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    Savane africaineSavane africaine

     

     

     



    Tout commence à Sumer. Je ne suis pas d'accord avec cette affirmation. Tout commence dans la savane africaine.

    Pour moi, du reste, tout aurait pu finir dans cette savane. Je m'y promenais. En bonne adoptée lyonnaise, je me promenais dans la savane, entre Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, comme je me serais promenée au parc de la Tête d'Or. Appareil photo en bandoulière, chaussure de marche en tissu rose à fleurs, bob sur la tête. Mes guides, un prof de maths et ses deux étudiants, avaient décidé de retrouver un troupeau d'éléphants. Dix minutes de marche suffire pour apercevoir, à 50 mètres de moi -je ne suis pas sûre de la distance exacte-, près des arbres feuillus et arrondis sous le ciel lézardé de blanc et de bleu, un troupeau : des éléphantes et leurs petits. L'une d'elles, la cheffe, nous aperçut et se mit à barrir en battant ses oreilles dans un geste facilement interprétable : « Barrez-vous, vous n'avez rien à faire ici. » « On veut juste prendre des photos, nous ne sommes pas des braconniers. » « Il suffit ! »

    Elle nous chargea sans sommation, son grand corps gris miroitait dans la chaleur africaine. Notre sueur avait piètre allure contre celle de sa trompe frémissante. Nous partîmes en courant tous les trois -le quatrième, prudent, était resté dans la voiture- pour rejoindre au plus vite notre cage à quatre roues.

    C'est ainsi que je perdis une de mes chaussures restée collée dans la terre rouge d'Afrique. Je lance d'ailleurs un appel à qui la retrouverait.

    Pourquoi être partie en Afrique ? Ah oui, les ethnologues m'avaient susurré ses beautés majestueuses et dans ma longue quête de l'histoire de l'humanité il me semblait que ces premiers peuples parleraient à mes oreilles.

    La vie pouvait reprendre son cours à Lyon. Je retrouvai l'Albion et sa bière irlandaise. Je me souvenais des femmes africaines, de leurs échoppes, de leur sourire, des cabaretières avec leur cruche de bière de mil, le dolo.

    Cabaretière. Je me souviens de Gilgamesh et de sa cabaretière. Car enfin, le premier écrit de l'humanité ne nous décrit-il la quête de l'immortalité ? Sois un homme mon fils, sois un bon père, sois un bon époux...

    Désolée si je n'ai pas pris de photos des éléphants africains.

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  • La liberté et la mort ? La liberté et la mort

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Je ne comprends pas. Mon père est italien, rital comme ils disent. Ma mère était de la Yaute, entendez la Haute-Savoie. Qu'est-ce qui m'entraînait sur les routes de Grèce, avec Alexandre en cortège dionysiaque ? J'aurais dû préférer la divine Italie et ses Roméo.

    « Ce pays imaginaire te relie à ta mère, » me susurrait un ami psychologue, qui me faisait penser, avec sa silhouette tremblotante, son front dégarni et ses mains baladeuses, à Woody Allen. Je doutais de ses propos. Quelle idée saugrenue et pourtant.

    Pourtant. Bien plus tard, j'appris l'impossible : mon grand-père maternel, Joseph, le Haut-savoyard, du temps de la grande guerre, avait connu les montagnes de Macédoine et même y avait été blessé de guerre. Quoi, c'était donc ça mon hystérie alexandrine, pardon mon obsession ?

    Assez de ces souvenirs antiques, regardons le présent. Kazantzákis, La liberté ou la mort. J'avais choisi de relire Nikos le Crétois, sur cette place d'Heraklion. J'avais choisi la liberté, quand un Grec me murmura dans son superbe accent :  « La liberté ET la mort. » Je regardais la couverture de mon livre. Les traducteurs prennent parfois de telle liberté !

    Je m'abandonnais à la Grèce, pardon à un Grec, pour lutter contre l'abandon.

     


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