• Dans la chambre de Jacques
    Pierrot - Qu'est-ce que t'as à chialer comme un gosse dans le noir ?
    Jacques - Notre amour n'a jamais cessé, qu'elle m'a dit ce matin au bord du canal.
    Pierrot - Votre amour ? La bonne blague, il a jamais commencé avec ta brune, qui te court après et qui te lâche au premier courant d'air. Allez, viens, on va chez Jo bouffer...

     

    Au bistrot
    Pierrot - Qu'est-ce que t'as encore à soupirer devant ton plat chaud là dans notre bistrot de tous les jours ?
    Jacques - Tu es mon unique, qu'elle m'a chuchoté à l'oreille.
    Pierrot - Unique, ça c'est vrai t'es unique avec ta gueule de mac et tes mains de chaudronnier...

    Au ciné
    Pierrot - Qu'est-ce que t'as encore à revoir ce film d'amour, autant quoi déjà... ?
    Jacques - Tu seras mon mari, je serai ta femme.
    Pierrot - Ouais, t'en fais un beau de mari ! Même pas capable d'enfiler deux verres sans être saoul...

    Dans la rue
    Pierrot - Qu'est-ce que t'as encore à brailler son nom dans la rue, c'est pas ça qui te la fera revenir. Viens on va rater le tramway.
    Jacques - Elle m'a dit que mes baisers sentaient le miel.
    Pierrot - L'anis, oui, l'anis. Tes sucettes ont le goût de l'anis, mon pauv'gone...
    Qu'est-ce que t'as à pas vouloir marcher ? Allez viens on sera bien chez la Véro. Au moins, y fera chaud et t'y verras des filles.

    Au bord du canal
    Jacques - Je pense à toi qu'elle me dit mais elle se retourne jamais quand elle part. Je peux pas dormir, je peux pas manger, je peux pas baiser, elle est là dans ma tête, elle est là dans mon assiette, elle est là dans les yeux des hommes. J'ai plus qu'à crever comme un veau. Laisse-moi mon Pierrot. Je ferai la vie ou je ferai le mort.

    Interprète : Nicole Amann - Compositeur : Hervé Jeanson -
    de
    Corinne Jeanson - avec le concours du site Bonnes nouvelles
    http://www.bonnesnouvelles.net/
    ©  2007


    votre commentaire
  • - Jack, faut que je me délivre de ce mic-mac ! Verse-moi ton cognac, j'ai besoin de ton divin thériaque.
    - Hello, Bob, c'est quoi qui te détraque ?

    - Deux heures que j'attends ma Slovaque sur la place, y avait juste le tic-tac des horloges, celle du beffroi, du clocher, du minaret, toutes dressées aux cieux qui pendent. Elle me rend démoniaque.
    - Alors c'est qui la nouvelle cette fois-ci ?

    - Elle caresse mon nez d'éléphant, pire qu'un cornac, c'est meilleur que respirer le crack ! Je suis en vrac quand elle se casse. C'te nuit, j'ai tagué la pissotière façon tache de rorschach, ça me souvient de sa rose ! je la ferai poser nue sur l'abaque d'une colonne torse. Putain faut que je la plaque avant qu'elle me rende opaque.

    - Arrête de broyer du noir ! Bois ton cognac.

    - Ca me soulage voir tout en noir. Sur mes toiles je mets sa petite gueule en désordre, je la pique au lasso. Sur mes plaques de cuivre je la possède à l'envers avec mon burin. Ça me braque, tout son cubisme en arêtes qui me transperce.

    - C'est ta tronche que tu mets à l'envers, t'en as pas marre de te flinguer à chaque cloaque ?

    - C'est pas ma faute à moi si je préfère les belles cosaques et leur bras voilés de casaque rouge. Je sais, je terminerai sous le pont de Brooklyn.

    - Ben, le Rhône est à côté, choisis le pont des Lônes. Disons que t'aime ça, plonger dans les lacs saumâtres, ça t'évite la déprime ambiante, tu participes à la crise, façon bras cassés !

    - Putain, Jack, je suis en manque, faut que je plonge dans sa mandragore ça me nourrit mieux que le manioc.
    - Change de dope.
    - Je deviens paranoïaque, tous les macs qui passent, c'est pour elle qu'y viennent que je me dis. A Pâques, c'est dit, je ferai naufrage dans les séracs du grand nord sur mon kayak.

    - Y te reste les gorges de l'Ardèche, c'est plus près. Laisse tomber, Bob, tu deviens chiant avec ta garce.

    - Dis pas ça c'est une déesse, faudrait pas que je croise maintenant son regard canaque, je suis trop chaud, je me pendrai à la haute branche d'un gaïac, au bord d'un long fleuve d'Amérique centrale.

    - T'as qu'à sauter à l'élastique dans le Vercors !

    - C'est pas ma faute à moi si elle me met en vrac. Mes nuits dans ma piaule sont insomniaques.

    - Tu claques des dents, qu'est-ce que t'as ?

    - Là-bas, te retourne pas, elle est là. J'ai le trac, je suis foutu, je vais replonger...


    votre commentaire
  •  

    Conte Psychanalytique

    Elle se tenait debout devant ma bibliothèque et je la voyais poindre son révolver dans ma direction. J'étais incapable de savoir si, oui ou non, l'arme était chargée -il me sembla voir une larme couler à sa joue. Je me contentais de me tenir à l'abri derrière le dossier de mon fauteuil, à genou sur le plancher, dans un geste de suppliant. Entre ses phrases criées, indistinctes, le silence de mon bureau. Dehors, sur les quais, les voitures attendaient que le feu passât au vert. Il m'était impossible de me pencher à la fenêtre de mon cabinet pour crier aux conducteurs dans quel danger je me trouvais, ce vendredi vers 14 heures en plein cœur de la cité. J'attendis encore dans cette fâcheuse posture que la jeune femme se calmât. Au fond, je savais qu'en aucun cas je n'aurais pu jeter au monde un « sauvez-moi », j'étais trop dépité de me retrouver ainsi dans la pointe de mire d'une patiente qui me tenait à sa merci et qui me faisait goûter à l'effarement. J'évoquais un bref instant le regard de mes pairs penchés sur cette scène qui n'avait rien de biblique. Cette ligne de mire me remettait en cause, et pour tout dire me reléguait au ban de ma société.

    Lire la suite...


    votre commentaire
  • Dimanche après-midi, ma fille a pris le bus pour aller de Valence à Romans. Elle a quitté notre maison en courant, elle était en retard m’a-t-elle dit. Je l’ai à peine embrassée et je l’ai vu s’éloigner habillée à la mode japonaise, pas la traditionnelle, la moderne.

    Dimanche soir, mon message sur FB :

     

    -    T’es bien arrivée ?

    Sa réponse :

    -    Non, c'est terrible! Alors que j’allais monter dans le bus, je me suis aperçue que la valise à mes côtés n'était pas la mienne... J'ai donc décidé de l'ouvrir pour voir à qui elle appartenait. C'est à ce moment que j'ai découvert qu'elle était remplie de billets japonais ainsi que de trois armes dont une kalachnikov russe.

    J'étais surprise mais je suis restée discrète car la présence d'un homme dans mon dos m’a fait comprendre qu'il valait mieux le suivre à l'intérieur du bus sans faire d'histoire, en gardant la valise à la main.

    L’homme m’a fait signe de le suivre jusqu’au fond du bus, réunissant tout mon courage, j’ai obtempéré car je sentais très bien que ma vie était en jeu. Quand il s'est assis coté couloir il m'a discrètement remis sur les genoux une enveloppe pleine de yens et il ma dit avec un accent russe très prononcé : « Je suis étonné de voir une si jeune intermédiaire, je croyais avoir à faire à un vieux Japonais... La tenue chinoise était-elle une moquerie envers la triade ? »

    C’est là que j’ai compris que ma fille était habillée en chinoise et pas en japonaise… son message se poursuivait :

    -    Je lui ai répondu sans faillir malgré la peur : « Peu importe, trêve de bavardage, prenez la valise ! » Il a acquiescé satisfait de voir mon professionnalisme. La suite du trajet jusqu'à la gare de Romans s'est poursuivie sans encombre et quand il est descendu, il a pris la valise. Moi j'ai retrouvé ma valise qui était dans la soute. Puis papa est venu me chercher. Bref je suis toujours en vie.

    Ma réponse :

    -    Merci de m'avoir rassurée ma chérie. A demain.

    Je me demande si elle ne regarde pas trop de mangas ou si c’est son dernier jeu vidéo GTA qui est responsable. En tant que mère je me sens un peu coupable de ne pas assez me préoccuper d’elle. J’y songerais demain quand elle sera de retour.


    votre commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires