• Il n'y avait qu'une chose à faire et ce matin-là Isabelle avait choisi de faire tout le contraire. Cela avait même commencé la veille ou plus exactement depuis qu'elle connaissait Alain, son nouvel amant. Elle avait l'impression de vivre dans un film de Woody Allen, non seulement parce qu'Alain ressemblait physiquement à Woody Allen mais aussi parce qu'il agissait et parlait comme Woody Allen. Enfin comme l'acteur dans ses propres films.

    Comment Isabelle avait-elle pu devenir la maîtresse de cet homme-là ? Il venait chez elle avec son oreiller serré sous son bras. Il lui était impossible de dormir sans son oreiller, toujours le même, comme le ferait un enfant.

    L'autre question qu'elle se posait : pourquoi, alors qu'il était marié, qu'il avait une autre maîtresse, disons officielle, Alain lui interdisait-il, à elle, d'avoir d'autres amants ?

    A la première question, Isabelle savait qu'elle avait craqué -comme on dit- parce qu'elle vivait seule depuis deux mois. C'était la première fois qu'elle se retrouvait seule, dans un appartement à elle. Donc elle avait choisi Alain parce qu'il avait déjà sa vie affective et qu'il lui laisserait vivre sa vie à elle.

    A la deuxième question, Alain avait une réponse imparable : « Tu n'as pas le droit de me faire ça, je suis abandonnique, tu n'as pas le droit. »
    Malgré l'interdiction, elle s'était laissé séduire par un jeune Islandais, prénommé Arni, qui était étudiant comme elle à la fac d'histoire. Isabelle trouvait Arni très craquant, à  l'opposé d'Alain. Quand Arni lui fit des avances -vous savez le genre de phrases murmurées qui font frémir les femmes- , elle oublia Alain -si elle –avait jamais pensé réellement à lui- et ouvrit tout grand la chambre de son appartement pour accueillir avec gourmandise celui qui devint son deuxième amant.
    Le lendemain de cette escapade nocturne, lorsque Alain frappa à sa porte et commença à lui redire à quel point il était abandonnique, elle lui souriait, non pas parce qu'elle se moquait de lui, mais parce qu'elle était encore pleinement envahie de sa nuit passée. De toute façon, elle était pressée, elle devait à quatorze heures passer son examen de civilisation indienne.

    "Alain, nous reparlerons de ça plus tard, je dois partir."

    Mais Alain avait fermé la porte, bien décidé à la retenir jusqu'à ce qu'elle s'abandonne à lui ! Isabelle avait beau le supplier, il refusait d'ouvrir et avait glissé la clé dans son veston. Les heures passaient et il la séquestrait tout bonnement.

    Il ne lui laissait pas le choix. Elle n'avait qu'une chose à faire : coucher avec lui pour tenter de l'amadouer et récupérer la clé ? Elle préféra l'assommer avec la statuette d'un Bouddha en bronze.

    Alain respirait doucement, étendu sur la moquette du salon, endormi comme un enfant. Elle prit soin de glisser sous sa tête l'oreiller. Toujours avec le sourire, elle plongea la main dans son veston, récupéra la clé de son appartement, prit ses affaires et sortit rapidement. Sur le palier, la lumière se fit dans la cage d'escalier. Elle respira un grand coup.  Bouddha l'avait sauvée. Elle passerait son écrit de civilisation indienne.
    Tout en descendant quatre à quatre les escaliers, elle se demandait quand elle reverrait Alain. Ses bavardages lui manqueraient s'il devait l'abandonner tout à fait. Arni ? Ah oui Arni. Elle aimait aussi les sagas islandaises. Elle y penserait.

    "Demain, j'y penserai."


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  • A la terrasse du bistrot ou comment choisir le sujet pour écrire
    VOUS choisirez le vous séduisant pour boire ce premier café avec moi
    NOUS choisirons le nous collectif pour préparer la révolution
    TU choisiras le tu empathique pour te rapprocher de moi
    IL ELLE choisira ils ou elles pour aller d'ailes en Îles
    ON dira n'importe quoi en terrasse pour passer le temps avec la bonne personne du singulier ou du pluriel
    JE choisis le jeu d'écrire
     
     

    Pour bien écrire une histoire je ne sais quelle personne je suis


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  • Je ne suis pas une note

    Pourquoi es-tu revenu après tous tes détours
    Quel tour me joueras-tu cette fois-ci

    Je ne suis pas une note
    Ne m’attrape pas
    Tu ne peux pas me pincer avec tes cordes
    N’essaie pas d’aller dans les aigus
    Je m'échapperai de ton piano désaccordé

    Venise la mort tu m’égrènes
    Tu as beaucoup pleuré me dis-tu
    Qu’as-tu fais de nous
    Tu me demandes pardon de t’avoir meurtri
    Que sais-tu des meurtrissures

    Je connais ta superbe
    Puis tu vas boire
    Tes mains vont trembler

    A trop vouloir m’échapper de toi
    Je me suis rendue à la mélancolie des jours


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    synonymes et plus encore

    Je vous dois la vérité : à votre dévouement je voue respect et fidélité. Ma sincérité s'accorde à votre probité. En toute franchise, j'ai foi en votre honnêteté. En toute bonne foi, à votre droiture, j'accorde ma loyauté. Pour tout cela et bien plus encore, j'offre ma rondeur à votre carrure.

     


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    Mélancolie du premier amour

    Avez-vous déjà connu ces journées fraîches de l'été plein au cœur desquelles vous savez qu'un autre vous attend ? Cet autre est dans les chemins, les ruelles, à la terrasse d'un café ou au creux d'un trottoir. Peu importe le lieu où il se tient, vous sentez que dans ses gestes il vous accompagne et ce souffle lointain va jusqu'à votre bouche.

    Ces jours, de bonheur à l'évidence, je les ai connus, il y a plusieurs étés, au creux d'une île en Méditerranée. Sur une île, on ne se perd jamais tout à fait et même si les bateaux aux voiles lourdes peuvent vous éloigner de ses rives, jamais en ces instants courts et parfaits, je n'ai craint la disparition. Le temps, avec le vent, s'était niché là sous les oliviers fleurant les cigales et le jasmin. Dans ses jours, de bonheur à l'évidence, les deux êtres se taisaient, les dieux auraient pu entendre leurs murmures amoureux et, jaloux, poser une ombre d'oubli et de trahison. Il n'en fut rien, les dieux, ailleurs, distrayaient leurs âmes ennuyées. Qui a connu ces jours a connu le bonheur et il n'est point besoin d'attendre la mort pour s'écrier, comme Crésus « J'ai vécu heureux ».

    Pourtant, le souvenir de ces jours-là est-il encore du bonheur ? L'émotion ressentie se baigne de mélancolie et les objets épargnés, une lettre, un bracelet, une photo, témoins de ce passé disparu exaspère le regard solitaire.

    Du paradis perdu naît la conscience du désespoir. L'enfant suçant son pouce avec le regard éloigné de la mère, pleure sa misère prochaine, regrettant déjà les heures courtes de la vie où l'univers chaud l'apaisait. Certes, l'enfant grandit et s'adresse aux contours de la réalité. Ces contours tranchants. La main de l'homme tremble à chaque bord de table rencontrée : la table de travail, la table de bistrot jusqu'à la dernière, la table de chevet.

    Ailleurs demeure ce pays jamais oublié. Ou bien l'esprit retors glisse l'oubli dans les plis de l'esprit, les nervures du corps. Tel déhanchement, telle tache sur le visage, tel défaut de prononciation sont l'écho de la petite voix jamais tout à fait éteinte qui chante le passé.

    Ailleurs est ce pays lointain jamais encore visité. Ailleurs est ce pays où l'on va pour la première fois et qui n'est que le décor où se rejoue la première vie. Dans ce pays où les hommes ne parlent pas votre langue, vous vous éveillez, seul, assoupi par la chaleur et les fruits sucrés et les voix étrangères sourient comme les premiers mots entendus avant l'apprentissage des mots. L’exotisme vient de ce souvenir inépuisable. Ailleurs n'est pas ce pays lointain jamais encore visité. Ailleurs est le retour.

    Aurais-je encore en tête des souvenirs lointains si ma vie sans interruption ne m'avait accrochée à cette île, liée aux battements incessants des vagues, à la pâle lueur de la lune et à l’effritement des nuages passagers ? Ne serais-je pas alors, assise sur un rocher noir à pleurer, les voiles parties sans moi, me laissant à jamais à la merci de cet amour, au fil des jours estompé et soudain pesamment installé ? J’offrirais alors aux quelques visages des étrangers nomades, le visage fermé et voilé, ailleurs, autistique.

     

     

     

     

     

     

     


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