• - Qu'est-ce que vous faites ?

    - On trie les dossiers. C'est le boss qui l'a demandé.

    - C'est quoi ce tas ?

    - Intermittents, intérimaires et Cdd à temps partiel. Direct poubelle, intraitables.

    - Et ce dossier vide ?

    - Musicien. Auteur. Artiste. Journaliste. On a déjà jeté.

    - On en fait quoi de celui-là ?

    - Raoni. Chasseur-cueillir. Nationalité : Brésilien. Il vient d'Amazonie.

    - Il est arrivé en pirogue ? Et il fait quoi en France ? Il a des papiers en règle ?

    - Refuge politique. Inattaquable.

    - Avec sa peinture rouge sur la figure ? Et puis chasseur-cueilleur, c'est quoi ce travail ? Et là c'est quoi ?

    - Des profs et des infirmières. Dans le dernier projet de loi, ils vont réduire le nombre de fonctionnaires. Ils partent déjà pour le privé.

    - Les ex-fonctionnaires vous oubliez. Et là ?

    - Secteur associatif subventionné. Poubelle.

    - Il reste quoi ?

    - On a éliminé les plus de cinquante ans, les moins de vingt-cinq sans expérience significative.

    - Significative ?

    - Tous ceux qui prétendent avoir fait des stages.

    - Il reste quoi ?

    - Ces trois dossiers : fin de CDD à temps plein, CDI licenciés pour raison économique ou pour faute.

    - Faute ?

    - Uniquement les fautes graves. Les autres, on a peur que ce soit un arrangement pour toucher le chômage. En résumé, sur nos 1 800 dossiers, on en a gardé 200.

    - Ben, ça va nous donner moins de travail.

    - Chef, on a terminé le tri. 200 dossiers à traiter.

    - C'est-à-dire ?

    - On a éliminé tous les faux travailleurs, on a gardé ceux qui avaient déjà eu un vrai travail.

    - Comment ça ? Vous n'avez pas compris les instructions. C'est pourtant clair, on doit trouver un vrai travail aux chômeurs. Vous pouvez recommencer à zéro.


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  • Société esclavagiste et société capitaliste

    - Dis papa c'est quoi la différence entre une société esclavagiste et une société capitaliste ?
    - C'est simple dans une société capitaliste, travailler c'est valorisant.
    - Ah ?
    - Par exemple, aux Antilles françaises les planteurs esclavagistes étaient installés dans la consommation ostentatoire, s’adonnaient aux jeux et aux plaisirs, cultivaient l’oisiveté et ça c'est pas être capitaliste, c'est juste profiter du système
    - Ah !? ben tonton y profite du système, parce que lui y bosse pas il est chômeur. ça veut dire que tonton est capitaliste ?
    - C'est plus compliqué, voilà, j'explique, les sociétés de l'Antiquité utilisaient des esclaves, avec l'arrivée des Barbares (du Nord), l'esclavagisme a été remplacé par le servage, la Révolution française a balayé le servage, avec la révolution industrielle qui avait besoin de beaucoup de main-d’œuvre, on pouvait difficilement revenir à l'esclavagisme, sauf dans des terres lointaines, là personne disait rien, ça se voyait moins, c'étaient pas des blancs les esclaves... donc les travailleurs étaient payés, mais exploités et souvent mal traités.
    - Ah ? alors c'est quoi la différence ?
    - Mange ta glace, elle va fondre avec cette canicule. Et maman va dire qu'on gaspille.

    http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Travail__capitalisme_et_soci__t___esclavagiste-9782707145536.html-


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  • Ars - J'en peux plus, de l'air.

    Her - Oui, la terrasse et son horizon valent mieux que ce banquet interminable.

    Ars - J'en peux plus, et toutes ces vierges qu'on peut à peine regarder, avec leur nouvelle morale.

    Her - C'était couru, je l'avais portant prévenu qu'il n'avait rien à y gagner.

    Ars - Ça sert à rien de prévenir, regarde Cassandre. Mais t'as raison, on n'aurait pas dû les accepter tous. A douze on s'en sortait bien, on n'était jamais d'accord mais on était une famille !

    Her - C'était couru d'avance, on n'a pas les mêmes valeurs.  Posèd en a avalé sa fourchette quand il lui a annoncé l'arrivée des autres.

    Ars - S'il nous avait demandé notre avis.

    Her - On aurait refusé s'il avait fait un vote démocratique.

    Ars - Ses arguments sonnaient faux. Qu'on pouvait pas se passer des nouveaux venus, que l'époque voulait ça. Encore heureux qu'ils nous aient pas interdits l'hydromel.

    Her - Quoique le vin de Diony, moi je préfère. Ah les gouttes de dieu !

    Ars - Dommage qu'il ait fait alliance avec l'autre libérateur. Ça lui vaut rien toutes ces fadaises à Diony. L'amour, l'amour, l'amour. Ils ont plus que ça à la bouche. Regarde-les tous les deux, affalés sur leur couche à se demander lequel des deux est le meilleur rejeton, lequel a le père le plus puissant.

    Her - Ben, quand t'es né de la cuisse de Jupiter ou d'une Vierge. Au fait, qu'est-ce qui se passe en bas ce soir ?

    Ars - Ils ont trouvé 8 000 pièces d'or. Pour leurs insurgés.

    Her - Au moins eux, ils font leur révolution. Nous on fait quoi ? Je te dis on est devenu des falots, des finis, dépassés qu'on est.

    Ars - Disons que pour les pièces d'or, je leur ai soufflé l'idée.

    Her - Beau coup, Ars.

    Ars - Silence, en principe, j'ai pas le droit, délit d'initiés. Et ça fait partie du patrimoine, encore un truc que le vieux me pardonnerait pas.

    Mag - Eh bien, les garçons, vous avez l'air maussade. T'as perdu tes ailes, Her ?

    Her - Salut Mag. On parlait des tiens. Depuis que le boss les a acceptés à nos banquets, c'est mortel.

    Mag - Petit massage des pieds pour vous détendre ? Quoique toi Her, avec tes sandales, pas facile de te délasser.

    Ars - Non, le fils passe encore, mais le père ! Et ses inspirés qui se disputent la part du gâteau.

    Her - Forcément, à chacun il a promis le meilleur : peuple élu, dernier prophète. Même son fils il l'a mis à contribution. Dieu unique ! Quelle plaisanterie !

    Ars - Sauf pour ceux d'en-bas. Parce que le paradis sur terre, c'est bien fini. Je crois que je préfère les fêtes d'Hadès, au moins on sait à quoi s'attendre avec lui.

    Her - Et surtout, sa femme est si belle, n'est-ce pas ? Si tu crois que j'ai pas vu votre manège. Méfie-toi d'Hadès, il a l'oeil. Enfin, si je pouvais prendre ta place, une seule fois !

    Ars - Ah non, y a Sid qui se pointe, y manquait plus que lui. Salut, Sid ! Ça va ? Tu viens chercher la fraicheur sur la terrasse ?

    Sid - La fraicheur est là. Inutile de la chercher. Je la porte en moi.

    Ars - Ah oui, bien sûr, en toi. Ouf, il se tire. Parce que question jouissance éternelle, on a trouvé mieux. Merde, ça crame en-bas. Regarde là et là. Putain, cette fois-ci c'est les Grecs qui foutent la pagaille.

    Her - Ça va nous l'énerver, le vieux.

    Ars - Si au moins ça pouvait le mettre en colère, qu'on roule dans la boue son peuple.

    Her - Il bougera pas le petit doigt, ils l'ont renié. Il oublie pas.

    Ars - Ouais et nous on a récupéré le nouveau dieu et ses acolytes pour que Zeus se croit magnanime en l'acceptant aux champs élyséens. Bien fini pourtant sa toute puissance, elle a glissé à l'Est et c'est pas fini. Si encore les vierges on pouvait s'en amuser.

    Mag - Vous n'en avez pas assez de ressasser votre passé glorieux ! Vous êtes pathétiques. Regardez plus loin. Y a encore des peuples qui aspirent à vos polythéismes. Regardez. Salut Tian. Imposant non ?

    Her - Oh toi, il faut toujours que tu guettes le mâle dominant, t'es prête à te mettre à ses pieds. C’est sûr qu’avec son potentiel de pratiquants, un empire à lui tout seul, ça va les faire trembler le dieu unique et ses prophètes. Ils vont rire jaunes.

    Mag - Vous savez de quoi parlaient vos dieux ce soir ? Si vous étiez restés, vous auriez pu entendre la grande nouvelle.

    Ars - Quoi encore ?

    Mag - Ils débattent sur l'idée d'accepter dans le Panthéon les dieux de HD 69830.

    Her - Quoi ? HD comme Harley Davidson ? Si ça peut m'aider à voyager loin.

    Mag - Hoshun Dakhan. Le système stellaire de la Poupe.

    Ars - Ben voyons, y manquait plus que ça, pourquoi pas Alderaan tant qu'on y est, ou la planète foot ? Des dieux extraterrestres ! Et nous on devient quoi ? Je vous le dis on est foutu. Le temps du rêve est bien fini. Bon qu'est-ce qu'on fait, on finit la nuit chez Hadès ? Tu nous accompagnes Mag ? T'auras bien deux copines à nous présenter en bas ?


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  •  

    C - Elle est absente, elle préfère sa solitude. Elle fait la lune.
    R - Ca veut dire quoi ?
    C - Qu'est-ce que j'en sais ? Elle n'est pas là, ailleurs, partie, en exil. Enfin loin de moi, de toi, de nous.
    R - Qu'est-ce qu'elle dit ?
    C - Elle fait l'Odyssée.
    R - Ouais, ben moi je vais lui refaire l'Illiade. Tu sais la colère. Ca veut dire quoi ça, elle va d'île en île. Et toi tu fais Pénélope ?
    C - Le café est chaud. Passe le beurre, derrière toi.
    R - J'aime bien les dimanches matin. Pourquoi elle préfère partir ?
    C - Un ancien amour... Elle a le coeur en berne, qu'elle m'a dit.
    R - Le coeur !? Moi j'ai la peau indienne, passe le calumet. Je te propose la paix. La chair n'a pas de cicatrices, que des flots.
    C - Je l'ai dans la peau.
    R - Moi je t'ai dans mes ADN, ça te suffit pas ?
    C - Oui, je sais on est frère. Mais elle, c'est mon coup au ventre. Elle est mon atome crochu, ma tendresse. Chui moureux.
    R - C'est ça avec toi qui m'agace, t'es un romantique. Foutaises. Je ne crois plus qu'aux flammes du corps. Ces flammes réchauffent l'âme, et l'âme crée. Les amoureux sont niais, froids et provisoires. Le désir, lui, est éternel. Elle n'est pas romantique, crois-moi, les femmes ne sont pas tendres. C'est un leurre, leur cheval de Troie. Bon, je reprends ma partie d'échecs. Je joue, je gagne, je perds, une partie sur trois. En plus, sur le net, t'as pas ton adversaire en face, t'as l'impression de jouer contre un autre toi-même. Fais pareil avec elle, tu joues, tu perds ou tu gagnes, une fois sur trois.
    C - Toi tu joues sur tous les tableaux.
    R - Et alors, ça t'a pas géné cette nuit. Tu t'es abandonné, tes arrières pensées m'ont pas géné. J'aime bien tes arrières pensées, les remplir.
    C - Mais toi, elle ?
    R - Je l'ai connue, y a longtemps. je me souviens d'elle comme un marin se souvient d'un grain après quelques jours de ciel bleu.



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  • - Jack, faut que je me délivre de ce mic-mac ! Verse-moi ton cognac, j'ai besoin de ton divin thériaque.
    - Hello, Bob, c'est quoi qui te détraque ?

    - Deux heures que j'attends ma Slovaque sur la place, y avait juste le tic-tac des horloges, celle du beffroi, du clocher, du minaret, toutes dressées aux cieux qui pendent. Elle me rend démoniaque.
    - Alors c'est qui la nouvelle cette fois-ci ?

    - Elle caresse mon nez d'éléphant, pire qu'un cornac, c'est meilleur que respirer le crack ! Je suis en vrac quand elle se casse. C'te nuit, j'ai tagué la pissotière façon tache de rorschach, ça me souvient de sa rose ! je la ferai poser nue sur l'abaque d'une colonne torse. Putain faut que je la plaque avant qu'elle me rende opaque.

    - Arrête de broyer du noir ! Bois ton cognac.

    - Ca me soulage voir tout en noir. Sur mes toiles je mets sa petite gueule en désordre, je la pique au lasso. Sur mes plaques de cuivre je la possède à l'envers avec mon burin. Ça me braque, tout son cubisme en arêtes qui me transperce.

    - C'est ta tronche que tu mets à l'envers, t'en as pas marre de te flinguer à chaque cloaque ?

    - C'est pas ma faute à moi si je préfère les belles cosaques et leur bras voilés de casaque rouge. Je sais, je terminerai sous le pont de Brooklyn.

    - Ben, le Rhône est à côté, choisis le pont des Lônes. Disons que t'aime ça, plonger dans les lacs saumâtres, ça t'évite la déprime ambiante, tu participes à la crise, façon bras cassés !

    - Putain, Jack, je suis en manque, faut que je plonge dans sa mandragore ça me nourrit mieux que le manioc.
    - Change de dope.
    - Je deviens paranoïaque, tous les macs qui passent, c'est pour elle qu'y viennent que je me dis. A Pâques, c'est dit, je ferai naufrage dans les séracs du grand nord sur mon kayak.

    - Y te reste les gorges de l'Ardèche, c'est plus près. Laisse tomber, Bob, tu deviens chiant avec ta garce.

    - Dis pas ça c'est une déesse, faudrait pas que je croise maintenant son regard canaque, je suis trop chaud, je me pendrai à la haute branche d'un gaïac, au bord d'un long fleuve d'Amérique centrale.

    - T'as qu'à sauter à l'élastique dans le Vercors !

    - C'est pas ma faute à moi si elle me met en vrac. Mes nuits dans ma piaule sont insomniaques.

    - Tu claques des dents, qu'est-ce que t'as ?

    - Là-bas, te retourne pas, elle est là. J'ai le trac, je suis foutu, je vais replonger...


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