis pas. J'avais rendez-vous avec mon quatrième amant de cette journée particulière.

Qu'est-ce que je peux dire à mon fils dans sa chambre d'hôpital ? Je ne sais pas qui est ton père. Cette année-là, ce jour-là, d'une nuit à l'autre, je ne leur ai pas dit non. Est-ce que cela suffit à vouloir mourir parce qu'on a trop de pères dans les veines ? 

photo : Richard Vantielcke LudImaginary
www.ludimaginary.net

 

Publié par felixmartin à 00:06:31 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) |

Dimanche aux champs | 02 mars 2008

Je n'aime pas les promenades à la campagne. Surtout le dimanche. C'est déprimant. Vous quittez la ville, en suivant une file de voitures dont les passagers, comme vous, se sont donnés pour objectif de respirer l'air pur.

La seule promenade que je supporte, c'est celle qui me conduit au Parc. Les parcs et les jardins publics sont préférables aux champs. Avez-vous déjà fait l'expérience de trouver un lieu sans avoir à rouler des kilomètres ? Un lieu où l'herbe est tendre et verte, les arbres bien plantés ? Un lieu où, à coup sûr, vous ne croiserez pas une barrière en fil de fer qui vous oblige à l'enjamber au risque de déchirer votre costume neuf ?

A la campagne, l'herbe est grise, c'est de la mauvaise herbe, dure, tordue, jonchée de détritus, laissés par d'indésirables prédécesseurs. Et allez chercher des fleurs dans cet amas informe ! Quelques marguerites frêles et poussiéreuses, sorties de là comme par hasard, osant à peine se montrer. Et s'il vous prend l'envie, au mois de mai, de cueillir quelques muguets, à moins de venir très tôt le matin -ce que je ne saurais faire- vous ne trouverez rien. Vous gagnerez en revanche un lumbago à force de vous baisser, si ce n'est une avalanche d'éraflures, de coups de toutes sortes à vous être frotté aux broussailles et aux branches mortes qui encombrent nos forêts.

Quant aux animaux sauvages, ne comptez pas en surprendre, les chasseurs, c'est une évidence, les auront effrayés avant vous. Je ne vous parle pas des familles bruyantes que vous croiserez, ni de l'agacement que vous aurez lorsque, attablé à une auberge, on vous servira des crêpes à peine cuites où l'on vous fera attendre inutilement dans une salle sans goût, sentant le rance ! Il n'y a qu'à la campagne que vous trouverez de tels désagréments, vous ne me ferez pas changer d'avis. L'air des villes me convient et je ne comprends pas cet engouement pour ce retour à la nature. D'ailleurs, j'ai le rhume des foins et le printemps, tout comme l'été je fuis tout ce qui est vert et fleuri.

L'homme est fait pour vivre en société, ce n'es pas moi qui l'ai inventé. Un penseur l'a déjà dit, je ne vous ferais pas l'affront de préciser lequel. D'ailleurs, j'ai oublié son nom.

 

photo : Richard Vantielcke LudImaginary
www.ludimaginary.net

Publié par felixmartin à 01:35:52 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (1) |

Juliette | 11 février 2008


« Ce n'est pas une femme fatale,
mais c'est la vie qui lui a été fatale. »

Sacrifice
A celui de Salomé
Je redoute celui d'Iphigénie

Aux amours de Phèdre
Je console ceux de Juliette

A la trahison de Médée
Je ris à celles de Manon

Rester dans la lumière argentée
De l'astre de la nuit

Evidemment je chéris
Le destin de Nastassia
Et celui d'Eurydice


Et vous quelle femme fatale
Tisse votre imaginaire ?

 

Publié par felixmartin à 22:32:24 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (1) |

clin d'oeil | 12 octobre 2007

- Comment t'appelles-tu, jeune facteur ?
- Je suis Gogol, je transporte les âmes. 

Publié par felixmartin à 20:33:08 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) |

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