NessoaAllons Océan, tu n’as pas besoin de ce masque pour me fuir. Ne bouge pas que je tourne autour de ta grandeur que je redécouvre celui qui est parti sans un mot. Tu as vieilli Océan, ton front est plus large et tes épaules se courbent mais tu n’as pas perdu l’élégance de tes gestes. Ta bouche sans sourire a le goût du dégoût.
OcéanJe n’ai rien à te dire, Nessoa.
NessoaJe le sais, cela fait vingt ans que tu n’as rien à me dire. Cela fait vingt ans. Depuis qu’un matin à ta cour tu es passé me frôlant sans me voir et ce matin-là tu as passé l’anneau à une autre, l’anneau que tu avais béni pour moi.
OcéanNotre histoire était finie. Quelle histoire d’ailleurs ? Notre histoire n’a jamais existé.
NessoaLe passé aboli par toi, effacé de ta mémoire, gênant ton nouvel amour tout de grâce et de pureté ! Tu t’es détourné de ma vue comme si soudain j’étais devenue de verre, transparente et si parfois dans un couloir de ton palais tu te cognais à moi, tu ne sentais pas le frôlement de mes voiles. Tout ce temps, combien de mondes as-tu parcourus avec elle pour qu’elle en découvre les beautés ? Combien de jours as-tu lu pour elle en commençant à la lettre A le livre des temps ? Combien de nuits as-tu connu son corps lisse ? Tous ces jours et toutes ce nuits où tu renaissais je me suis enfoncée dans mon palais d’algues, dans le sol mouvant de l’océan endormi. Quand je me suis éveillée elle était morte.
OcéanEst-ce pour que j’entende tes reproches que jusqu’ici tu es revenue ?
NessoaDétrompe-toi, ma colère a passé, tu ne me hantes plus. C’est pour ta fille Ondine que je suis en ces lieux redoutant son égarement.