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Hors du temps | 16 mai 2007

 

La vague de sa robe noire, dans la nuit immobile, danse sur ses genoux. Je l'invite à me suivre dans le bar. Elle acquiesce, avec cette indifférence absolue que je prends pour de l'insolence et qui est sa parure, sa force unique. Derrière le masque, pas de masque. Elle choisit d'être là et n'exprime rien parce qu'elle n'a pas à dire pourquoi, ni comment elle est avec moi. Si choisir signifie encore quelque chose, aujourd'hui, elle a choisi d'entrer dans ce bar avec moi.

Dans le bar, d'autres clients sont assis, spontanés et insolents, comme tous les gens qui fréquentent ce côté-ci de la rive. Elle les connaît, elle leur ressemble. Et pourtant elle est d'ailleurs. Nous ne parlons pas. Nous regardons autour de nous. Curieux des autres plus que de nous. Soudain, elle se met à parler très bas et longuement. Elle me raconte mon histoire, notre histoire. Avec les mots que j'attendais. Sans complaisance, elle décrit tous les temps de notre histoire, lentement. Bien avant moi, elle en avait déroulé le sens caché.

Un homme est entré qui la connaît. Il s'approche de notre table et s'assoit sans se présenter. Elle me sourit étrangement, un sourire qui signifie que tout est dit, que, s'il n'y a pas d'espoir, il n'y pas non plus à en souffrir. Elle fait signe à l'homme et ils repartent ensemble. Je ne sais pas où l'homme l'entraîne, s'il est son amant, s'il lui a donné rendez-vous là. Elle part avec lui, avec le vague de sa robe qui bat ses genoux.

Album : Y.M. Jacob, Festival du Nu Arles 2007

Publié par felixmartin à 23:40:27 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

La belle dame en jaune | 13 mai 2007

Tu veux entendre l'histoire de la dame en jaune ?
Passe moi le gin et écoute bien mon frère négrot
pourquoi ce soir j'ai besoin
De ta longue matraque

Au pied du plus grand saule,
Assise sur un banc du parc central,
Elle a mis le feu à mes désirs
La douloureuse dame en robe jaune
Je l'entraîne pour un petit moment
Juste pour un petit moment
Dans le fourré épais
Sur l'herbe bleue de nos roulades
Je la grimpe, je la grimpe
Ma belle dame en robe jaune.
Je l'ai déflorée dans l'étroit passage de Khyber
Sa robe jaune s'est déformée
ca me rappelle ta matraque
mon frère négrot.

Chaque soir des étés depuis toujours
Dans les demi-lueurs des vêprées
Elle attend la lune en lumière
Je pose ma main sur son épaule
Elle frissonne et me sourit
Je l'emmène pour un petit moment
Dans le jardin des délices
Pas besoin de paroles, pas besoin d'acide,
Je la balance bien chaudement contre mon ventre
Je la déflore tendrement dans les fourrés
Ma douloureuse dame en robe jaune.

C'était hier, je viens en courant
La vie du dehors m'a retenu trop longtemps
Je l'aime encore en robe jaune
Assise sur le banc du parc central
Sa tête penche au-dessus du lac assoupi
Que regarde-t-elle dans les claires eaux
Je m'assois près d'elle, ma main sur son épaule
Là en plein cœur la robe jaune a rougi
Défigurée par des hommes traînants
Qui n'aiment pas les hommes déguisés en fleurs,
Ma belle dame si vite fanée s'en est allée.

Depuis, son souvenir orne mes nuits de brume
Et sous le grand saule qui pleure dans l'eau
J'attends les hommes en noir
Pour leur régler leurs mauvais comptes.
Après quand je les aurai émasculés
Je partirais sur l'île la rejoindre
Ma petite femme en robe jaune
Avec sa matraque comme une fleur
Entre ses cuisses.
C'est pour ça mon frère négrot
si ce soir j'ai besoin de ta matraque.

Publié par felixmartin à 21:59:37 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Sillons | 11 mai 2007

Le livre de l'intranquillité s'essouffle,
Depuis que tes rivages de travers me sillonnent.
Les devenirs chauds renouent les fils de ma mémoire.
Je peux m'endormir.

Publié par felixmartin à 23:44:59 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Fin de partie | 11 mai 2007

Nature
Je serais une plante verte carnivore,
Tu glisserais dans mon délicieux calice.

Poison
Je fermerais mes crocs sur tes peaux épuisées
Ton complet abandon est mon parfait plaisir.

Fin de partie
Je ne saurais combler toutes tes tentations
Abandonne-moi aux limites de nos vies.

Publié par felixmartin à 08:00:05 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Voie lactée | 06 mai 2007

Souviens-toi,
Par tes milliers de points d'étoiles,
Je m'accroche à ta voie lactée. 
Dans ton ciel infini, je déroule la traîne
De tes cruelles expériences.
Je t'enlace pour éloigner
Les rapaces qui t'incomprennent
et assiègent ta peau.
Ils n'auront pas ton âme.

Souviens-toi,
Dans les vieux temps,
Ils ont démembré Orphée.
Si je me retourne, Eurydice,
Ferme les yeux,
Que je ne te perde pas
Dans les couloirs du monde d'en bas.
Sois mon ombre vivante,
Accroche-toi à mes pas.

Publié par felixmartin à 16:53:07 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

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