Par Corinne Valleggia

En cette fin d'après-midi d'automne, les rayons rasants du soleil éclairent la véranda. Derrière ses vitres embuées, j'entends les corbeaux croasser aux cimes des peupliers dénudés. Derrière moi, tu te tiens assise à la table d'écriture. Je songe à Orphée et à Eurydice. Je me retourne et ne crains pas de te regarder. Ton visage est tendu, ta bouche esquisse comme un chuchotement, tente-t-elle de raconter tes souffrances ambiguës ? Je n'entends que la pointe de ton stylo qui court sur le papier. Tu poursuis inlassablement tes écritures, derniers barrages contre l'effroi. Je t'offre une tasse de café. Lorsque le soir nous rejoint, nous regardons la lune se lever, fragile sentinelle qui veille. Je suis envahie par une certitude : nous vieillirons ensemble. Comment tout cela a-t-il commencé ? Au cours d'un voyage en train, par un frileux matin de février.
Fin
Photo : Yves-Marie Jacob
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