•   barque à deux voiles lac léman

    Zagrès (attaché à la proue d'un navire) - Demain je retrouverai l'Ile sans avoir accompli ma quête. J'ai traversé les mers, les déserts, les montagnes, je me suis égaré, j'ai voyagé vers des rivages lointains, je me suis éloigné pour me trouver moi-même. Mais aujourd'hui encore, je ne connais ni le nom, ni le visage de celui qui m'a conçu. Je pourrais repartir pour connaître d'autres continents inconnus, je pourrais parcourir les terres jusqu'au bout du monde, je pourrais plonger mon regard dans l'océan apaisé. Mais aucun vent du désert ne me soufflera le nom de mon père.
    Yann - Eh bien, Zagrès, pauvre roi du monde attaché à la proue de mon navire, comment te sens-tu parmi nous ?
    Zagrès - Je me sentirais mieux si tu me détachais de ton navire. Je suis un jeune homme sans fortune, qu'espères-tu de moi ?
    Yann - Tu as voyagé très loin, tu retournes sur l'Ile. Tu n'es certainement pas un homme ordinaire. Je vais demander une rançon au peuple de ton Ile et si personne ne te connaît là-bas, je te vendrais dans un des ports de l'Empire. En bon serviteur de l'Empire que je suis.
    Zagrès - Serviteur ou pirate ?
    Yann - Soit, Yann le pirate, ça sonne bien.
    Zagrès - Tu as un drôle d'accent.
    Yann - Je viens du grand Nord. J'en ai eu assez des brumes des mers froides, j'ai voulu connaître les îles merveilleuses de la mer d'entre les terres. Quand on a connu les déferlantes du Nord, cette mer n'est qu'une plaine liquide. Ce soir, les chansons de mes matelots étaient remplies de craintes, ils se plaignent de l'absence du vent. « Nulle brise n'agite nos voiles. L'étranger n'a pas sacrifié aux dieux » scandent-ils. Ils attendent le clapotis régulier des vagues mais sous l'indifférence de la lune, la mer respire, paisible, comme l'enfant qui dort.
    Zagrès - Pourquoi n'accostes-tu pas sur l'île de Nysa, elle est toute proche.
    Yann - Nysa ? L'île-au-loin ? J'ai un contentieux avec le roi de Nysa. Il y a quelques années, je lui ai livré un magnifique taureau blanc aux longues cornes. Ce vieil orgueilleux frémissait à l'idée de détenir une aussi splendide bête digne d'être chevauché par Océan. J'ai oublié de lui dire qu'en fait il s'agissait d'un auroch sauvage. La bête a fait pas mal de ravages dans les troupeaux du roi, qui s'est résigné à parquer l'animal dans un enclos très spécial. Depuis j'évite d'approcher les côtes de Nysa. Je n'ai pas envie de me retrouver dans cette arène pour combattre ce taureau sauvage au prix de ma vie. Je tiens à ma vie.
    Les trois filles perdues - Eh bien, étranger, tu espères les sirènes pour rester attaché à la proue ? Ecoute plutôt nos chants qui ne t'enverront pas dans le pays de l'oubli. Ils te conduiront sans peine au troisième ciel et si tu aspires au bonheur suprême, à la volupté infinie, nous t'offrons le septième ciel.
    Yann - Quelles prétentieuses, pourquoi pas au huitième ciel ?
    Les trois filles perdues (Apercevant Yann) - Yann, comment oses-tu enchaîner ce beau jeune homme aux cheveux débordants ?
    Yann - Je le détachais, regardez ! (Il coupe les liens avec son épée courte.) Les filles perdues, ne soyez pas trop entreprenantes avec lui, ce n'est qu'un enfant après tout.
    Les trois filles perdues - Oublies-tu Yann qu'à quinze ans tu nous avais déjà prises dans ton équipage ? Tu nous avais déjà prises, Yann ! Déjà prises !
    Zagrès - Pourquoi les appelles-tu filles perdues ? Vous êtes vraiment perdues ?
    Les trois filles perdues - Toi, tu es vraiment charmant ! Quels pays as-tu traversés ?
    Zagrès - J'ai parcouru les ruelles de Babylone aux briques géantes. J'ai remonté le fleuve impassible et croisé les vaches dociles. J'ai grimpé les vallées perdues jusqu'aux monts sacrés du toit du monde. Je suis allé aux extrémités de la terre.
    Les trois filles perdues - Donc tu as forcément croisé des filles perdues, celles qu'on rencontre chez les cabaretières ou autour des temples de la grande mère.
    Zagrès - Comment vous appelez-vous ?
    Les trois filles perdues - Tina ! Kate ! Patti ! Sous le pommier, nous te ferons découvrir l'amour et le secret féminin. Zagrès au cœur battant, nous deviendrons tes promises puisque tel est le désir de ton regard. Nos chairs porteront tes cicatrices. Quand tu seras libre, penses-y, viens chevaucher avec nous la brise d'acier.
    Yann - Ne les écoute pas, elles sont insensées.
    Les trois filles perdues - Si tu es prêt, nous volerons vers toi, nous dévalerons les montagnes d'eau et de roches pour te rejoindre, beau Zagrès. Si tu cherches la vérité, nous serons ton délire ! Notre mauvaise réputation effraie les bien-pensants. Sois le guide de nos cris, nos déhanchements et nos folies ! Tu seras notre joueur de flûte, toi le prisonnier. Sois le diamant fou qui bat à notre gorge ! 
    Zagrès - D'où venez-vous ?
    Les filles perdues parlant toutes les trois en même temps 
    La première - De l'Est !
    La deuxième - Du Nord !
    La troisième - Du Sud !
    Yann - Ne les écoute pas, elles sont insensées. Elles sont possédées par la discorde. Elles n'ont plus de mémoire, que des bribes, et chacune invente, se tisse des souvenirs.
    L'une des trois filles perdues - Baubô, notre mère nous a souvent raconté que nos ancêtres venaient des terres du sud. Il y a si longtemps qu'elle est la seule de son peuple à s'en souvenir.
    La deuxième fille - Puis notre peuple s'est installé sur les rives de la Mer de Kara. De là, il a remonté le grand fleuve Douna, jusqu'aux brumes du Nord.
    La troisième fille - Nous habitions dans les Monts-Noirs, à l'orée de la forêt sombre des terres hautes. Dans la cave de notre taverne coulait la source de la Douna. C'est ce que nous racontait Baubô mais peu après notre naissance, la source a disparu. Notre mère nous élevait seule depuis la mort de notre père. Pour survivre elle est devenue cabaretière. Le premier soir que Yann est entré chez nous, elle l'a accusé d'avoir chapardé des pains de seigle. Notre vieille sorcière de mère le soupçonnait de tous les maux.
    Yann - Cela ne s'est pas passé ainsi. Votre mère soupirait : «Yann, tu es trop jeune pour Baubô, prends ses filles. Mais si tu les enlèves à Baubô, que va devenir Baubô ? Baubô va perdre son commerce ! Il n'y a pas meilleures danseuses que ces trois belles. Leurs danses font tomber la pluie, leurs danses conduisent les guerriers, leurs danses plaisent aux dieux mais surtout leurs danses transportent dans le grand voyage. Yann, Baubô te les laisse pour un baiser et quelques pièces d'or. » C'est ainsi que vous avez quitté le grand Nord avec moi dans ma coque. Je n'ai pas eu le cœur à vous vendre dans un port d'Orient. Et qui aurait voulu de trois filles sales et sans manière, aux cheveux roux et coupés comme des épis, qui auraient voulu de mes trois filles perdues !
    La première fille - Nous sommes des petites mères pour toi, tu ne peux pas te séparer de nous et nos chants te ravissent, vieux pirate.
    La deuxième fille - Nos chansons sont pleines d'obscénités, horribles et sales. « Mais qu'est-ce donc ? » s'exclament les bien-pensants. Dans les forêts du Nord, les Lugi s'accroupissaient en guerriers pensifs pour entendre nos chants.
    Yann - Ne les écoute pas, elles sont insensées. Elles cachent leurs visages par des tatouages mais leurs corps sont beaux et voluptueux. Crois-moi, pour des pirates elles sont attirantes. Je les accompagne parfois avec ma lyre mais ma musique ne parvient pas à les rejoindre dans leur exaltation. Pour les atteindre, je suis obligé d'employer d'autres tours. Je te les cèderai volontiers quand tu seras libre.
    La troisième fille - Yann, regarde ! les dauphins reviennent.
    Yann - Je n'aime pas voir les bandes de dauphins bondissant dans la mer autour de mon navire. Cela n'annonce jamais rien de bon. Matelots, tenez-vous en éveil.


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  •   barque à deux voiles lac léman

    Zagrès (attaché à la proue d'un navire) - Demain je retrouverai l'Ile sans avoir accompli ma quête. J'ai traversé les mers, les déserts, les montagnes, je me suis égaré, j'ai voyagé vers des rivages lointains, je me suis éloigné pour me trouver moi-même. Mais aujourd'hui encore, je ne connais ni le nom, ni le visage de celui qui m'a conçu. Je pourrais repartir pour connaître d'autres continents inconnus, je pourrais parcourir les terres jusqu'au bout du monde, je pourrais plonger mon regard dans l'océan apaisé. Mais aucun vent du désert ne me soufflera le nom de mon père.
    Yann - Eh bien, Zagrès, pauvre roi du monde attaché à la proue de mon navire, comment te sens-tu parmi nous ?
    Zagrès - Je me sentirais mieux si tu me détachais de ton navire. Je suis un jeune homme sans fortune, qu'espères-tu de moi ?
    Yann - Tu as voyagé très loin, tu retournes sur l'Ile. Tu n'es certainement pas un homme ordinaire. Je vais demander une rançon au peuple de ton Ile et si personne ne te connaît là-bas, je te vendrais dans un des ports de l'Empire. En bon serviteur de l'Empire que je suis.
    Zagrès - Serviteur ou pirate ?
    Yann - Soit, Yann le pirate, ça sonne bien.
    Zagrès - Tu as un drôle d'accent.
    Yann - Je viens du grand Nord. J'en ai eu assez des brumes des mers froides, j'ai voulu connaître les îles merveilleuses de la mer d'entre les terres. Quand on a connu les déferlantes du Nord, cette mer n'est qu'une plaine liquide. Ce soir, les chansons de mes matelots étaient remplies de craintes, ils se plaignent de l'absence du vent. « Nulle brise n'agite nos voiles. L'étranger n'a pas sacrifié aux dieux » scandent-ils. Ils attendent le clapotis régulier des vagues mais sous l'indifférence de la lune, la mer respire, paisible, comme l'enfant qui dort.
    Zagrès - Pourquoi n'accostes-tu pas sur l'île de Nysa, elle est toute proche.
    Yann - Nysa ? L'île-au-loin ? J'ai un contentieux avec le roi de Nysa. Il y a quelques années, je lui ai livré un magnifique taureau blanc aux longues cornes. Ce vieil orgueilleux frémissait à l'idée de détenir une aussi splendide bête digne d'être chevauché par Océan. J'ai oublié de lui dire qu'en fait il s'agissait d'un auroch sauvage. La bête a fait pas mal de ravages dans les troupeaux du roi, qui s'est résigné à parquer l'animal dans un enclos très spécial. Depuis j'évite d'approcher les côtes de Nysa. Je n'ai pas envie de me retrouver dans cette arène pour combattre ce taureau sauvage au prix de ma vie. Je tiens à ma vie.
    Les trois filles perdues - Eh bien, étranger, tu espères les sirènes pour rester attaché à la proue ? Ecoute plutôt nos chants qui ne t'enverront pas dans le pays de l'oubli. Ils te conduiront sans peine au troisième ciel et si tu aspires au bonheur suprême, à la volupté infinie, nous t'offrons le septième ciel.
    Yann - Quelles prétentieuses, pourquoi pas au huitième ciel ?
    Les trois filles perdues (Apercevant Yann) - Yann, comment oses-tu enchaîner ce beau jeune homme aux cheveux débordants ?
    Yann - Je le détachais, regardez ! (Il coupe les liens avec son épée courte.) Les filles perdues, ne soyez pas trop entreprenantes avec lui, ce n'est qu'un enfant après tout.
    Les trois filles perdues - Oublies-tu Yann qu'à quinze ans tu nous avais déjà prises dans ton équipage ? Tu nous avais déjà prises, Yann ! Déjà prises !
    Zagrès - Pourquoi les appelles-tu filles perdues ? Vous êtes vraiment perdues ?
    Les trois filles perdues - Toi, tu es vraiment charmant ! Quels pays as-tu traversés ?
    Zagrès - J'ai parcouru les ruelles de Babylone aux briques géantes. J'ai remonté le fleuve impassible et croisé les vaches dociles. J'ai grimpé les vallées perdues jusqu'aux monts sacrés du toit du monde. Je suis allé aux extrémités de la terre.
    Les trois filles perdues - Donc tu as forcément croisé des filles perdues, celles qu'on rencontre chez les cabaretières ou autour des temples de la grande mère.
    Zagrès - Comment vous appelez-vous ?
    Les trois filles perdues - Tina ! Kate ! Patti ! Sous le pommier, nous te ferons découvrir l'amour et le secret féminin. Zagrès au cœur battant, nous deviendrons tes promises puisque tel est le désir de ton regard. Nos chairs porteront tes cicatrices. Quand tu seras libre, penses-y, viens chevaucher avec nous la brise d'acier.
    Yann - Ne les écoute pas, elles sont insensées.
    Les trois filles perdues - Si tu es prêt, nous volerons vers toi, nous dévalerons les montagnes d'eau et de roches pour te rejoindre, beau Zagrès. Si tu cherches la vérité, nous serons ton délire ! Notre mauvaise réputation effraie les bien-pensants. Sois le guide de nos cris, nos déhanchements et nos folies ! Tu seras notre joueur de flûte, toi le prisonnier. Sois le diamant fou qui bat à notre gorge ! 
    Zagrès - D'où venez-vous ?
    Les filles perdues parlant toutes les trois en même temps 
    La première - De l'Est !
    La deuxième - Du Nord !
    La troisième - Du Sud !
    Yann - Ne les écoute pas, elles sont insensées. Elles sont possédées par la discorde. Elles n'ont plus de mémoire, que des bribes, et chacune invente, se tisse des souvenirs.
    L'une des trois filles perdues - Baubô, notre mère nous a souvent raconté que nos ancêtres venaient des terres du sud. Il y a si longtemps qu'elle est la seule de son peuple à s'en souvenir.
    La deuxième fille - Puis notre peuple s'est installé sur les rives de la Mer de Kara. De là, il a remonté le grand fleuve Douna, jusqu'aux brumes du Nord.
    La troisième fille - Nous habitions dans les Monts-Noirs, à l'orée de la forêt sombre des terres hautes. Dans la cave de notre taverne coulait la source de la Douna. C'est ce que nous racontait Baubô mais peu après notre naissance, la source a disparu. Notre mère nous élevait seule depuis la mort de notre père. Pour survivre elle est devenue cabaretière. Le premier soir que Yann est entré chez nous, elle l'a accusé d'avoir chapardé des pains de seigle. Notre vieille sorcière de mère le soupçonnait de tous les maux.
    Yann - Cela ne s'est pas passé ainsi. Votre mère soupirait : «Yann, tu es trop jeune pour Baubô, prends ses filles. Mais si tu les enlèves à Baubô, que va devenir Baubô ? Baubô va perdre son commerce ! Il n'y a pas meilleures danseuses que ces trois belles. Leurs danses font tomber la pluie, leurs danses conduisent les guerriers, leurs danses plaisent aux dieux mais surtout leurs danses transportent dans le grand voyage. Yann, Baubô te les laisse pour un baiser et quelques pièces d'or. » C'est ainsi que vous avez quitté le grand Nord avec moi dans ma coque. Je n'ai pas eu le cœur à vous vendre dans un port d'Orient. Et qui aurait voulu de trois filles sales et sans manière, aux cheveux roux et coupés comme des épis, qui auraient voulu de mes trois filles perdues !
    La première fille - Nous sommes des petites mères pour toi, tu ne peux pas te séparer de nous et nos chants te ravissent, vieux pirate.
    La deuxième fille - Nos chansons sont pleines d'obscénités, horribles et sales. « Mais qu'est-ce donc ? » s'exclament les bien-pensants. Dans les forêts du Nord, les Lugi s'accroupissaient en guerriers pensifs pour entendre nos chants.
    Yann - Ne les écoute pas, elles sont insensées. Elles cachent leurs visages par des tatouages mais leurs corps sont beaux et voluptueux. Crois-moi, pour des pirates elles sont attirantes. Je les accompagne parfois avec ma lyre mais ma musique ne parvient pas à les rejoindre dans leur exaltation. Pour les atteindre, je suis obligé d'employer d'autres tours. Je te les cèderai volontiers quand tu seras libre.
    La troisième fille - Yann, regarde ! les dauphins reviennent.
    Yann - Je n'aime pas voir les bandes de dauphins bondissant dans la mer autour de mon navire. Cela n'annonce jamais rien de bon. Matelots, tenez-vous en éveil.


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  • Ondine sort de l'eau ; sur la plage un homme est assis (même pose que le penseur de Rodin).

    Ondine - Bonjour, que faites-vous sur la plage ?

    Le pêcheur - Mon fils aîné a été pris dans la tempête il y a douze jours. J'ai retrouvé son corps brisé sur les écueils. Je reste seul à nourrir ma famille et la sienne. J'ai dénoué les mailles de mon filet de pêche mais il est trop fragile. Je songe à en tisser un plus solide.
    Ondine rencontre un deuxième homme qui dessine avec un bâton dans le sable.

    Ondine - Bonjour, que dessinez-vous sur le sable ?

    L'inventeur - Je regarde les oiseaux, là-bas, les mouettes et les cormorans au-dessus des rochers sombres. Je voudrais assembler des ailes et les lier sur mes épaules pour quitter cette île où je croupis.

    Ondine - Où irez-vous ?

    L'inventeur - Comment voulez-vous que je sache ? Je ne connais que mon île. J'irai dans les pays de l'eau illimitée.
    Ondine rencontre une femme qui regarde le ciel à l'horizon en soupirant.

    Ondine - Pourquoi soupirez-vous ?

    La mère - J'attends l'étoile du soir qui me rendra mon enfant. Depuis neuf jours, j'erre dans les terres à sa recherche. J'ai mangé la terre, j'ai hurlé à la lune, j'ai arraché mes cheveux, j'ai griffé mes joues. Mais ma fille n'est pas revenue. Les grains de blé ont noirci, le lait de la brebis s'est tari. Durant mon voyage nocturne, en direction des ténèbres du Nord, des étrangers m'ont chuchoté doucement à l'oreille le don de la compassion, de l'espoir lorsque tout est sombre, et de la patience lorsque tout est en attente.
    Ondine s'approche d'un quatrième personnage, qui arpente à grands pas la plage.

    Ondine - Bonjour, pourquoi marchez-vous à grands pas sur la plage ?

    Le philosophe - Je compte, je décompte, j'entreprends. Hier, j'ai énoncé le premier théorème. Aujourd'hui, je dis que l'eau donne naissance à tous les éléments. Demain je crierai : les dieux sont morts ! Unissons-nous pour tuer le dernier de leurs fils ! J'ai pensé que le monde pourrait aller loin si vous écoutez ce que je dis.

    La mère - Qui nous lavera de ce sacrifice sanglant ? Avec quelle eau pourrions-nous nous purifier ? Qui peut savoir si c'est un dieu ou le fils d'un homme ? Qui guérira la douleur d'une mère ? Mais ne les laissez pas enlever nos enfants. N'écoutez pas ce qu'il dit.

    Le pêcheur - Sur cette terre, qu'y a-t-il de meilleur ? C'est notre progéniture que nous devons sauver.

    Le philosophe - C'est la terre que nous devons sauver. Nous sommes seuls.

    L'inventeur - Nous ne la sauverons pas toujours, il faudra la quitter un jour, comme l'enfant quitte les bras de sa mère.

    Ondine - Je ne connais que les eaux du commencement. Que se passe-t-il sur terre ?

    Le philosophe - Quel commencement ? Y aurait-il une fin ?

    L'inventeur - Sur terre, passe le temps.

    La mère - Les hommes font la guerre.

    Le pêcheur - Les hommes cherchent leur nourriture.

    L'inventeur - Les hommes comptent les étoiles. Un jour, l'homme retournera sur la lune.

    Le philosophe - Les hommes ont découvert la mort.

    Ondine - Moi aussi, je connais la mort. L'écume nous emporte.

    La mère - Je sais que lorsque l'épi est mûr, il faut le moissonner pour que le pain soit coupé. Je sais que la vie a besoin de la mort. Laissez la fin du temps en suspens.

    L'inventeur - Et la musique ? Il y a la musique.

    Le philosophe - Et les mots, il y a les mots.

    Le pêcheur - Et la mer ? Il y a la mer.

    La mère - Et l'amour, il y a l'amour.


    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p>à suivre...
    </o:p>
    <o:p>Photo : Yves-Marie Jacob</o:p>

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  • Océan - Je me souviens des jours anciens et je m'enivre de leur fuite insoutenable. Quelle couche choisirai-je cette nuit ? La tienne ?
    Nessoa - Je ne suis pas une de tes passantes. Je viens de ton passé, Océan. Arrête de boire, tu es ivre.
    Océan - La terre boit la pluie, la mer se désaltère au passage des brises, le soleil boit la mer. Pourquoi me défends-tu de boire ? Je me clarifie pour le bien de mes troupeaux, pour le bien de mes peuples ! Aurais-je bu du Soma ? La boisson me soulève comme un vent furieux. Aurais-je bu du Soma ? Je vais frapper sur la terre à grands coups, soit par ici, soit par là, pour la détruire ! Aurais-je bu du Soma ? Je suis grand, grand, me voilà dressé jusqu'à la nue. Je goûte au feu. Aurais-je bu du Soma ? Ou bien aurais-je bu avec déraison le lait brunâtre de l'haoma, ou bien avec esprit la bière de mil ? J'aime les mélanges. Et quand j'ai trop bu, la vessie pleine, je pisse le Soma palpitant, je pisse sur la terre, je pisse sur la race humaine. Ecoute ce qui me ronge, Nessoa. Toutes ces boissons me lassent comme les créatures femelles, femmes, nymphes, sorcières, me lassent aussi. Il me faudrait de nouveaux breuvages, du sang neuf ! Je choisirai le vin du Caucase pour fêter les fiançailles de ma fille. Nessoa, je me souviens. Notre amour n'était-il pas meilleur que les breuvages de l'oubli ? Cette nuit, ma sorcière superbe, reprends ton vieil amant pour jouer comme avant à nos jeux d'amour.  Nous pourrions y croire de nouveau. Laisse-toi conduire par Océan, belle Nessoa. Rejoins ma couche pour cette nuit et si tu le désires pour les nuits à venir.
    Nessoa - Je croyais que tu voulais goûter des saveurs nouvelles ? Que ferais-tu de ta vieille maîtresse ? Que cherches-tu encore Océan ?
    Océan - Moi rien, rien du tout. Et des royaumes s'élèvent et des royaumes s'effondrent, ainsi soit-il. Mon ivresse m'inonde de folie, Nessoa. Je me laisse griser par toi, captivante sorcière à la voix fêlée. Ta couleur de guerre sied à mon incertain combat à moi-même. Tes charmes extrêmes rassurent le rythme anxieux de ma démarche. Je me rends à toi. Fais-moi oublier toutes mes dissipations. Je voudrais enlacer encore une fois ta taille et basculer ton long corps pour qu'un baiser silencieux taise toutes les vaines paroles. Dis-moi que je suis encore ton tendre amant.
    Nessoa - Comment puis-je croire au sérieux de cet instant ? Je te vois déroulant tous les chemins d'hier. Pourrais-je me retrouver face à toi, nouvelle, m'appuyant sur l'équilibre prodigieux du passé accompli ?
    Océan  - J'ai trop bu, cela me donne de la puissance.

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  • Prend mes mains
    Mon coeur est sans ruse
    Epouse ma nuit
    Quand moi j'accepte la brillance
    de tes jours.


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