• Souvenirs de la maison de mon grand-oncle et de ma grand-tante à Marignier, en Haute-Savoie.

    J'ai passé des vacances dans les années soixante au pied du Môle. "Saîe de Môle", entendez en patois savoyard, "sauterelle de Môle" parce que je ne mangeais rien et que je n'étais pas assez grosse aux yeux de mon grand-oncle. Alors il partait pêcher la truite dans l'Arve pour essayer de me nourrir ; c'était jamais gagné ! Je faisais la grimace à cause des arêtes...


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    Je me souviens tu nous parlais de l'Italie et des Ritals
    Je me souviens tu nous racontais la guerre et le maquis
    Je me souviens tu dansais bien la valse mais tu jouais mal de l'accordéon

    Je me souviens tu aimais le cinéma américain et aussi Gabin et Bourvil
    Je me souviens en mai 68 tu es parti en solex à Lyon pour manifester
    Je me souviens tu nous répétais « De mon temps »
    Je me souviens des jouets en bois que tu fabriquais pour tes petits enfants
    Je me souviens des oranges en cadeau des Noëls de ton enfance
    Je me souviens tu n'aimais pas l'armée ni les curés mais tu croyais au bon dieu
    Je me souviens de ta dernière phrase : «on est peu de chose sur terre».

     

     

     


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  • Je me souviens tu nous parlais de l'Italie et des Ritals
    Je me souviens tu nous racontais la guerre et le maquis
    Je me souviens tu dansais bien la valse mais tu jouais mal de l'accordéon

    Je me souviens tu aimais le cinéma américain et aussi Gabin et Bourvil
    Je me souviens en mai 68 tu es parti en solex à Lyon pour manifester
    Je me souviens tu nous répétais « De mon temps »
    Je me souviens des jouets en bois que tu fabriquais pour tes petits enfants
    Je me souviens des oranges en cadeau des Noëls de ton enfance
    Je me souviens tu n'aimais pas l'armée ni les curés mais tu croyais au bon dieu
    Je me souviens tu appelais avec tendresse ta petite-fille "la pénible"
    Je me souviens de ta dernière phrase : « On est peu de chose sur terre ».


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  • Patrick m’a mise dans une situation particulièrement embarrassante. Écrire sur les faits divers.  Ce matin, j’accomplis ma mission : la lecture de mon quotidien régional, pages faits divers. Je découvre l’un après l’autre les articles : «La secrétaire d’une entreprise de BTP aurait détourné 200 000 euros. ». « Son voisin l’insulte à cause du bruit, il le frappe et lui prend sa carte bancaire. » «Poursuivi dans un centre commercial pour recel, vol, tentative d’escroquerie, menace avec armes et usage de fausse plaques», comportement rocambolesque, comme le souligne le dit-quotidien.

    En parcourant le journal, je pensais  que notre société allait bien mal, si le voisin de palier, la secrétaire, le consommateur deviennent déboussolés, instables, déviants, hors la loi. Et je soupirais : ma tâche est  impossible à remplir. Parler d’un fait divers sans chercher à comprendre notre société. Sans évoquer notre monde et ses contradictions.

    Page suivante, fait divers insolite :  « Le traiteur local a dû s’adapter au Premier ministre ». Devant un parterre d’élus locaux, notre Chef de gouvernement national était venu défendre le « made in Ardèche ». Hélas, son intolérance au gluten l’a privé des plats locaux. Intolérance. Gluten. Quelle drôle d’intolérance ! Je sifflotais dans ma tête cette vieille comptine que récitait ma fille à l’école primaire : «Le Pape est mort, un nouveau Pape est appelé à régner. Araignée ! Quel drôle de nom, pourquoi pas libellule ou papillon ? Vous n'avez pas bien compris, je recommence. » Non, décidément, ils n’ont pas bien compris. Se mettre au régime, c’est leur nouvelle politique ?

    L’intolérance au Gluten, quelle rime trouver avec Gluten ? Fontaine, mitaine, alien, et pourquoi pas haine ? Je poursuis la lecture de mon journal, assise dans mon pré vert,  à l’ombre de mon tilleul en fleurs, en fumant une cigarette « made in Ardèche. » Demain, c’est promis, je trouverai la rime pour Gluten. Intolérance au Gluten.


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  • Marignier, le 20 juillet 1969

    « Pépé on est tous allé à Thonon mercredi pour voir passer le tour. La cousine Lisette a donné une gifle à Yvon parce qu'il faisait l'idiot avec le Maurice et ils ont failli se faire écraser par les coureurs. Moi, j'ai été très sage. Tonton Fanfan m'a porté sur ses épaules. Mais pas assez longtemps il avait trop chaud, il n'arrêtait pas d'essuyer son front sous sa casquette. Tata Solange avait mis sa belle robe blanche à fleurs rouges, celle où l'on voit ses nichons tout blancs. Pourquoi pépé, y faut pas dire nichons ? Momo et Yvon y z'arrêtent pas de dire nichons.
    Lisette elle riait chaque fois qu'elle voyait un garçon de son école et elle remontait tout le temps les bretelles de son corsage, comme ça. Bon on est arrivé à onze heures devant l'église, mais il y avait tellement de monde que tonton Fanfan a garé la traction devant le bistrot du fils Rignol. On n'a même pas bu boire un sirop, toutes les tables étaient prises et au comptoir c'était noir de monde; heureusement tatan Solange avait pensé au thermos, le grand avec le bouchon gris qui sert de verre à boire. Finalement tatan Solange a pu s'asseoir à coté du curé sur une chaise qu'il avait préparé pour elle ; il est gentil le curé mais des fois je trouve qu'il regarde trop les nichons de tatan Solange. Non pépé, j'ai pas dit nichon. Moi, je me suis assis par terre et on a attendu; j'ai mangé un sandwich au jambon et des tartines de vache-qui-rit pour patienter a dit tatan. Il y avait du monde partout sur les murs, de tous les cotés, sur les trottoirs. Les gendarmes nous empêchaient d'aller sur la route. Y a que Gaston, le garde champêtre, qui avait le droit. Quand il m'a vu, il m'a pris sur ses épaules, ouais comme ça et il m'a emmené tout droit où on voyait le mieux ; donc là sur l'échelle de Gaston on a attendu. Les autres copains devaient pas monter, Gaston ne voulait pas ; y avait que moi qu'avais le droit.
    Tu sais pépé, Gaston m'aime bien parce que je l'aide toujours à couper les herbes dans les fossés après l'école. Bon, tout à coup, tout le monde a crié. Les gendarmes ont fait reculer tous ceux qui voulaient passer les barrières ;j'ai entendu applaudir, il y a eu plein de voitures avec des banderoles, des mégaphones qui criaient plein de trucs. Mais je comprenais rien du tout. Et puis ça y est, ils sont tous passés : d'abord Pingeon et juste derrière le cannibale en maillot jaune et Felice, pépé, il était là. Momo y préfère Merckx, mais moi je suis comme tonton, je préfère Poulidor. Je l'ai vu en vrai pépé, je voulais lui lancer ma gourde, mais Gaston il a pas voulu. Si tu avais été là, tu aurais cogné sur la tête du cannibale avec ta canne pour laisser passer Poulidor. Dis pépé, t'avais quel âge quand t'as vu le premier tour ? Dis pépé, qu'est-ce que tu fais toute la journée à l'hôpital ? Dis pépé, pourquoi tu regardes la lune ? »

    C'est la dernière fois que j'ai vu mon grand-père, à l'hôpital après son opération de la gorge. Maintenant, c'est dans mes rêves que je le vois et il crie toujours: "Allez Poulidor !". Dans mes rêves mon grand-père a retrouvé sa voix et cela me rend à la fois heureux et triste de le retrouver si vivant.


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