
T'écrire une lettre muette, http ça commence toujours ainsi non ? Avec des barres et sans accent. Pour errer sur la toile quoi de mieux qu'une lettre muette qui oublie les pans entiers du blanc de la nuit. La 4G ne remplace pas la 3D du réel. Point de réel sans l'imaginaire fécond. Source de sensation et d'émoi qui puise dans les énergies obscures des cieux immaculés. Noces tragiques quand la trique écoule sa nostalgie.
Publié par felixmartin à 22:27:37 dans Nuits blanches | Commentaires (0) | Permaliens

Evohé, évohé
Pauvre roi sans royaume
Qu’est-ce que tu fous
Sur la colline dans minuit qui s’annonce
Regarde les bosquets bougent
Agavé va surgir sous ses voiles
Qui cachent ses métamorphoses
Ah non elle court nue splendide sous la lune
Elle a bu tous les vins de son amant divin
La voilà avec son regard vert qui dégouline
Pauvre roi, Agavé ne te connaît pas
Elle va te démembrer,
Tu le sais ça
Tu n’as pas écouté les présages
Sens l’odeur âcre des marécages
C’est là qu’elle jettera tes membres dépecés
C’est toi qu’elle va sacrifier
A son dieu sans barbe
Le bromios, buveur et noceur
Tu n’as aucune chance
De lui échapper
Tu la croyais captive
Délirante
C’est elle qui te tient
Dans ses mains
Voilà qu’elle te dépèce
Avec celles de son espèce
‘Tu me tues ma ménade
C’est toi qui l’as voulu’
Le plus beau des fils de l’homme
Pourrait-il te ressusciter
Pour quelle nouvelle naissance
N’as-tu pas assez vécu ?
Tu manques de foi
Pauvre roi.
Publié par felixmartin à 18:53:28 dans Nuits blanches | Commentaires (0) | Permaliens
Il n'y avait qu'une chose à faire et ce matin-là Isabelle avait choisi de faire tout le contraire. Cela avait même commencé la veille ou plus exactement depuis qu'elle connaissait Alain, son nouvel amant. Elle avait l'impression de vivre dans un film de Woody Allen, non seulement parce qu'Alain ressemblait physiquement à Woody Allen mais aussi parce qu'il agissait et parlait comme Woody Allen. Enfin comme l'acteur dans ses propres films.
Comment Isabelle avait-elle pu devenir la maîtresse de cet homme-là ? Il venait chez elle avec son oreiller serré sous son bras. Il lui était impossible de dormir sans son oreiller, toujours le même, comme le ferait un enfant.
L'autre question qu'elle se posait : pourquoi, alors qu'il était marié, qu'il avait une autre maîtresse, disons officielle, Alain lui interdisait-il, à elle, d'avoir d'autres amants ?
A la première question, Isabelle savait qu'elle avait craqué -comme on dit- parce qu'elle vivait seule depuis deux mois. C'était la première fois qu'elle se retrouvait seule, dans un appartement à elle. Donc elle avait choisi Alain parce qu'il avait déjà sa vie affective et qu'il lui laisserait vivre sa vie à elle.
A la deuxième question, Alain avait une réponse imparable : « Tu n'as pas le droit de me faire ça, je suis abandonnique, tu n'as pas le droit. »
Malgré l'interdiction, elle s'était laissé séduire par un jeune Islandais, prénommé Arni, qui était étudiant comme elle à la fac d'histoire. Isabelle trouvait Arni très craquant, à l'opposé d'Alain. Quand Arni lui fit des avances -vous savez le genre de phrases murmurées qui font frémir les femmes- , elle oublia Alain -si elle –avait jamais pensé réellement à lui- et ouvrit tout grand la chambre de son appartement pour accueillir avec gourmandise celui qui devint son deuxième amant.
Le lendemain de cette escapade nocturne, lorsque Alain frappa à sa porte et commença à lui redire à quel point il était abandonnique, elle lui souriait, non pas parce qu'elle se moquait de lui, mais parce qu'elle était encore pleinement envahie de sa nuit passée. De toute façon, elle était pressée, elle devait à quatorze heures passer son examen de civilisation indienne.
"Alain, nous reparlerons de ça plus tard, je dois partir."
Mais Alain avait fermé la porte, bien décidé à la retenir jusqu'à ce qu'elle s'abandonne à lui ! Isabelle avait beau le supplier, il refusait d'ouvrir et avait glissé la clé dans son veston. Les heures passaient et il la séquestrait tout bonnement.
Il ne lui laissait pas le choix. Elle n'avait qu'une chose à faire : coucher avec lui pour tenter de l'amadouer et récupérer la clé ? Elle préféra l'assommer avec la statuette d'un Bouddha en bronze.
Alain respirait doucement, étendu sur la moquette du salon, endormi comme un enfant. Elle prit soin de glisser sous sa tête l'oreiller. Toujours avec le sourire, elle plongea la main dans son veston, récupéra la clé de son appartement, prit ses affaires et sortit rapidement. Sur le palier, la lumière se fit dans la cage d'escalier. Elle respira un grand coup. Bouddha l'avait sauvée. Elle passerait son écrit de civilisation indienne.
Tout en descendant quatre à quatre les escaliers, elle se demandait quand elle reverrait Alain. Ses bavardages lui manqueraient s'il devait l'abandonner tout à fait. Arni ? Ah oui Arni. Elle aimait aussi les sagas islandaises. Elle y penserait.
"Demain, j'y penserai."
Publié par felixmartin à 18:24:28 dans Nuits blanches | Commentaires (0) | Permaliens

Publié par felixmartin à 13:35:57 dans Nuits blanches | Commentaires (0) | Permaliens
Les livres aux mots noirs
sont tombés épars
Ce matin une main vaudou
a empoigné ma poitrine
et mon coeur s'arrache
Les livres aux mots de plomb
ont délivré leurs paroles brûlantes
Un esprit sorti de l'enfer
a soufflé à ma bouche
et mes poumons s'effondrent
Les livres aux mots incohérents
ont lancé leurs flèches vénéneuses
Un éros fatigué des jours
a pétri ma peau flétrie
et je m'efface à ton souvenir tenace.
Publié par felixmartin à 16:58:39 dans Nuits blanches | Commentaires (0) | Permaliens
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