• Vous croirais-je, Madame ?

    Non vraiment, vous vous trompez. Vous exagérez. Croyez-vous ce que vous dites ? Seules les femmes sont capables de parler ainsi à un homme. Nous sommes trop faibles, ou trop fats, nous vous laissons nous tromper. Vous êtes restée cette même femme, captivante, celle que j'ai croisée un jour de septembre, dans une rue de Londres, était-ce bien à Londres ? Vous ne devriez pas parler ainsi, me laisser croire que je suis resté beau et que vous aimez toujours lire ce que j'écris dans ces vieux journaux ridicules. Un bon amant, dites-vous ? Comment vous croire ? Mais je suis un homme et vous m'étourdissez. Vols mains douces entre mes doigts. Votre parfum, il restera sur les draps, j'en suis certain. J'en aurai le cœur retourné, saignant.
    Ecoutez, la ville résonne de vos pas. Regardez, les places ont pris le goût de votre silhouette. Je sens monter en moi cette douce mélancolie qui surgira après votre départ. Bien sûr, vous partirez. Bien sûr vous pressez ma main, mon bras, vous m'embrassez dans le cou. Mais vous partirez pour rejoindre vos horizons au nord de cette ville, pour plonger vos ongles dans le corps d'autres amants. Je savais que je ne devais plus penser à vous, je savais que je devais vous oublier. J'y étais parvenu, bien.
    Et voilà que notre brève rencontre a fait renaître en moi l'espoir, celui de vous revoir, de vous écouter me séduire à nouveau. Je fixe votre regard incertain, je glisse mon doigt à l'angle de votre bouche où se dessine ce sourire qui ourle de mystère votre magnifique insolence. Mais vos yeux, Madame, vos yeux ont gardé cet étrange reflet étoilé d'inquiétude. Pourrais-je encore vous retenir auprès de moi, dans ma vie, si commune quand j'écoute la vôtre ?
    Vous avez sorti votre poudrier, vous avez vaguement regardé votre première ride dans le miroir argenté. Vous le refermez. La boîte de Pandore se referme, l'espoir y reste prisonnier. Donnez-moi l'espoir de vous revoir, un soir, au bord de l'eau. Je ne parlerai pas, je vous écouterai, je vous croirai.


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