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    Depuis trois semaines
    Je vous scrute du haut de ma colonne
    Que faites-vous dans votre tonneau
    Je ramasse la poussière des jours
    Et vous là-haut ?

    Je scrute les cieux
    Les étoiles m'envoient des clins d’œil
    Entendez-vous leurs gais murmures ?
    Je n'entends que les silences
    Aucune licence ici n'est permise
    Je reste dans mon tonneau
    Pour goûter aux jours de rien

    Qu'avez-vous à me scruter
    Je ne suis pas un animal en cage
    J'ai décidé mon isolement
    Comme un guerrier sans armure

     


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  • Continuez votre  ronde les mots, là-haut au plafond : è pericoloso sporgersi. Je ne me penche pas. Pourquoi partez-vous en file indienne sur le mur de la salle d'attente ? Quelle belle ronde vous me donnez à voir, vous vous dandinez, vous flottez ! Quelle belle couleur irisée les voyelles ! et vous les consonnes, le drapé à vos cous ajoute à votre élégance ! Comme c'est bon de vous voir défiler. Ce n'est pas le 14 juillet, même pas la procession des Rameaux ! Que faites-vous là-haut à agiter vos branches d'olivier ? Attendez-moi, je vous rejoins.

    Je ferme les yeux, je me sens bien. Pourquoi sont-ils tous après moi avec leur regard inquiet. Pourquoi me parlent-ils si forts ? Arrêtez votre chahut les lettres, oui je vois bien que vous flottez... silence je n'entends rien. « Qu'avez-vous pris, vous vous en souvenez ? » Qu'est-ce que j'ai pris ? J'ai rien volé. Rien, j'écrivais à l'encre sur mon cahier à lignes. J'ai pris un buvard pour sécher l'encre. Oui, c'est ça un buvard. La ligne s'est évadée, les lettres ont suivi. J'ai essayé de les rattraper sur la terrasse. Je me suis penchée. Après c'est le vide. Enfin, j'ai entendu les tambours. Ca tapait dans ma tête, un rythme chaud, le bruit des sabots qui frappent le sol, et un et un, et deux et deux, allez frappe, frappe avec tes sabots, belle bête mon taureau, oui je te vois avancer sur le sol poussiéreux. Qu'est-ce qu'ils ont, tous ces hommes et ces femmes, à vouloir te couvrir d'un drap ? Mon beau taureau fumant. Non, je vous l'ai dit, pas de drap, pas de drap, laissez-moi goûter au pelage chaud de mon taureau. Arrête de m'appeler ta demoiselle d'Avignon. T'es bête mon taureau. Les mouches, vous m'agacez, partez dans vos déserts de sel. Je suis dans une pièce, un seul lit, une sorte de brancard avec des barreaux, ils sont fous, ils ont attaché mes mains. C'est à cause de toi taureau, tu leur fais peur. Ils ne peuvent pas comprendre que tu sois minotaure et mon amant. Je ris si fort que la petite dame au bonnet blanc me soulève les paupières. Qu'est-ce que c'est que ce tube et cette longue aiguille ? Les hommes sont curieux avec leurs appareils. « Laissez-vous faire ! » Pourquoi ? Je me sens si bien. Plus tard, dans la nuit un jeune homme en blouse verte se penche sur mon lit : « Comment vous sentez-vous ? » Il détache mes mains. Merci, j'ai soif, j'ai la bouche sèche. « Pourquoi avez-vous fait ça ? » Fait quoi, mon taureau ? « Pourquoi vouliez-vous mourir ? » Mourir, non, j'ai trop de vie, tant de vies à vivre auprès de toi mon taureau. Dis, tu reviendras mon taureau ? tu le sais que je ne peux pas vivre loin de toi. Tu es mon frère, mon amant, mon ami, ne m'abandonne pas aux ombres de la vie.


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  • Exode

     

     

     

     

     

     

     

     As-tu bien refermé la porte
    Ne laisse pas la petite prendre froid
    Il y a tant de monde sur les routes
    Nous devons partir nous aussi
    Pour quel pays, pour quelle contrée ?
    J'ai peur, donne la main à la petite.
    L'exode dans mon cœur
    Est plus lourd que les routes
    A parcourir
    Plus lourd que les ponts
    A franchir
    Toutes ces collines, tous ces fleuves
    Qui nous séparent de nous
    A l'infini de nos vies.


    Annie Lopez : peinture "Exode"


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  •  Le jeune soldat est mort
    Derrière la porte minée
    La mort l'attendait.

    Dans les rues de la France endormie
    Les autres ont fusillé son voisin
    Pour suivre l'appel
    Il a quitté son échoppe de cordonnier
    Il a foulé les Alpes jusqu'au Vercors

    Allez viens mon frère
    Allez viens ton pays ne t'attend pas.

    Avec ses compagnons, ils ont traversé la mer
    Avec l'ardeur de leur jeunesse
    Pour rejoindre les bataillons insoumis
    Dresser leurs armes pleines de larmes
    Contre la croix de la haine.

    Allez viens mon frère
    Allez viens la liberté n'attend pas.

    Au petit matin suspendu de rosée
    Ils ont lancé sur la rive
    Le dernier assaut contre l'infamie
    Pur-sang aux yeux d'enfants
    Ils ont blessé leurs vies pour sauver les nôtres.

    Allez viens mon frère
    Allez viens notre liberté te salue.

     

     

     

     

     

     

     


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  • Cette nuit j'irai braconner
    à la dure en douce
    je dégrafe ma chemise
    je traverse la rivière
    Sur le sable de la berge
    les grillons entament leur chant d'appel
    dans la clairière je me tapis
    les buissons me harcèlent
    les ombres lunaires me cachent à demi
    à demi seulement
    la vieille lune souffle un nuage furtif
    Je fais la lune
    J'attends mon maître

    Je le sens
    son piétinement résonne à ma poitrine
    son souffle embrume la trouée
    ses flancs de cuir se campent
    soudain son œil se profile
    il a saisi ma présence
    à demi seulement
    je quitte mes buissons
    je me dresse à demi-nu
    pour le défier
    à demi-bête, à demi-dieu

    La tête basse,
    il me brave
    le combat sera rude
    il est de caste
    j'attends sa charge
    je l'appelle
    il piétine
    je déploie ma cape
    je vise son point de croix
    mais pas trop vite
    je serai insolent
    il sera instinctif
    j'éviterai son coup de corne
    il n'évitera pas la bataille
    première passe
    je me déhanche à son passage

    Il charge de nouveau
    j'emprunte à Rodolfo sa passe de cape
    passe élégante

    de la main gauche, passe naturelle

    je ploie et tournoie
    il frotte sa gueule en salive
    à mon torse en sueur
    il râle,
    olé

    Il rue en un tour de piste
    il enrage à l'autre bout
    et s'élance
    je suis
    face à lui, immobile,
    je garde les pieds joints,
    j'écarte les bras
    je rythme mon geste à sa charge
    pour l'estocade
    je dresse mon aiguillon
    mon corps se courbe à son passage
    de son oeil piqué jaillit un jet de sang
    en prière, comme au temple,

    je m'agenouille,

    il m'a jeté un sort
    .

    Au dernier acte le taureau joue avec mon ardeur
    pour apprivoiser nos terreurs.

     
     

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