Par Corinne Valleggia
Il n'y a, en fait d'infini, que le ciel qui le soit à cause de ses
étoiles, la mer à cause de ses gouttes d'eau, et le coeur à cause de
ses larmes. Par là seul il est grand, tout le reste est petit. Un ou deux bonheurs le
remplissent, mais toutes les misères de l'humanité peuvent s'y donner
rendez-vous ; elles y vivront comme des hôtes.
Tu me parles de travail ; oui, travaille, aime
l'Art. De tous les mensonges, c'est encore le moins menteur. Tâche de
l'aimer d'un amour exclusif, ardent, dévoué. Cela ne te faillira pas.
L'Idée seule est éternelle et nécessaire. Il n'y en a plus, de ces
artistes comme autrefois, de ceux dont la vie et l'esprit étaient
l'instrument aveugle de l'appétit du Beau, organes de Dieu par lesquels
il se prouvait à lui-même. Pour ceux-là le monde n'était pas ; personne
n'a rien su de leurs douleurs ; chaque soir ils se couchaient tristes,
et ils regardaient la vie humaine avec un regard étonné, comme nous
contemplons des fourmilières.
Gustave Flaubert
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