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Alpha et oméga | 15 avril 2007

Il a suffi d'un jour sans mot,
sans trace,
sans empreinte,
pour que les ténèbres s'abattent.

Ton souffle revenu a suffi
pour que l'ombre s'éloigne,
pour que la lumière revienne.
 

Publié par felixmartin à 22:31:49 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

ne me demande pas | 15 avril 2007



Demande-moi d'être Orphée
Je prends ta main
Et sans me retourner
J'avance dans nos nuits.

Quand tu es Ariane à Naxos
Que ta ceinture est défaite
Je te rejoins avec mes panthères
Pour m'enivrer dans tes couches.

Mais ne me demande pas d'être Thétis
Et retirer de ton talon léger
La flèche fatale.

Dans la clairière de la trahison
Lorsque tu dormais
J'ai déposé entre nous l'épée d'Arthur, 
Pour ne pas toucher ta lance aigüe.

Dans ta bouche amère
Je goûte le philtre d'Yseult
Et m'empoisonne
Pour te rejoindre dans tes chimères.

Mais ne me demande pas
De baiser tes lèvres froides
dans le tombeau de Vérone.

Je veux bien être Manon
Et te trahir chaque nuit
Si dans nos jours tu me rejoins
Pour respirer nos corps aimants.

Je te laisse boire le sang
De mon cou meurtri
Et s'il le faut je me damne
Pour gagner l'éternité avec toi.

Mais ne me demande pas
De quitter mon enfant
Ou je glisserais sous la roue du destin.

Entre les pommiers en fleurs
Je devine ta bouche
Et je creuse ma côte mâle
pour sculpter tes hanches.

Dans mes voiles maudits
J'enroule ta tête et je la tranche
Si je peux goûter
A tes pensées rebelles.

Mais ne me demande pas
D'être Marie
Et porter dans mes bras ton sacrifice.


Photo : Yves-Marie JACOB -  La Ballade d'Holga

Publié par felixmartin à 19:23:14 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Délivrance | 04 avril 2007

J'ai plongé la main puis le bras, 
Mon corps tout entier a basculé
J'ai glissé contre les parois lisses
J'ai cherché bien au fond
Jusqu'à ce que je le sente
Jusqu'à ce que je l'agrippe
Jusqu'à ce que je l'arrache.

L'humanité retient son souffle
L'humanité suspend ses batailles
Depuis l'éternité l'humanité attend.

Je l'extirpe de ses souterrains  
Je le brandis en trophée
Je le fais naître au jour
Le voici sorti du néant.
Au premier jour du printemps
J'ai libéré
l'espoir affamé
Dedans la boîte de Pandora.

Publié par felixmartin à 21:50:27 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Supplique à Achille | 03 avril 2007

Version 1

J'aurais voulu être Patrocle.
Je ne suis que Penthésilée
D'aussi loin tu étreins
Mon cœur qui s'affole 
J'ai un souffle au cœur
A force de ton étreinte au loin
Viens jusqu'à ma couche
Etreindre mon corps
Redonner du sang à mon âme 

Version 2

O mon dieu, laissez-le moi encore un peu, mon amoureux
Ce n'est pas la mort qui l'emporte
C'est son ennui qui m'oublie 

Je reste là étendue sous les remparts de sa vie
Dans la poussière de ses jours
J'aurais voulu être Patrocle
Je ne suis qu'Hector 

O mon dieu laissez-le moi encore un peu mon amoureux
Je m'accroche à son talon léger
Et je me traîne derrière lui sous les remparts à Troie.

Publié par felixmartin à 19:08:29 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Lettre insensée | 22 mars 2007

J'ai refermé ton livre et le dernier mot écrit dessinait l'intervalle entre nous. Ce livre fini s'achève avec nos nuits uniques. Tu parlais d'Absence, de Vide, de Voyage. J'aurais pu écrire les mêmes mots, ailleurs. Mais auraient-ils eu le même sens ? C'est bien là le piège : sens. Quel mot étrange qui signifie tout à la fois sensation -ce qui vient du dedans- et direction -ce qui va là-bas, perdu.

Ce soir, combien je regrette que mes sens aient brouillé à ce point la réalité, qu'ils m'aient plongée dans la ville, sous la lune rousse de l'été, pour t'amener à moi. Tous ces chaos dans nos têtes, entre nous, pour une erreur de sens. D'ailleurs, que signifient : Absence, Vide, Voyage ? Ce sont des tourments inventés qui nous attachent à la vie et à ses faux-semblants. La nuit quand je marche dans les rues, est-ce le désir ou la perte de sens qui m'envahit ? M'endormir en évitant les sensations, rester immobile au bord du lit et, n'attendre rien. Les mots nous encombrent comme un mal puissant. Erreur de sens.

Qu'espérait-elle en mordant le fruit ? Je voudrais être un dieu courbé au-dessus de la Terre, surveillant les allées et venues des sentiments, les surveillant de très loin, de très haut à la façon d'un savant penché au-dessus de la cage en verre des rats blancs.

Bête à expérience. Si seulement je pouvais me contenter d'une cabane isolée au bord d'une plage. Passer mes jours à respirer à plein sens.

Publié par felixmartin à 22:57:13 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

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