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Les ailes du désir | 27 avril 2007

Ce matin, la pluie crachotait.
Au volant de ma berline, j'étais vêtue de noir.
J'écoutais une musique d'ailleurs : un accordéon aux sonorités argentines, une flûte comme celle d'un charmeur de serpent.
Aux bords des chemins, qui me conduisaient au lac, tremblait la robe rouge du coquelicot précoce, quand soudain un oiseau, en plein vol, a heurté mon pare brise.
Ses plumes se sont éparpillées dans le ciel. L'oiseau blessé a repris son envol.

 

Photo : Yves-Marie JACOB

Publié par felixmartin à 09:10:05 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Insensé | 26 avril 2007

Mon amour est si doux que Déméter y retrouverait sa fille.
Mon amour est si puissant qu'Arthur y a forgé son épée.
Mon amour est si éclatant que Joe Star y accroche son sourire.
Mon amour est si violent que le Krakatoa y fume encore.
Mon amour est si profond que le philosophe a perdu la raison.
Mon amour est si éternel que Dieu y a cloné plusieurs fois son fils.
Mon amour est si timbré que tes pas y résonnent.  

Publié par felixmartin à 20:42:21 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

MAGIE NOIRE | 24 avril 2007

Il a touché les arbres, leurs feuilles se sont desséchées.
Il a marché sur le gravier, le sang a coulé à flot.
Il a touché mon genou, je suis boiteuse à présent.

Publié par felixmartin à 21:31:25 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Gévaudan | 23 avril 2007

Je déteste l'année 1764. C'est cette année-là que la bête m'a dévorée. Son petit a mâché ma main gauche juste avant que la bête ne tranchât ma tête. Mes métamorphoses pouvaient commencer.

Au village, on m'appelait la Jeanne. Je fus enterrée sans sacrements, puisque je n'étais pas allée à confesse avant mon supplice. Je suis morte deux fois, une fois par la bête, une fois par les hommes.

La bête recommença. Pendant trois années, elle s'abattit sur le pays de Gévaudan, au nom désormais macabre. Aucun chasseur ne parvenait à traquer la bête solitaire. La nouvelle parvint jusqu'au roi, de ce siècle des lumières. Sa cour s'épuisait dans les liaisons dangereuses du libertinage. Il ne tolérait pas qu'une bête noire ramenât le peuple à des siècles obscurs. Rien ne devait briser son autorité sur tout son territoire. Ne venait-il pas de chasser les Jésuites de France ? Le roi fit envoyer ses meilleurs Dragons dans les landes du Gévaudan. Aucune balle ne semblait atteindre la bête. Après chaque battue, alors que les chasseurs à plusieurs reprises l'atteignaient, on la voyait s'enfuir plus loin dans les bois. Haro ! Haro ! La bête surgissait si rapide qu'on la voyait aux mêmes heures dans des villages éloignés de plusieurs lieux. En plein jour, elle pistait l'odeur des femmes et des jeunes gens.

Un matin de printemps, on ne sait comment, le Beauterne parvint à capturer un loup monstrueux qu'on envoya à Paris. Chacun croyait que la bête avait succombé et chacun reprit ses activités. Quelques mois passèrent. Les carnages reprirent, plongeant de nouveau les paysans dans la terreur. Les battues recommencèrent d'hiver en hiver. Les tempêtes de neige empêchaient les chasseurs de la poursuivre. Dans les tourbières, elle réussissait à se cacher près de son petit endormi. Jusqu'au jour où le Jean Chastel, le sorcier à la balle bénite, parvint à tuer la bête dans les monts de Margeride, un joli nom pour un endroit de malheur. La légende pouvait commencer.

On n'a pas retrouvé son petit.

Promeneur, si parfois tu viens sur ces plateaux, tu apercevras, dans les nuits de lune, ma silhouette de jeune fille. Je me promène encore dans les landes à bruyères. Je me nourris de myrtilles qui poussent sous les pins. Pour dormir, je me protège sous les blocs de granit. J'écoute le chant des hêtres et le bellement des moutons. J'ai nourri le petit de la bête avec mon lait et mon corps s'est réchauffé à sa fourrure. Le petit a grandi. Il m'a apprivoisée. Il est devenu mon compagnon. Je suis devenue sa bête.



Photo : Yves-Marie JACOB


Publié par felixmartin à 22:55:23 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Le temps du rêve | 22 avril 2007

Au premier jour de la création je suis juive,
Le souffle de ta vie plane sur mes eaux vives.
Musulmane, je prie cinquante fois par jour
Pour être transportée dans tes profonds parcours.

J'entends tes pas résonner dans les autres mondes
Tu me reviens, l'ivresse de toi m'inonde.
Je trempe mes doigts mouillés dans tes signes.
Je reconnais ta silhouette longiligne.

Chrétien, ton éternel retour est condamné.
Tu t'inscris dans l'interdit des amours sacrées.
Le temps du rêve bat à l'envers dans mes veines.
Tu me possèdes, je renais aborigène.

Publié par felixmartin à 17:59:26 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

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