Par Corinne Valleggia
La chair n'est pas triste hélas nous clament les livres
Reste-là ! Je sens combien les hommes sont ivres
A boire l'écume reconnue des mortelles
Tous les anciens d'Olympe en trouble écho rappellent
Les ravissements d'Europe à Lol sans répit
O nuits ! Les joues sous la lune opale ont rougi
Si le père qui est aux cieux m'en défend
J'effeuille en lui les pages aux pétales blancs
Partir ? J'imite plutôt le branle du mât
Lève l'ancre pour un exotique climat
L'ennui, transporté par le sournois désespoir,
S'échappe en bulles légères à l'ombre noire
Et peut-être suave des amours volages
Serais-je de ceux qu'un vent ôte le courage
Perdu, je me lie tel Ulysse aux mâts fertiles...
Mais, ô mon corps, entends le chant des coeurs futiles.
LE VRAI
La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce cœur qui dans la mer se trempe
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend,
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l’ancre pour une exotique nature !
Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages
Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots…
Mais, ô mon cœur, entends le chant des matelots !
Stéphane Mallarmé
Thème Magazine © - Hébergé par Eklablog