Par Corinne Valleggia
Ils prennent des lignes blanches
celles qui conduisent derrière les miroirs
leurs yeux se sont brisés aux brèches du temps
y a des raptus qui explosent
dans le camp adverse
ils marchent à l'envers des paysages
ça les repose
les chèvrefeuilles et leur parfum
les étoiles et leur scintillement
ont le goût de pourrissement et de faux serments
à quoi ça sert le néant des grands espaces
ils s'essoufflent dans l'air impur des cimes
les abimes au-dessous flottent à leurs jambes
dans la poussière ils remontent
le lit des rivières asséchées
à la vue de leur file soldatesque
les poissons y poussent des rires acérés
le croassement rauque des corbeaux
emplit le ciel blanc d'ozone
et retombe en écho sur les granits violets
bientôt les balles siffleront
bientôt les bombes claqueront
et leurs dents crisseront
leurs mains trembleront
leur ventre s'étouffera
leur coeur cessera de cogner
la mort prochaine étendra
ses voiles gris sur la plaine
rouge de la vie perdue
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