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Absence | 15 mai 2007

Dans la chambre de velours, le miroir silencieux réchauffe les jours et les nuits. Son ovale découpé dans le cuivre et son pied au feuillage baroque l'ornent comme les vêtements épousent le corps d'une femme. Sa surface lisse et froide s'embrume de tous les rêves qu'il a reflétés. Je recherche avec lui ces lieux bruissants où la vie ressemble à l'abeille bourdonnante de l'été, qui s'approche de la table encore garnie, quand s'endort, pour l'heure de la sieste, le père alourdi dans le fauteuil de toile, quand les enfants grattent l'allée de sable et quand la mère, lointaine et douce, balance son âme avec le vent adultère. Le miroir s'évade en milliers de souvenirs connus ou imaginés, jusqu'à ces amants impudiques dans la glace de l'armoire à linge quand les enfants s'endorment dans la nursery. Je goûte au reflet unique enfin du visage qui répond à mes sourires, ce visage, consentant et jamais farouche, qui est le mien. Je connais trop bien ses histoires et je me détourne guettant dans la rue l'inconnu qui a d'autres rêves. L'absence est l'unique bien.

Quelquefois, j'agite le bras au passage d'inconnus qui ne me reconnaissent pas. Le signe de l'humanité, incongru à cet instant, fait se détourner la tête des passants. La folie des autres gêne.

Je vagabonde sans chanson, sans mépris, sans rire non plus. Je n'ai pas l'âme légère ou boursouflée des mendiants heureux. J'ai la démarche tremblante et grave de la fraternité asservie à ses doutes cruels, à ses manques insatiables que je tente de combler dans le reflet, le reflet seulement, du regard des autres passants, dans les vitrines et les flaques. L'immensité de leur vie avec ses besoins, ses désirs, ses amours et ses soifs. Je bois et pourtant je suis assoiffée. Les sources se détournent. Sur la place, Saint Jean baptise le Christ et leur nudité en marbre plaît à mes délires. Un mirage est né du jeune homme nonchalant qui me suit un instant. Quand je me retourne, il a disparu ou il passe son bras à l'épaule d'une femme dans le soleil. Un rayon de pluie m'habite et je ne trouve aucun abri. Un vieillard courbé me veut du bien mais son désir funeste sent déjà la mort. A-t-il compris que j'étais mort-vivant ? Je ne sens plus les corpuscules du soleil qui tombent sur les ardoises rouges et ruissellent en marée sur les jambes nues des passantes. Je ne sais plus les titres noirs dans les librairies, ni les photos brouillées sur les pages des journaux qui racontent les pages d'ailleurs. Je n'ai plus en tête les croyances puissantes qui accompagnent les hommes, dieu, la connaissance, l'amour. La réalité n'est même plus une compagne aux arrondis banals. La divinité néfaste, qui marche à mes côtés, se plaît avidement à absorber tous les contours, tous les espaces de vérité, de liaison entre moi et le monde, la foule et lui.

 

Publié par felixmartin à 22:20:47 dans Poésies lointaines | Commentaires (1) |

Sanglots des violons | 09 mai 2007

Pour horizon, le violon qui échange d'étranges sanglots avec l'âme humaine. L'espace transparent frissonne quand le violon imprime ses frottements délicieux. Divin accord entre le violon et l'âme du monde. L'homme regarde, les yeux baissés, voyeur pudique mais insatiable, les lueurs qui trahissent les paroles de l'éternel. Le luthier sculpte, pour les siècles, la forme dans le bois qui donnera la note inépuisable. L'oreille humaine, coquillage attentif, écoute les murmures du violon. Entendre, les yeux baissés, cette musique-là, monter jusqu'à la voûte veloutée des nuages, et tressaillir comme la jeune épousée.

Publié par felixmartin à 22:40:17 dans Poésies lointaines | Commentaires (0) |

Morceaux choisis | 06 mai 2007

Je découvre l'homme.
Je mange sa chair, je bois son sang.

Je me délecte de sa dévoration.
Je mâche ses phrases, je mords ses mots.

Je tords ses consonnes, je broie ses voyelles.
Je me défais de l'homme.

J'avance retenant dans mes bras sa verticalité.
Je le saigne à blanc, je l'offre à l'envie du monde.
 

Publié par felixmartin à 22:15:08 dans Poésies lointaines | Commentaires (0) |

Je n'aurai pas le temps | 05 mai 2007

Le martèlement dans les zones
Rouges sang
Et les murmures se crient
En longues griffures sur les chairs nues

La guêpe de la nuit
En habit de noces
Promène son abdomen sur le grain
De la peau endormie.

Je n'aurai pas le temps.

L'obsession, citron de l'âme,
Sur la voie lactée des corps,
Répète sa litanie
Sans que jamais l'oubli n'apaise les désirs.

Je n'aurai pas le temps.

Publié par felixmartin à 08:54:21 dans Poésies lointaines | Commentaires (0) |

Un chagrin intense | 04 mai 2007

Un chagrin intense et infini
Que rien ne peut éteindre
Que personne ne peut étreindre

Un chagrin d'enfant
Dans les rues de plein vent
Avec une chanson au bout des lèvres
Pour noyer les larmes.

Cette souffrance qu'on ne sait pas dire
Cette souffrance qui isole
En bulles légères dans le cœur
Ou nouées dans la gorge.

Il y aurait peut-être
Le balancement dans le vent
Jusqu'au ciel
Pour oublier la douleur
Et retrouver le plaisir.

Entendre le rire d'un enfant
Monter si haut
Qu'il frappe à la douleur.

Publié par felixmartin à 21:21:42 dans Poésies lointaines | Commentaires (0) |

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